A feu et à sang - Jean-Marie Loison-Mochon

T’as pas rusé mais t’as pas joué

Dans nos déboires, j’me souviens d’une armoire

Même si bientôt plus qu’art mort

Même si bientôt plus qu’un r’mord

Et j’remords en toi c’soir

Et tu m’prends encore, en miroir

Le mot futur miroitait

Le mot rutilait, couleur sang

L’moment rituel, sous l’heure prend

L’mouvement rituel, il nous r’prend

Et on s’arpente encore, qu’elle est belle

Qu’elle est belle c’t’heure sur tes pentes

Qu’elle appelle la couleur d’la fin ?

Du sang à la pelle, c’est vrai

Du temps à la porte, je vrille

On s’claque la peau, rutilante

J’me plaque et j’vrille, c’est vrai

Dis-moi comment m’sevrer ?

Car on s’commet l’désir, le vrai

On s’fait comètes, des îles, des vraies

Mais l’sang pourtant désigne la fin

A tes puissants pourtours, une vigne en vain

Assez puissant, j’me sentais fertile

Un puits sans fond, puis ma puissance fond

J’me sentais fertile, à l’horizon

J’te voyais faire l’île, à l’unisson

J’louvoyais vers toi, la lune, son feu

J’nous voyais faire tout, le jeu, l’sérieux

J’vouvoyais trop ton corps, p’t-être

J’tutoyais trop l’sérieux, p’t-être

Mais vu d’ma f’nêtre, on était

On était champêtres et citadins

On était théorème et solution

On était armés et sous fusion

A feu et à sang, une putain d’légion

Alors à feu et à sang on va s’faire

A feu et à sang, une putain d’lésion

Crois-moi la fin ça n’lésine pas

La croix moi j’connais, j’la voisine

La mort j’la connais, une vraie saisine

J’suis pas sûr qu’tu m’sures, saisisses

Quand deux corps s’saisissent de peau, d’esprit

C’est ici qu’on dit en chœur

Qu’la sédition surtout pas

Ce s’rait la sed verdadera[1]

Et on a soif l’un d’l’autre

On va s’assoiffer comme des apôtres

Alors dis-moi pourquoi s’vautrer ?

Moi j’te dis : mieux vaut s’montrer

Alors dis-moi, pourquoi s’vautrer ?

A ta peau j’le r’vois, c’beau trait

J’pensais qu’ça t’botterait

Mais en sang t’as botté

En touche, d’une traite

On s’touchait, c’était près

On s’approchait, c’t’hiver

Mais en sang t’as botté

A feu et à sang, ta beauté

La faute est en chacun

On touche un cœur : c’est l’jeu

On couche, vapeurs et feux

On toucha, ta peur tes flancs

On couche là, sous heurts sous sang

Suant la peur, suivant l’désir

Ta peur suivit, j’suis lapereau

Pris dans tes phares, sans vie

Dans l’effarement, livide

Aphone et absent, demain

A feu et à sang, mes mains

Aphone et absent

A l’aune de la nuit

S’étalonne en nous, ta fuite

On s’étale au-d’là d’minuit

On s’étage aux draps d’nos peaux

On s’étoile, sous drapeau noir

On s’étiole, sur la peau morte

En soi tout est là

On a notre étoile, tutélaire

Mais tout a l’air d’finir

Tout à l’heure tu m’fis miroiter la fin

Tout en air de vide, mes doigts éreintés

Mais l’étreinte est un théorème

T’es à l’oreille d’mon feu

Du pareil au même j’te veux

A ton oreille ou à tes ch’veux

J’m’attache pas, c’est c’que tu veux

J’me détache pas, qu’est-ce que tu veux ?

A la fin j’te suis, ta suie est d’sang

A la fin tu m’fuis, ma nuit est d’feu

Et d’main tout fuira

Et d’main t’enfouiras

C’soir on confluera

C’soir tu soupiras

C’soir il conspira

Car d’main nous conspuera

C’que ta main nous construit là

C’que t’amène en toi, moi

En toi moi, qui déconstruit l’aura

On l’aura pas, on l’avait

On lorgna, on l’aura pas

Dans l’ornière, l’après

Dans l’or d’hier, j’laperai

Ce feu et c’sang à la plaie

A feu et à sang j’me rappel’rai

Le râpeux et l’appel en nous

De la peur qui s’ép’la en toi

Comme un Zeppelin qui s’écrase

Comme un demain qui rase tout

Mais moi j’ressasserai l’nous

Car c’est ça d’s’exposer, au feu

D’un sang jamais r’posé, à deux

A feu et à sang comme en c’soir

A feu et à sang, homme en toi

Amants toi et moi, et plus j’crois

Mais tu t’épluches le futur à la peur

Quand tout est plus simple, sous vapeur

Sous vapeur de feu et de sang, à deux

Sous la peur, tout feu est absent

Sous la peau, tout feu est dormant

Mais il faut l’saupoudrer c’volcan

Car pour faire un saut, toute durée

Pour faire un saut, toute projection d’mande

Au temps, une éruption plus grande

Autant irruption qu’distance

Autant distendre que serrer

Et c’est réel quand on s’dit tendre

Il est réel, c’parfum d’s’éprendre

Il l’était mais alitée

Alitée t’étais sous pare-feu

A l’idée qu’on s’pare d’un fouillis

Et moi qu’on s’sépare dans c’roulis

Conséquence : c’est par la fin, ses éboulis

Qu’on s’séquence, comme deux bouts libres

Alors qu’on était deux flous ivres

Toi t’es d’bout, tu t’apaises

Moi à g’noux, tout aux prises

Tout aux prises avec la braise

A feu et à sang, sous emprise

D’un contre-sens à nos feux

D’un conte simple et d’incandescence

Qu’d’un simple coup, tu découpes

Simple et coûteux à la fois

J’suis sous l’emprise du couperet

Toi t’as pas paré l’coup d’la peur

Et d’main j’aurai l’goût d’trop peu

J’s’rai sous l’coup d’la torpeur

Sous l’coup ta peur

Le goût encore, au corps d’mes pensées

D’cette dernière cordée, au goût d’feu

A feu et à sang, désaccordés

A feu et à sang, des accords nés

Aphone et absent, désaccord net

A la corde et tout à feu, à sang

De l’accord qu’nous avions, qu’nous jouions

Qui tout à coup m’est avion, dans les dents

M’est avis qu’j’y r’pens’rai

Métal froid, qu’je panserai

Mais ta vie passe au-d’ssus

Alors j’nous dépasserai, déçu

Alors j’le dépenserai, c’t’influx

C’t’un futur auquel j’pensais pas

J’panserai mes pas, tu m’fus tumulte

Ton futur s’montrera ailleurs

C’t’un futur auquel j’pensais pas

Certains futurs restent au quai

C’est un feu durable qui s’écluse

A feu et à sang j’me suis usé

T’as pas rusé mais t’as pas joué

Et ces nuées m’sont tapageuses

A sinuer j’vais d’voir jouer

J’voulais t’voir jouir de nous, du temps

Mais j’m’en réjouirai, d’c’t’histoire

Quand tout s’ra en terre, à feu et à sang

Qu’tout aura l’air d’un printemps

 

 

[1] La soif véritable.

 

Jean-Marie Loison-Mochon

A feu et à sang

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