A feu et à sang – Version finale

A feu et à sang

Sur cette page, vous trouverez A feu et à sang dans sa version finale, destinée à impression/édition.

A feu et à sang

“We both know
That the nights were mainly made
For saying things that you can’t say tomorrow day”
Alex Turner

« Yo tendría que haberte conocido

Mucho antes de cuando ha pasado »

Second

Introduction

Agustina et Jules se séparent. Elle, part, dans des montagnes avec un groupe aux activités obscures. Cela Jules ne le sait pas tout à fait, ou l’entrevoit en lisant à travers les lignes de leurs derniers temps ensemble. Toutefois ce départ d’Agustina vers un ailleurs n’est peut-être pas la principale raison à leur rupture.

Au fil du récit, Agustina écrit une lettre (« Vos y yo ») à Jules, qu’elle n’est pas sûre de lui transmettre un jour. Cette lettre d’Agustina fait partie de ses voix dans A feu et à sang, au même titre que Jules fait entendre les siennes. Leurs voix sont plurielles car une rupture, entre deux individus autant qu’en eux-mêmes, n’est jamais uniforme : elle est polymorphe.

Agustina comme Jules traversent des phases, de soulagement ou de colère, d’acceptation ou de lutte, de tendresse ou…

Les voix d’Agustina comme les voix de Jules se racontent par le prisme d’une dernière soirée, dernière nuit, dernier matin qu’ils ont eus d’un 31 décembre à un 1er janvier. Le sexe y a sa place, l’incompréhension ou l’entente aussi, le fait de se chercher toujours tout en sachant que leurs mondes s’éloignent. A feu et à sang se fera heurté dans les rythmes et avalanches, ou chanté comme les voix des vagues.

A l’anarchie du désir, et d’autre chose en eux, comme une goutte d’eau qui rejoint un ruisseau, leurs paroles prennent des reliefs de houle, de vagues, de mousses, de clapots. Dans A feu et à sang, il y a ce qui était écrit et ce qui aurait pu s’écrire autrement. Mais les ruptures sont ainsi : des édifices en construction qu’on laisse tout à coup à l’abandon, qu’on appellera ruines ou vestiges ou poussières, quand assez de lunes et de nuits et d’étoiles auront passé dessus : en auront fait un simple passé déçu. Une étreinte à feu et à sang ou, comme le dirait Agustina : un abrazo.

Vos y yo – I

Car l’argent t’es la plus belle ombre

La fin d’un temps

Un cycle assez fort se meurt

Vos y yo – II

Comme une cité d’Dieu

J’me suis fait tout p’tit

Vos y yo – III

Le réel nous rida, m’brida

Tes yeux m’aimantent et j’t’espère pas religieuse

Vos y yo – IV

T’as pas rusé mais t’as pas joué

Quand pendant des heures nos corps convergent

A la marelle on a joué

Tu m’s’ras plus qu’une île au loin

Moi j’suis qu’chat noir, j’ai pas les codes

Vos y yo – V

Sur la rive de nos pensées

A feu et à sang d’un instant

Je me rassérène de cette dernière joute

Chargés

Sans se faire de mal encore

Vos y yo – VI

Sous moi la poésie règne

J’annule la fin, le temps de rien

Les vagues rivalisent depuis l’début

La primera vez de cette nuit

J’aurais pas parié

Tu t’ensorcelles

Ya lo sé

Le sexe a cette saveur de fin

J’la rattrape au château d’ses peurs

Comme un solstice à nos temps

Vos y yo – VII

Au printemps d’après j’aurai cuvé

Demain

Et ça lime en moi de la tendresse

Un piège en liège

Mes lèvres gercent

Ton bras aura sombré

Era la última, entre vos y yo

Dans cette étreinte et sans t’blesser

Dans une av’nue d’étreintes, de bras

Huir o distraer, je n’y arrive pas

La voix la serine, la voilà sirène

Qui nous ont tout r’pris d’hier

Vos y yo – VIII

Glouton d’torpeur, qui nous étouffa

J’épèle les lueurs entremêlées

D’là où l’feu et l’sang dérivèrent

A l’appel de como un pulso nuevo

Fiche tes pleurs dans mon cou

Comme une larme d’essence

Vos y yo – IX

Théorème qui nous ébruitait l’futur

Fin d’court-métrage

Con ese abrazo, à nos torses bombés

J’dirai à mes montagnes

Tu ne dois plus espérer

Vos y yo – X

Jean-Marie Loison-Mochon

A feu et à sang