A feu et à sang - Jean-Marie Loison-Mochon

Car l’argent t’est la plus belle ombre

A s’décocher une fin, indigne

Tel est l’paradigme

Et pas d’énigme en fait

A feu et à sang, dans l’enfer d’après

A feu et à sang, souffler dès à présent

A feu et à sang, souffler sur après

S’essouffler à nos flancs

S’insuffler un dernier instant

Sans souffrir, encore un instant

Et puis, la sentir surgir

D’ton puits, m’voir ressortir

A feu et à sang

Si peu densément

Ce feu danse en moi

Ce jeu dense en toi

Se peut-il qu’on s’quitte ?

Se peut-il qu’on s’perde ?

C’petit lieu qu’on avait

Ce p’tit quart des cieux

S’peut-il qu’il déçoive ?

Ce p’tit quart, essieux

Ce p’tit quartier libre, à tes yeux

C’petit lieu qu’on naviguait

C’petit lien qu’on savait

Qu’on savait fragile mais concentré

En ces contrées d’argile, on s’faisait

On s’faisait, on s’déferait ?

On s’déferre ? Non

On s’enferme, on s’l’affirme

No sos tan firme[1]

Nos sens t’enfermaient ?

Nos stances n’étaient pas firmament

Mais j’y croyais fermement

J’m’octroyais l’espoir et ses ferments

J’te croyais des spasmes et du fervent

Mais c’soir la ferveur mentirait ?

J’m’affaire et j’m’en tir’rai pas

J’me fais r’tirer l’galon

Ne t’suis-je qu’un gars d’l’ombre ?

Tu vas m’faire gars sombre

Un genre de garçon, bridé

Froid comme des glaçons, brisés

Tes glaces d’ombre, de doutes pilés

J’crois qu’ce soir tu vas tout plier

Moi j’crois qu’j’aimerais m’oublier

Y’avait rien d’jumeau mais à briller

Y’avait rien ? je mens, tu mens

Je m’monte une montagne de questions

J’ai honte sans mon pagne, à nu d’ta confiance

J’nous espérais une fonte, une confluence

Tes g’noux s’exaspèrent autour d’mes hanches

Et j’crois qu’j’nous perds, les vautours s’penchent

Sous toi j’perle, au détour d’tes cuisses

Sous toi j’parle, en détours en m’détournant

J’parle pas au torrent d’tes plaisirs

J’suis en pourparlers sans désir

Sous tes illusions déçues, suis-je digne ?

Sous tes îles dont les Sud s’font vigne

J’soutire rien qu’du sang, une blessure ?

