A feu et à sang - Jean-Marie Loison-Mochon

Théorème qui nous ébruitait l’futur

Océan d’encre ou d’sang

Dans tout ça j’plonge

J’éponge rien j’sais

J’prolonge l’aérien

J’proroge ma loi noire

Ma foi noircit c’t’apogée

A ta peau j’ai erré

A douter toi aussi

Et nos peaux nues aérées…

Nos pourparlers s’sont tus

Au crépuscule le pourpre parlait

A la bascule, à tes pourtours

On s’écule à tes boursouflures

On s’goure j’crois, sans plus rien y faire

On laisse l’aérien r’tourner à l’air

On s’blesse à s’en r’tourner amer

Liesse à tes fesses, tes reins, j’m’éreinte

J’mérite rien, mes rires s’font quinte

Tu t’évites puis tout est vide

A vide de feu, de sang

On était avides pourtant

Avides de vie, de jeu, de grand

Mais l’on s’évide : j’entends

On s’vide, toi d’sang, moi d’feu

L’désir poisseux sous fin

Tu souffres un peu, on s’dépareille

Tu souffles un peu et j’dis pareil

J’dis pas, j’aurais résisté un peu

J’dis pas, on aurait pu persister un peu

Mais un feu ça s’nourrit d’persévérance

Pour nous ça meurt ici, dans c’te dernière danse

Ah oui sais-tu qu’ma planche s’appelle ainsi ?

Quand les vagues nous app’laient un si beau jour

Comme nos vagues qui sapent tes doutes c’soir

Même si nos corps savent cette joute, illusoire

Car tu doutes et les corps s’éloigneront

C’est la loi, je n’l’ignore pas

Mais j’vois la ligne aux rayons d’toi

Trait à ta joue, trait à tes reins : toi

Un terrain plein d’attraits, toi moi

Crois-moi, s’étreindre disait après

Mais dans après on va s’éteindre, toi moi

J’te r’garde encore et c’est tendre, crois-moi

J’nous r’garde encore nous étendre, cent fois

Sans garde au corps, en septembre ou novembre

En gare vers des après sans grumeau

En gare vers des après d’cendres

Des après d’sangre maintenant

Nos mains n’se tenant plus, sans gloire

Mes mains te t’naient dans l’eau

Dans l’au-delà d’une baie sans nuage

Sens-nous là, ce si beau jour

Si beau qu’nous font les vagues

Noire tu voguais, malhabile

Les vagues m’avalaient, t’emportaient

A t’porter j’persévérais, malhabile

Mais l’habit d’alors on l’a enl’vé

On s’rhabille c’soir, pour s’enl’ver

Le sang l’vait, le feu aussi

Le jeu, aussi loin qu’j’me souvienne

J’t’y ai vue de moins en moins souveraine

Alors j’le sens v’nir, ce jour qu’je traîne

Simple souvenir de plus, qu’j’étrenne

D’sentir la vague venir, même alités

D’sentir ce jour, les vagues, leur rivalité

C’jour-là j’les laissais pas t’emporter

Mais une part d’toi n’persévère pas

Alors j’perds ces vers sur la page

J’te réapercevrais sur cette plage

Mais à jouer on savait, pas vrai ?

Qu’y’avait plus de grain qu’d’ivraie

Mais y’aura plus qu’demain, j’divague

Et y’aura plus d’demain, d’rivalité

Parce qu’la rivalité des vagues

C’est plus qu’une autre réalité

J’le réalise et j’me vautre, comme toi

J’idéalise pas, j’voyais

On s’voyait très loin, très grands

On s’verra d’très loin, moins grands

Sévère rivalité, d’un grand vague

C’est vrai qu’t’as pas lutté, quand prise

Quand prise à lutter avec le doute

Comprise ou cherchant à t’comprendre

Prise à chahuter avec toute sorte de vagues

Quand prise à lutter avec le doute

Quand prise à mes mains, à goûter

A goutter d’sang, à goûter au feu

Agu’ t’es à feu et à sang

Agu’ j’suis aphone et absent

A r’goûter la poésie d’ce temps

Théorème sans rival, d’septembre

Ou après nos vagues, d’s’étendre

Dans un novembre agréable

A gué en fable, j’tentais la traversée

Mais à gué il n’y a pas moyen

Pas moyen d’traverser vers une île

Y’a pas moyen sans s’mouiller

A g’noux sur cette planche, penchée pareil

Ag’nouillée d’dos à moi, t’épanchant pareil

Noire ou blanche ta peau : en joie

C’soir ou c’jour-là, parallèles branchés

Moi j’me noyais pas, j’prenais l’eau

Parallèle où j’nage sans branchies

J’m’ag’nouillerai pas d’main

Pars à l’allure qu’tu veux, sur une vague ou d’main

Sans branchies j’nagerai, dans des parallèles rivaux

Sans broncher j’nagerai, pars à l’allure qu’tu veux

Le parallèle ultime s’rait, qu’en feu

Quand feu nous étions, à la lumière d’la plage

Le parallèle ultime s’ra, qu’en sang

Qu’ensemble nous étions, à la lumière d’plus qu’une page

Y m’faut séquencer, à feu et à sang

Y faut qu’ces temps-ci, absente

Qu’ces temps-là, après demain

Qu’j’incante un autre refrain qu’le tien

Mais à feu et à sang y m’tiendra

Y m’tiendra chaud, tu m’y r’viendras

Humide et ivre, et beaux

J’maintiendrai l’flot, à la parallèle des vagues

T’en r’viendras pas, j’sais bien

T’en vas pas trop loin qu’j’disais, hein ?

J’te disais rien qu’le futur en fait

D’un passé en fête, présent foutu

Cadeau brassé, brisé, nous : tu

Tu nous ébruitais l’futur

Moi j’entendais qu’le bruit des vagues

Sous nuit, sous moi, sur l’eau, là-bas

J’me tendis : pars pas si loin

Sous nous, sous toi, ta peau, tes bras

Parallèle pas si lointain, parcellaire

Car c’est l’air d’la fin, qui incarcère

Qui encore m’serre de trop

Qui en corsaire m’détrône

A feu et à sang, de c’dôme

A feu et à sang, d’ce dogme

De c’dos partant loin

Mêm’ plus un si dans c’bruit

Théorème qui nous ébruitait l’futur

A feu et à sang, de vagues tendues

A feu et à sang, de sel à ton sang

On s’ébruitait l’futur

Mais j’n’entendis qu’le bruit des vagues

 

Jean-Marie Loison-Mochon

A feu et à sang

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