Tu m’s’ras plus qu’une île, au loin
Sang-froid sang-froid
Défroissant c’peu d’temps
Le p’loton va pour tirer
L’appel aux tombes, la fin en trombe
Et on tombe dans l’sang chaud
Dans la chaleur d’tes ombres
On achalande ton désir
On s’lâchera dans l’envers de l’an
Comme une hache à lancer : la fin
Comme une brèche où danser : ta faim
Sang-froid, sur toi balancer
Sang-froid, de toi balançant
Balancelle au passé, au désir
Sang-froid défroissé
Sang chaud, j’les bois ces visions
Sang-froid sang-froid, dans l’envers
Sang-froid sang chaud : à tes pensées ouvert
Sang chaud sang-froid, dans l’envers
Sang-froid sang-froid, r’dis-le à l’envers
Sang-froid j’en ai manqué
Et sans toi, sans toi
C’est tout seul que j’me suis braqué
Car sous toi, sous toi
Qu’y avait-il de planqué ?
Sur toi, sur toi, mes mains plaquées
Nous penchons, j’avais un penchant
Je r’penserai à tes hanches
Je m’panserai et sans vengeance
Je m’pencherais sur ce sang
Sur c’sang à froid
Sang-froid sang-froid
A froid d’nos fluorescences
Affreuse déliquescence
Râpeuse luminescence
J’fulmine mais sans salir
Car j’les aimais, nos sens alliés
J’m’essaimais non sans cailler
Dans c’sang chaud, tantôt
Dans c’sang-froid, de trop
J’m’essaimais non sans faillir
J’mettais mon feu dans un non-sens ?
Non, sens d’ssus d’ssous p’t-être
Mes sens déçus mais p’t-être
Que d’ssous tout ça y’avait mal-être
J’te ferai pas d’lettre, j’dissous
J’m’allaite autrement, sous encre
Et d’feu et d’sang, aux traits magiques
Aux traits à ta joue, aux traits à ton dos
J’fus pas intraitable, irréprochable
Mais j’fuis pas, même vulnérable
J’nuis pas, trop respectueux ?
Mais d’tes peurs j’respecte la fable
Car tes pores m’sont respectables
Alors ni bavard ni affable
N’y vois pas d’affabulation
En toi, j’n’y fis qu’irruption
Tendre volcan, infime éruption
Tendre invoquant l’effusion
Et la fusion n’vint pas car
Car ni le vin ni rien n’font
N’font d’remède à la ret’nue
Et tu nous arrêtes, nous as ret’nus
J’médis pas d’toi mais d’l’arête
J’méditais sur l’arête à ta cime
J’m’arrêterai souvent, sur c’sublime
On aurait pu s’sublimer
Pas à nu, on s’est plutôt abimés
Pas d’à nouveau, la rime est morte ?
C’soir j’m’arrime et d’main la porte
J’maudis ma putain d’position
J’me dis qu’notre butin sur cette carte
Qu’notre butin méritait exploration
J’me dis qu’notre putain d’écartèlement
On l’doit à c’foutu écart dément
C’t’écart des trois cent, déjà
Qui sur notre croissance, neigea
C’t’écart tellement fou,
Tellement fou qu’on l’a tenté
Parce qu’on la sentait, la fougue
On la sentait, la foule en nous
Sauter comme folle, sous nos pores
Sous tes commissures, j’m’affole
Comme en mission, à frôler tes pores
Pour affoler tes peurs,
Affrioler tes portances, d’un feu
D’un feu à tes ports, ton anse
J’voulais t’porter, t’encenser, mon île
J’voulais t’apporter sans effraction
Mais sous peur, tout est infraction
Alors j’me suis fractionné, sans fin
J’t’aurais mieux frictionné, à plein
J’t’aurais fait frissonner, d’ma main
Mais tout ça n’est qu’fictionnel, en fait
Car l’réel tu l’as déformé, tempête
Tant et tant que p’t-être
P’t-être même que j’m’en suis déformé
T’façon maintenant j’suis réformé
Toi sur cette nuit t’as tout r’fermé
J’faisais l’effort mais…
J’faisais le fort mais…
Mais la force vient du partage
Mais l’effort vient du maillage
Or j’me suis pas fait maillon mais haillon
Quand j’me s’rais fait alliage, pas pillage
Mais j’babille à jeun d’toi
J’papillonne H24, à jeun d’toi
J’brouillonne autant que j’bouillonne
Au temps qu’j’crayonne, j’aurais
J’aurais préféré t’voir rayonner
Qu’on s’voit réagencer l’argent des lunes
Qu’on soit cette rage à cent mille dunes
Qu’on soit alpage unique, ensemble
Qu’on s’alpague unis comme semblables
Qu’on soit telle page de tel livre
Qu’on soit telle plage en tout libres
Qu’on s’attèle à jouer, à s’attacher
Qu’on s’attache sans s’enchaîner
Sincère et s’sachant compris
Sous serre comme un plant irrigué
En aucune serre, volatiles comme l’air
Sincère comme un chant dirigé
Comme une chambre où s’irriguer d’désir
Toi, moi, s’diriger vers des îles
S’faire îlots, ériger archipel
Mais tout ça brûle au fond d’l’eau
Parce qu’on a brûlé l’autel
Frasque on n’peut plus sacrificielle
On scarifia l’ciel et qui sait maintenant ?
C’qui arriv’ra sans c’t’essentiel
C’t’était sensuel, des fois
Ç’aurait pu être graduel, mille fois
J’s’rai plus l’actuel ni l’futur
On n’s’ra plus ruelle où fureter
Tu m’s’ras plus qu’île, au loin
J’t’espère plus tranquille, au moins
Jean-Marie Loison-Mochon
A feu et à sang