A l'appel de como un pulso nuevo - A feu et à sang - Jean-Marie Loison-Mochon

Vos y yo – II

Il est beau en français, le mot de la audacia. Audacieuse ! A Brest, y’avait plein de gens qui disaient « proactif » ou « proactive », pourquoi ils utilisent des mots moches comme ça ? Je sais que c’est pas ta langue non plus, que t’aimes pas. C’est la langue ou le vocabulaire des gens qui ont besoin de se justifier de qui ils sont, de la place que ils ont dans la société, qu’ils veulent « s’investir ». Moi je crois, et je crois que toi aussi tu crois, que s’investir dans la vie, c’est vivre comme on pense, c’est ne pas se justifier. J’ai aimé ça, beaucoup, chez toi. Au début. Encore une fois, on était similaires et peut-être trop, comme là. J’aimais beaucoup et puis ça m’a rendu triste après, de voir que je t’ai fait changer. Tu le sais, je le sais. Je le voulais pas mais c’est arrivé.

Tu avais peur que je ne reviens plus, que je pars pour toujours. Alors tu étais plus tout à fait toi-même avec moi, tu voulais tout faire pour que je me sens bien, cómoda, comme dans une vie que je sais pas si j’aurai.

Je sais que c’est ton naturel aussi, de te soucier de los demás, de ceux que tu aimes. Mais je sais aussi que ce que tu as vécu avant… je sais aussi que ce que je t’ai fait, c’est activer de nuevo… activer ce que tu avais vécu de malo, de mauvais avec cette autre femme avant. Je t’ai fait peur quand je partais, revenais, repartais, et ça t’a fait changer un peu. Ça t’a remis dans la douleur de ton pasado. Ça me fait penser à cette chanson que tu m’avais fait écouter, c’était… on n’était pas naturels, on n’était pas nous-mêmes[1]  ou je sais plus, aussi… je n’étais pas investie alors efface tes larmes[2]. Mais si, j’ai voulu être investie avec toi, vraiment. Je pouvais juste pas beaucoup darte, te donner, pas beaucoup plus de moi en esas circunstancias. Dans ces circonstances de distance, de… de no sé qué, je ne sais pas. Je sais que tu as pas aimé, que je dis je ne sais pas souvent, que ça te faisait penser beaucoup à esa otra mujer, cette autre femme, que c’est toi qui l’avais quittée, et que tu savais pas pourquoi tu l’avais quittée. Pardon mais j’avais lu ese texto en cachette dans ton cahier, quand tu dormais. On dirait… on dira ? Que tu lui écrivais une lettre, comme moi aujourd’hui. Et tu lui écrivais : je ne sais pas, je ne sais pas, je ne sais pas. Mais je pars et je ne sais pas non plus, de verdad, pourquoi vraiment. C’est comme ça, c’est tout. A veces hay que irse. Je sais ça paraît cruel et je ne veux pas te blesser. Dans d’autres circonstances on aurait… j’aurais… mais je ne veux pas te faire espérer, et je ne dois pas douter esos días. Ces jours-ci je dois être avec mon groupe à 100%. Alors je t’écris esas cosas autant pour toi, que pour moi. Je n’ai pas de raison vraie de pourquoi je pars de toi, j’ai juste plein de moments dans la tête que je peux dire, qui peuvent (peuvent ? puedan) dire quelque chose de toi, de nous, de pourquoi je pars.

No puedo aclarar todo. Et tu es sûrement triste comme je suis triste… tu l’as senti que je partais, le jour del Año Nuevo. El sexo… ça ne ment pas des fois. C’est vrai que j’étais un peu gênée de le faire comme on l’a fait, avec le sang… mais tu as senti aussi que je me suis perdu, pendant que tu étais en moi. Je ne peux pas faire semblant, c’est vrai. Et puis ça sert à rien de faire semblant, non ? On fait plus de mal encore quand tout finit. Et moi je savais que j’allais devoir partir. Ce jour-là, on a eu l’information que… enfin, tu sauras peut-être un jour.

