T’as pas rusé mais t’as pas joué
Dans nos déboires, j’me souviens d’une armoire
Même si bientôt plus qu’art mort
Même si bientôt plus qu’un r’mord
Et j’remords en toi c’soir
Et tu m’prends encore, en miroir
Le mot futur miroitait
Le mot rutilait, couleur sang
L’moment rituel, sous l’heure prend
L’mouvement rituel, il nous r’prend
Et on s’arpente encore, qu’elle est belle
Qu’elle est belle c’t’heure sur tes pentes
Qu’elle appelle la couleur d’la fin ?
Du sang à la pelle, c’est vrai
Du temps à la porte, je vrille
On s’claque la peau, rutilante
J’me plaque et j’vrille, c’est vrai
Dis-moi comment m’sevrer ?
Car on s’commet l’désir, le vrai
On s’fait comètes, des îles, des vraies
Mais l’sang pourtant désigne la fin
A tes puissants pourtours, une vigne en vain
Assez puissant, j’me sentais fertile
Un puits sans fond, puis ma puissance fond
J’me sentais fertile, à l’horizon
J’te voyais faire l’île, à l’unisson
J’louvoyais vers toi, la lune, son feu
J’nous voyais faire tout, le jeu, l’sérieux
J’vouvoyais trop ton corps, p’t-être
J’tutoyais trop l’sérieux, p’t-être
Mais vu d’ma f’nêtre, on était
On était champêtres et citadins
On était théorème et solution
On était armés et sous fusion
A feu et à sang, une putain d’légion
Alors à feu et à sang on va s’faire
A feu et à sang, une putain d’lésion
Crois-moi la fin ça n’lésine pas
La croix moi j’connais, j’la voisine
La mort j’la connais, une vraie saisine
J’suis pas sûr qu’tu m’sures, saisisses
Quand deux corps s’saisissent de peau, d’esprit
C’est ici qu’on dit en chœur
Qu’la sédition surtout pas
Ce s’rait la sed verdadera[1]
Et on a soif l’un d’l’autre
On va s’assoiffer comme des apôtres
Alors dis-moi pourquoi s’vautrer ?
Moi j’te dis : mieux vaut s’montrer
Alors dis-moi, pourquoi s’vautrer ?
A ta peau j’le r’vois, c’beau trait
J’pensais qu’ça t’botterait
Mais en sang t’as botté
En touche, d’une traite
On s’touchait, c’était près
On s’approchait, c’t’hiver
Mais en sang t’as botté
A feu et à sang, ta beauté
La faute est en chacun
On touche un cœur : c’est l’jeu
On couche, vapeurs et feux
On toucha, ta peur tes flancs
On couche là, sous heurts sous sang
Suant la peur, suivant l’désir
Ta peur suivit, j’suis lapereau
Pris dans tes phares, sans vie
Dans l’effarement, livide
Aphone et absent, demain
A feu et à sang, mes mains
Aphone et absent
A l’aune de la nuit
S’étalonne en nous, ta fuite
On s’étale au-d’là d’minuit
On s’étage aux draps d’nos peaux
On s’étoile, sous drapeau noir
On s’étiole, sur la peau morte
En soi tout est là
On a notre étoile, tutélaire
Mais tout a l’air d’finir
Tout à l’heure tu m’fis miroiter la fin
Tout en air de vide, mes doigts éreintés
Mais l’étreinte est un théorème
T’es à l’oreille d’mon feu
Du pareil au même j’te veux
A ton oreille ou à tes ch’veux
J’m’attache pas, c’est c’que tu veux
J’me détache pas, qu’est-ce que tu veux ?
A la fin j’te suis, ta suie est d’sang
A la fin tu m’fuis, ma nuit est d’feu
Et d’main tout fuira
Et d’main t’enfouiras
C’soir on confluera
C’soir tu soupiras
C’soir il conspira
Car d’main nous conspuera
C’que ta main nous construit là
C’que t’amène en toi, moi
En toi moi, qui déconstruit l’aura
On l’aura pas, on l’avait
On lorgna, on l’aura pas
Dans l’ornière, l’après
Dans l’or d’hier, j’laperai
Ce feu et c’sang à la plaie
A feu et à sang j’me rappel’rai
Le râpeux et l’appel en nous
De la peur qui s’ép’la en toi
Comme un Zeppelin qui s’écrase
Comme un demain qui rase tout
Mais moi j’ressasserai l’nous
Car c’est ça d’s’exposer, au feu
D’un sang jamais r’posé, à deux
A feu et à sang comme en c’soir
A feu et à sang, homme en toi
Amants toi et moi, et plus j’crois
Mais tu t’épluches le futur à la peur
Quand tout est plus simple, sous vapeur
Sous vapeur de feu et de sang, à deux
Sous la peur, tout feu est absent
Sous la peau, tout feu est dormant
Mais il faut l’saupoudrer c’volcan
Car pour faire un saut, toute durée
Pour faire un saut, toute projection d’mande
Au temps, une éruption plus grande
Autant irruption qu’distance
Autant distendre que serrer
Et c’est réel quand on s’dit tendre
Il est réel, c’parfum d’s’éprendre
Il l’était mais alitée
Alitée t’étais sous pare-feu
A l’idée qu’on s’pare d’un fouillis
Et moi qu’on s’sépare dans c’roulis
Conséquence : c’est par la fin, ses éboulis
Qu’on s’séquence, comme deux bouts libres
Alors qu’on était deux flous ivres
Toi t’es d’bout, tu t’apaises
Moi à g’noux, tout aux prises
Tout aux prises avec la braise
A feu et à sang, sous emprise
D’un contre-sens à nos feux
D’un conte simple et d’incandescence
Qu’d’un simple coup, tu découpes
Simple et coûteux à la fois
J’suis sous l’emprise du couperet
Toi t’as pas paré l’coup d’la peur
Et d’main j’aurai l’goût d’trop peu
J’s’rai sous l’coup d’la torpeur
Sous l’coup ta peur
Le goût encore, au corps d’mes pensées
D’cette dernière cordée, au goût d’feu
A feu et à sang, désaccordés
A feu et à sang, des accords nés
Aphone et absent, désaccord net
A la corde et tout à feu, à sang
De l’accord qu’nous avions, qu’nous jouions
Qui tout à coup m’est avion, dans les dents
M’est avis qu’j’y r’pens’rai
Métal froid, qu’je panserai
Mais ta vie passe au-d’ssus
Alors j’nous dépasserai, déçu
Alors j’le dépenserai, c’t’influx
C’t’un futur auquel j’pensais pas
J’panserai mes pas, tu m’fus tumulte
Ton futur s’montrera ailleurs
C’t’un futur auquel j’pensais pas
Certains futurs restent au quai
C’est un feu durable qui s’écluse
A feu et à sang j’me suis usé
T’as pas rusé mais t’as pas joué
Et ces nuées m’sont tapageuses
A sinuer j’vais d’voir jouer
J’voulais t’voir jouir de nous, du temps
Mais j’m’en réjouirai, d’c’t’histoire
Quand tout s’ra en terre, à feu et à sang
Qu’tout aura l’air d’un printemps
[1] La soif véritable.
Jean-Marie Loison-Mochon
A feu et à sang