Théorème qui nous ébruitait l’futur
Océan d’encre ou d’sang
Dans tout ça j’plonge
J’éponge rien j’sais
J’prolonge l’aérien
J’proroge ma loi noire
Ma foi noircit c’t’apogée
A ta peau j’ai erré
A douter toi aussi
Et nos peaux nues aérées…
Nos pourparlers s’sont tus
Au crépuscule le pourpre parlait
A la bascule, à tes pourtours
On s’écule à tes boursouflures
On s’goure j’crois, sans plus rien y faire
On laisse l’aérien r’tourner à l’air
On s’blesse à s’en r’tourner amer
Liesse à tes fesses, tes reins, j’m’éreinte
J’mérite rien, mes rires s’font quinte
Tu t’évites puis tout est vide
A vide de feu, de sang
On était avides pourtant
Avides de vie, de jeu, de grand
Mais l’on s’évide : j’entends
On s’vide, toi d’sang, moi d’feu
L’désir poisseux sous fin
Tu souffres un peu, on s’dépareille
Tu souffles un peu et j’dis pareil
J’dis pas, j’aurais résisté un peu
J’dis pas, on aurait pu persister un peu
Mais un feu ça s’nourrit d’persévérance
Pour nous ça meurt ici, dans c’te dernière danse
Ah oui sais-tu qu’ma planche s’appelle ainsi ?
Quand les vagues nous app’laient un si beau jour
Comme nos vagues qui sapent tes doutes c’soir
Même si nos corps savent cette joute, illusoire
Car tu doutes et les corps s’éloigneront
C’est la loi, je n’l’ignore pas
Mais j’vois la ligne aux rayons d’toi
Trait à ta joue, trait à tes reins : toi
Un terrain plein d’attraits, toi moi
Crois-moi, s’étreindre disait après
Mais dans après on va s’éteindre, toi moi
J’te r’garde encore et c’est tendre, crois-moi
J’nous r’garde encore nous étendre, cent fois
Sans garde au corps, en septembre ou novembre
En gare vers des après sans grumeau
En gare vers des après d’cendres
Des après d’sangre maintenant
Nos mains n’se tenant plus, sans gloire
Mes mains te t’naient dans l’eau
Dans l’au-delà d’une baie sans nuage
Sens-nous là, ce si beau jour
Si beau qu’nous font les vagues
Noire tu voguais, malhabile
Les vagues m’avalaient, t’emportaient
A t’porter j’persévérais, malhabile
Mais l’habit d’alors on l’a enl’vé
On s’rhabille c’soir, pour s’enl’ver
Le sang l’vait, le feu aussi
Le jeu, aussi loin qu’j’me souvienne
J’t’y ai vue de moins en moins souveraine
Alors j’le sens v’nir, ce jour qu’je traîne
Simple souvenir de plus, qu’j’étrenne
D’sentir la vague venir, même alités
D’sentir ce jour, les vagues, leur rivalité
C’jour-là j’les laissais pas t’emporter
Mais une part d’toi n’persévère pas
Alors j’perds ces vers sur la page
J’te réapercevrais sur cette plage
Mais à jouer on savait, pas vrai ?
Qu’y’avait plus de grain qu’d’ivraie
Mais y’aura plus qu’demain, j’divague
Et y’aura plus d’demain, d’rivalité
Parce qu’la rivalité des vagues
C’est plus qu’une autre réalité
J’le réalise et j’me vautre, comme toi
J’idéalise pas, j’voyais
On s’voyait très loin, très grands
On s’verra d’très loin, moins grands
Sévère rivalité, d’un grand vague
C’est vrai qu’t’as pas lutté, quand prise
Quand prise à lutter avec le doute
Comprise ou cherchant à t’comprendre
Prise à chahuter avec toute sorte de vagues
Quand prise à lutter avec le doute
Quand prise à mes mains, à goûter
A goutter d’sang, à goûter au feu
Agu’ t’es à feu et à sang
Agu’ j’suis aphone et absent
A r’goûter la poésie d’ce temps
Théorème sans rival, d’septembre
Ou après nos vagues, d’s’étendre
Dans un novembre agréable
A gué en fable, j’tentais la traversée
Mais à gué il n’y a pas moyen
Pas moyen d’traverser vers une île
Y’a pas moyen sans s’mouiller
A g’noux sur cette planche, penchée pareil
Ag’nouillée d’dos à moi, t’épanchant pareil
Noire ou blanche ta peau : en joie
C’soir ou c’jour-là, parallèles branchés
Moi j’me noyais pas, j’prenais l’eau
Parallèle où j’nage sans branchies
J’m’ag’nouillerai pas d’main
Pars à l’allure qu’tu veux, sur une vague ou d’main
Sans branchies j’nagerai, dans des parallèles rivaux
Sans broncher j’nagerai, pars à l’allure qu’tu veux
Le parallèle ultime s’rait, qu’en feu
Quand feu nous étions, à la lumière d’la plage
Le parallèle ultime s’ra, qu’en sang
Qu’ensemble nous étions, à la lumière d’plus qu’une page
Y m’faut séquencer, à feu et à sang
Y faut qu’ces temps-ci, absente
Qu’ces temps-là, après demain
Qu’j’incante un autre refrain qu’le tien
Mais à feu et à sang y m’tiendra
Y m’tiendra chaud, tu m’y r’viendras
Humide et ivre, et beaux
J’maintiendrai l’flot, à la parallèle des vagues
T’en r’viendras pas, j’sais bien
T’en vas pas trop loin qu’j’disais, hein ?
J’te disais rien qu’le futur en fait
D’un passé en fête, présent foutu
Cadeau brassé, brisé, nous : tu
Tu nous ébruitais l’futur
Moi j’entendais qu’le bruit des vagues
Sous nuit, sous moi, sur l’eau, là-bas
J’me tendis : pars pas si loin
Sous nous, sous toi, ta peau, tes bras
Parallèle pas si lointain, parcellaire
Car c’est l’air d’la fin, qui incarcère
Qui encore m’serre de trop
Qui en corsaire m’détrône
A feu et à sang, de c’dôme
A feu et à sang, d’ce dogme
De c’dos partant loin
Mêm’ plus un si dans c’bruit
Théorème qui nous ébruitait l’futur
A feu et à sang, de vagues tendues
A feu et à sang, de sel à ton sang
On s’ébruitait l’futur
Mais j’n’entendis qu’le bruit des vagues
Jean-Marie Loison-Mochon
A feu et à sang