Car l’argent t’est la plus belle ombre
A s’décocher une fin, indigne
Tel est l’paradigme
Et pas d’énigme en fait
A feu et à sang, dans l’enfer d’après
A feu et à sang, souffler dès à présent
A feu et à sang, souffler sur après
S’essouffler à nos flancs
S’insuffler un dernier instant
Sans souffrir, encore un instant
Et puis, la sentir surgir
D’ton puits, m’voir ressortir
A feu et à sang
Si peu densément
Ce feu danse en moi
Ce jeu dense en toi
Se peut-il qu’on s’quitte ?
Se peut-il qu’on s’perde ?
C’petit lieu qu’on avait
Ce p’tit quart des cieux
S’peut-il qu’il déçoive ?
Ce p’tit quart, essieux
Ce p’tit quartier libre, à tes yeux
C’petit lieu qu’on naviguait
C’petit lien qu’on savait
Qu’on savait fragile mais concentré
En ces contrées d’argile, on s’faisait
On s’faisait, on s’déferait ?
On s’déferre ? Non
On s’enferme, on s’l’affirme
No sos tan firme[1]
Nos sens t’enfermaient ?
Nos stances n’étaient pas firmament
Mais j’y croyais fermement
J’m’octroyais l’espoir et ses ferments
J’te croyais des spasmes et du fervent
Mais c’soir la ferveur mentirait ?
J’m’affaire et j’m’en tir’rai pas
J’me fais r’tirer l’galon
Ne t’suis-je qu’un gars d’l’ombre ?
Tu vas m’faire gars sombre
Un genre de garçon, bridé
Froid comme des glaçons, brisés
Tes glaces d’ombre, de doutes pilés
J’crois qu’ce soir tu vas tout plier
Moi j’crois qu’j’aimerais m’oublier
Y’avait rien d’jumeau mais à briller
Y’avait rien ? je mens, tu mens
Je m’monte une montagne de questions
J’ai honte sans mon pagne, à nu d’ta confiance
J’nous espérais une fonte, une confluence
Tes g’noux s’exaspèrent autour d’mes hanches
Et j’crois qu’j’nous perds, les vautours s’penchent
Sous toi j’perle, au détour d’tes cuisses
Sous toi j’parle, en détours en m’détournant
J’parle pas au torrent d’tes plaisirs
J’suis en pourparlers sans désir
Sous tes illusions déçues, suis-je digne ?
Sous tes îles dont les Sud s’font vigne
J’soutire rien qu’du sang, une blessure ?
J’expire même pas d’feu, rien qu’du sang
Sans feu et à sang, j’m’extirperai pas
Non j’crois pas, l’sexe tire pour finir
J’m’étire sous toi, délétère
Pourquoi ? rendez-moi l’éther
J’ai rendez-vous avec la terre
J’irai m’enduire d’ssous, sans air
Comme au-d’ssous ton cratère sans feu
Homme au-d’ssous d’tes critères : si peu
J’te s’rai si peu d’souvenirs sûrement
J’te s’rai si peu d’soupirs, d’amant
De c’rai d’désir, peu souple et irritant
Hier en f’ra d’la soupe demain
D’un coup d’serpillière : demain
D’un coup ces prières : sans lend’main
De c’coup c’est plié, mais c’est loin d’main
Ces landes à ma main, s’affaissent
Tes fesses, dont j’parle pas la langue
J’parle trop la lenteur, j’voulais dire langueur
J’nous voyais la longueur comme l’épaisseur
Mais l’épée surgit, dans tes yeux grands
Dans tes yeux blancs, le peu rugit
Matière creuse, à peine plasturgie
Ma peine m’fait à vif l’effet d’chirurgie
De t’voir pleine de rien, qu’des formes de la fin
J’nous pensais indéfini, j’te sens définitive
J’te sens indéterminée sauf
Sauf dans tes airs minés, qui arrivent
A miner l’éther et toute île entre nous
Amener la terre sous tes cils sans remous
Et r’nouer avec ta solitude, seule île digne s’lon toi
Ce lit dîne mieux d’désir sans moi
Moi tu m’sens, comme une présence anodine
Mais tu m’saignes par ton sexe qui dégouline
Tu m’sépares d’mon ombre
Tu m’sais pourtant à tes ravines
Mais j’dois m’raviser ou m’réaviner
J’peux m’réinventer mais fais l’inventaire
Si sous toi j’m’évente, c’est qu’tu ventes de trop
C’est qu’t’éventes c’que j’suis par trouble
Le sexe est notre aire et j’suis pas roublard
Je sais qu’c’est notre heure mais tu m’fais troublé
Car j’sais qu’tu m’minores, m’en fais tout blanc
Non pas qu’tu m’ignores mais m’fais trembler
On est une mine d’or mais t’es troublante
A ton lit j’suis comme un linge, tout blanc
Tout blotti dans mes méninges, sonné
C’n’est pas la fin, pas encore, mais un génie
Un mauvais génie prend corps
Sans feu et à sang, sans prise au corps
Mon emprise est comme creuse
En toi j’balise, en moi j’appelle
En nous j’bats l’rappel à l’isthme
A la mémoire en nous
A c’t’armoire contre nous
A c’t’histoire entre nous, rencontre
Ton sang contre mon sexe, est-ce tout ?