Je savais que je devais partir pour ici, maintenant. C’est mystérieux je sais, mais ya te dije : c’est pour ta sécurité. Je suis désolée si tu m’as sentie loin. C’était pas volontaire. Je te désirais vraiment, je te désire toujours mais la réalité qui allait venir, elle m’a attrapée et j’ai plus su faire… ça m’est souvent arrivé, que le futur il me prend comme ça, qu’il m’étouffe. C’est peut-être aussi pour ça que je te dis que je pouvais pas me projeter contigo. Arrête Jules, tu as réponse à tout je sais, tu dirais : pourquoi tu veux te projeter alors que tu évites de vivre l’instant présent ? Bien, c’est rationnel, très juste Jules. Mais tu sais que ça fonctionne pas comme ça. C’est une confiance que je… enfin. Oui je suis vraiment désolée pour ce soir-là, car tu as dû avoir l’impression que je m’en foutais de toi, que je te laissais prendre ce que tu voulais avant la fin. Mais c’était pas ça. C’est juste le futur qui… j’ai été encore plus désolée après, quand je me suis souvenue que tu avais… que ça t’était déjà arrivé il y a des années, le même soir ? Je me rappelle, que tu m’avais raconté esa… scène ? Toi et cette femme, ce miroir. Et je me souviendrai toujours des mots que tu as dit, et je suis désolée que tu as senti ça avec moi. Tu as dit que dans le miroir, elle te regardait pas, qu’elle était absente. Qu’elle était… oui, c’est ça, tu as dit… qu’elle avait tombé dans le blanc de ses propres yeux. Je crois que j’étais différente de cette fille, je suis même sûre. Moi, je me soucie de toi, encore maintenant. Mais ce soir-là si j’ai eu l’air ailleurs au-dessus de toi… je sais pas, c’était comme si mon esprit il a parti ailleurs et je pouvais rien faire. La peur du futur peut-être. Devoir réaliser ce futur, et aussi un futur sans toi.

Même si j’écris ça du futur, à propos del futuro, tu sais que je me suis demandé, des fois. Si toi et moi on était le futur. Je me souviens quand tu étais même prêt à renoncer à ce que tu voulais, pour moi. No tiene sentido, no ? Si on fait le compte de ces années, tu m’as si peu vue et quand je te disais que moi les enfants, … je savais pas, toi tu disais que ce n’était pas grave. Ce que je trouve fou, c’est que je crois que… que tu étais sincère. Ça aussi je l’aimais beaucoup chez toi, que tu as pas une idée arrêtée du futur. Que le futur c’est ce qui arrive, que tu avais dit une fois. Alors je crois que oui, tu étais sincère quand tu disais que c’était pas grave si tu l’étais pas, père, si tu étais avec moi. Et maintenant que on l’est pas, ¿qué piensas ? Tu sais que je me suis posé la question de l’enfant, de si je pouvais te laisser approcher autant de moi. De mon futur. Parce que je t’ai fait revivre aussi, une autre scène de ta vie, que m’as dit depuis. J’ai jamais aimé qu’on pose la main sur mon ventre.

Tu m’avais dit gata negra pour ça, parce que les chats non plus ils aiment pas ça. Quand tu me le faisais. Quand tu me le faisais au début j’avais des frissons, je supportais pas. Toi tu disais que ça t’avait fait ça il y a longtemps, mais que depuis tu pouvais tolerar. Je sais pas le sens, car tu es un gato negro, un mâle. Tu disais que c’est depuis que tu es plus libéré avec ton corps, avec les autres. Ça dépend peut-être encore de quels autres ? 

En tout cas je me suis posé la question pour moi et je t’ai fait revivre la scène, pardon encore, de quand une femme t’avait dit tu as remarqué que tu mets tout le temps ta main sur mon ventre ? c’était joli ce que tu lui avais répondu. Que c’était un endroit a la mitad del camino, de todo. Du désir, de la ternura, del futuro. Peut-être que toi et moi aussi, on était faits pour rester à la moitié du chemin… j’ai voulu voir, et tu te souviens ? J’ai pris ta main un soir avant que on s’endort, et je l’ai mis sur mon ventre. Je voulais savoir si elle me gênait, encore. Je jouais pas avec toi, je voulais juste savoir. Je pourrais te dire, ce que j’ai ressenti. Mais je crois que maintenant, c’est pas utile, à part pour les regrets…

En cuanto a los niños… j’essaie de changer de sujet mais en fait peut-être que ça va être pire. Tant pis, désolée. Tu te rappelles de ma cousine ? Qui avait accouché d’un petit Paulo la toute première nuit que toi et moi… ? Je me souviens même que j’avais voulu lui envoyer un message pour lui dire bon courage, je l’avais écrit devant toi et j’avais oublié de l’envoyer parce que j’étais trop déconcentrée de toi. Et c’est que quand elle m’a écrit que ça y est, elle est madre, que je m’en ai aperçu. Ça va paraître fou ou cruel encore, mais las circustancias ou les signes sont toujours un peu cruels quand on se dit au revoir. Recientemente, ils ont décidé de le baptiser et ma cousine me demande d’être la madrina, de Paulo.

 

[1] Nekfeu

[2] Nekfeu

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