A feu et à sang - Jean-Marie Loison-Mochon

Comme un solstice à nos temps

Au fil des silences, j’palpite

Dans tes villes de chev’lure

Dans tes lèvres j’crépite

J’m’enfile de si lancinants instants

Entendant l’silence

Toi l’étendant, moi dans ton dos

L’silence en attendant ton souffle

Me hâtant dans ton dos

Tes fesses se débattant

Ce débat tendre entre nous

J’suis battant mais tant d’bâtons

J’suis battant tes bas tombèrent

Ce débat tendre entre nous

Tendre mais nous battons

Dans les roues d’la nuit

A s’enrouer sans bruit ou presque

A t’ébrouer sans bruit ou presque

Et comme une presqu’île à la jonction

Comme une fresque illusoire peut-être

A ton île, à la jonction

Nous peignons l’soir de sang

Nous baignons dans l’histoire morte

Nous r’baignons dans l’crépuscule, ses cohortes

C’est comme ôter l’cran d’sécurité

Mon calme ôté, ton écran d’fumée

Comme autant d’mouvements qui transpercent

C’qu’y’aura eu d’émouvant

Entre nous, ce sang

Nos sexes l’émulsionnant

Comme autant d’mouvements qui transpercent

Pour c’qui transparaissait

Non que la transe pass’rait

Mais qu’entre nous y’avait passerelle

Il n’y aura pas c’rêve ou c’réel

Seule la fin s’réalisera

Mais demain ! Demain cette réalité-là

Car maintenant mes deux mains

Je m’domine, tu montes

Dans ton domaine en sang

Comme un dolmen en transe

Aux mains nouvelles d’une nuit

Quand un corps mène l’autre emporte

Et tu m’emport’ras mais demain, demain

D’mes deux mains je tiens

Je viens, j’repars, j’nous tiens

Ce jeu à ton repaire nous tient

A ton épaule, à tes hanches, je prends

A tes pôles renversés, on s’branche

Et l’électricité s’affole, on flanche ?

A l’envers de ta peau blanche

A l’hiver le flot d’sang chaud

Nos corps s’enchâssent, s’ingèrent

On n’est sages en rien mais ressort

Ce sort est de sang, d’un lien

Deux continents ou îliens

On dit presque, on digresse

On n’s’esquive plus, on s’presse

On dit presque, on digresse, fort ou fébrile

On fait île à la jonction

Des confettis à la jonction

A feu et à sang, qu’en fais-tu ?

Qu’en fais-tu, qu’en f’ras-tu ?

De c’qu’on fracturera demain

Qu’en fais-tu, qu’en f’ras-tu ?

De c’te jonction entre nous ?

De stoïque rien, puissant flou

Est-ce un puits sans fond ?

Cette jonction entre nous !

A l’onction de sang et d’feu

A l’angle de tes lèvres, à feu et à sang

Est-ce illusoire de s’l’avouer ?

Du bout des lèvres qu’ce soir

Nous fûmes île à la nuit

A feu et à sang

Nos sexes faisant jonction

Nous sectionnerons pourtant

Nous fûmes îles à la nuit

Mais à nouveau ta fumée

De mes deux mains nous fûmes île

Mais demain ta fumée, en nous

A feu et à sang

Demain enfumé d’peur, de flou

A feu et à sang

Consumés par c’feu ravageur

Alors je r’vois plutôt

A feu et à sang ta peau

Et nos pourtours brûlants

A feu et à sang, seul c’qui était beau

Comme un solstice à nos temps

A feu et à sang, nous détonnant

 

Jean-Marie Loison-Mochon

A feu et à sang

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