Pourquoi est-ce flou en toi ?
On s’dépêche, ça m’dépèce, à froid
Ça m’dépasse tout ça, j’frissonne
C’est une d’ces passes qui tousse, brise l’homme
Dans un c’ces passés tousses-tu d’brûlures ?
Ce s’rait insensé mais pas tant, car tant d’sutures
Et l’sang du futur dégouline sur moi
Comme un sanglot d’turpitudes, de toi
Sang-froid, sang chaud, s’froissant
C’froid sent l’ex mais pas l’extatique
C’frisson est-ce qu’on l’doit à…
On boîte à m’sure qu’tu doutes et compares
En boîte bientôt : masure pour tout comparse indigne
Indigne de tes pourtours, en sang
Pour tout repère j’ai tes yeux blancs
J’suis sincère : j’jalouse rien ni personne
Mais là j’sens l’roussi, c’lui qui pardonne plus
Ta part d’ombre pleut sur nous, si fort
Ta peur de un hombre [2], sur nous si forte
J’me pardonne pas souvent, j’m’emporterai pas
J’te remporterai pas sous l’vent d’cette passe
J’soulève rien qu’ton passé, pas tes spasmes
Sous sève j’nous sais assez dignes de l’espace
Mais sous ces vents contraires, j’suis pas servile
J’peux pas servir si tu t’racontes que j’suis que d’l’air
Et ton sang aqueux n’en a que faire
Que j’fasse un tour, que j’remue le ciel ou l’enfer
Tu m’démets, tu m’fais partiel en pensées
Tu m’fais passer pour parcellaire
Alors qu’c’est l’air du passé ou du vide en toi
Qui s’accélère de l’avidité d’la fin
Et d’là, faire mieux qu’vider un verre ?
J’nous avais d’autres idées c’t’hiver
J’nous aurais bien guidés en d’autres aires
Mais il faudrait qu’tu changes d’apôtre ou d’ère
Car j’n’ai pas la chance tu l’sais, d’être omniscient
J’veux bien l’panser, ton inconscient
J’voudrais bien m’pencher à tes versants
Mais faire sans toi, penses-tu ?
Fais d’moi c’que tu veux, en pensées
Fais d’moi même ton passé, s’il faut
Mais s’il te plaît n’fausse pas c’que j’suis
J’suis plus une hausse qu’une baisse, même inconstant
N’fais pas d’cette baise une fosse, trop commune
Car tu sais comme moi qu’sous les lueurs d’la lune
Qu’au-d’là d’tes carences, au-d’là d’mes lacunes
Y peut y’avoir carrosse ou d’la meilleure lumière
J’dis pas qu’on f’ra carrière mais y’a minerai
Alors n’me minore pas et minons l’argent
L’argent ténu à tes ch’veux, à feu et à sang
A tes jambes nues, ach’vons mieux les sens
A feu et à sang, enjambons-les, tes pensées
En joie battons, toi moi, argentés
Car l’argent t’est la plus belle ombre
Et m’f’ra agent à l’appel de la pénombre
[1] Tu n’es pas si stable.
[2] D’un homme.
Jean-Marie Loison-Mochon
A feu et à sang