J’expire même pas d’feu, rien qu’du sang

Sans feu et à sang, j’m’extirperai pas

Non j’crois pas, l’sexe tire pour finir

J’m’étire sous toi, délétère

Pourquoi ? rendez-moi l’éther

J’ai rendez-vous avec la terre

J’irai m’enduire d’ssous, sans air

Comme au-d’ssous ton cratère sans feu

Homme au-d’ssous d’tes critères : si peu

J’te s’rai si peu d’souvenirs sûrement

J’te s’rai si peu d’soupirs, d’amant

De c’rai d’désir, peu souple et irritant

Hier en f’ra d’la soupe demain

D’un coup d’serpillière : demain

D’un coup ces prières : sans lend’main

De c’coup c’est plié, mais c’est loin d’main

Ces landes à ma main, s’affaissent

Tes fesses, dont j’parle pas la langue

J’parle trop la lenteur, j’voulais dire langueur

J’nous voyais la longueur comme l’épaisseur

Mais l’épée surgit, dans tes yeux grands

Dans tes yeux blancs, le peu rugit

Matière creuse, à peine plasturgie

Ma peine m’fait à vif l’effet d’chirurgie

De t’voir pleine de rien, qu’des formes de la fin

J’nous pensais indéfini, j’te sens définitive

J’te sens indéterminée sauf

Sauf dans tes airs minés, qui arrivent

A miner l’éther et toute île entre nous

Amener la terre sous tes cils sans remous

Et r’nouer avec ta solitude, seule île digne s’lon toi

Ce lit dîne mieux d’désir sans moi

Moi tu m’sens, comme une présence anodine

Mais tu m’saignes par ton sexe qui dégouline

Tu m’sépares d’mon ombre

Tu m’sais pourtant à tes ravines

Mais j’dois m’raviser ou m’réaviner

J’peux m’réinventer mais fais l’inventaire

Si sous toi j’m’évente, c’est qu’tu ventes de trop

C’est qu’t’éventes c’que j’suis par trouble

Le sexe est notre aire et j’suis pas roublard

Je sais qu’c’est notre heure mais tu m’fais troublé

Car j’sais qu’tu m’minores, m’en fais tout blanc

Non pas qu’tu m’ignores mais m’fais trembler

On est une mine d’or mais t’es troublante

A ton lit j’suis comme un linge, tout blanc

Tout blotti dans mes méninges, sonné

C’n’est pas la fin, pas encore, mais un génie

Un mauvais génie prend corps

Sans feu et à sang, sans prise au corps

Mon emprise est comme creuse

En toi j’balise, en moi j’appelle

En nous j’bats l’rappel à l’isthme

A la mémoire en nous

A c’t’armoire contre nous

A c’t’histoire entre nous, rencontre

Ton sang contre mon sexe, est-ce tout ?

Pourquoi est-ce flou en toi ?

On s’dépêche, ça m’dépèce, à froid

Ça m’dépasse tout ça, j’frissonne

C’est une d’ces passes qui tousse, brise l’homme

Dans un c’ces passés tousses-tu d’brûlures ?

Ce s’rait insensé mais pas tant, car tant d’sutures

Et l’sang du futur dégouline sur moi

Comme un sanglot d’turpitudes, de toi

Sang-froid, sang chaud, s’froissant

C’froid sent l’ex mais pas l’extatique

C’frisson est-ce qu’on l’doit à…

On boîte à m’sure qu’tu doutes et compares

En boîte bientôt : masure pour tout comparse indigne

Indigne de tes pourtours, en sang

Pour tout repère j’ai tes yeux blancs

J’suis sincère : j’jalouse rien ni personne

Mais là j’sens l’roussi, c’lui qui pardonne plus

Ta part d’ombre pleut sur nous, si fort

Ta peur de un hombre [2], sur nous si forte

J’me pardonne pas souvent, j’m’emporterai pas

J’te remporterai pas sous l’vent d’cette passe

J’soulève rien qu’ton passé, pas tes spasmes

Sous sève j’nous sais assez dignes de l’espace

Mais sous ces vents contraires, j’suis pas servile

J’peux pas servir si tu t’racontes que j’suis que d’l’air

Et ton sang aqueux n’en a que faire

Que j’fasse un tour, que j’remue le ciel ou l’enfer

Tu m’démets, tu m’fais partiel en pensées

Tu m’fais passer pour parcellaire

Alors qu’c’est l’air du passé ou du vide en toi

Qui s’accélère de l’avidité d’la fin

Et d’là, faire mieux qu’vider un verre ?

J’nous avais d’autres idées c’t’hiver

J’nous aurais bien guidés en d’autres aires

Mais il faudrait qu’tu changes d’apôtre ou d’ère

Car j’n’ai pas la chance tu l’sais, d’être omniscient

J’veux bien l’panser, ton inconscient

J’voudrais bien m’pencher à tes versants

Mais faire sans toi, penses-tu ?

Fais d’moi c’que tu veux, en pensées

Fais d’moi même ton passé, s’il faut

Mais s’il te plaît n’fausse pas c’que j’suis

J’suis plus une hausse qu’une baisse, même inconstant

N’fais pas d’cette baise une fosse, trop commune

Car tu sais comme moi qu’sous les lueurs d’la lune

Qu’au-d’là d’tes carences, au-d’là d’mes lacunes

Y peut y’avoir carrosse ou d’la meilleure lumière

J’dis pas qu’on f’ra carrière mais y’a minerai

Alors n’me minore pas et minons l’argent

L’argent ténu à tes ch’veux, à feu et à sang

A tes jambes nues, ach’vons mieux les sens

A feu et à sang, enjambons-les, tes pensées

En joie battons, toi moi, argentés

Car l’argent t’est la plus belle ombre

Et m’f’ra agent à l’appel de la pénombre

 

 

 

[1] Tu n’es pas si stable.

[2] D’un homme.

 

 

Jean-Marie Loison-Mochon

A feu et à sang

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