Demain
A sang et en flots, plus absente
Plus absurde y a-t-il ?
Pulsation sourde et vitale
Inévitable, sourd l’désir
Et sous l’désir, nos âmes vulnérables
Mais dans tes îles, à feu et à sang
Y’a dépôt d’armes et poudrière
Y’a l’dépôt d’hier, apposé sur notre trame
D’hier quand en toi tout a cramé
Dire qu’entre toi et moi, puisqu’on va cramer
Qu’entre toi et moi, y’aurait eu à s’aimer
Y’aurait eu assez oui, un assez mince sentier
Si au passé et à ses mains, ma chère
Si passant mes mains sur ta chair
T’avais chéri plus l’instant qu’l’avant
Plus le présent qu’les bris du passé
Qu’les brisants et brûlures
N’nous l’avaient pas épuisé en avance
N’nous l’avaient pas éclusé : le futur
Et nous t’lavons par mon feu
Dépravons ma fougue par ta fuite
Moi et mes feux bravons ta fente
Même pas d’méfait à cette faille
Moi et mes feux bravons ta fente
Avant qu’tu n’red’viennes absente
Et nous l’avons ton mal, nous l’fendons
Et au fond d’anses vulnérables
Au fond d’nous, cette danse vénérable
Au fond du feu, dans des marées d’sang
Où fond le feu, dans tes marées j’descends
Dans mes laves aux marges de lèvres
A tes lèvres je lave l’ancien
A tes lèvres je m’laisse avaler, pour crever
A tes lèvres pour crever d’tes peurs
A tes lèvres un temps j’crèverai
Et délivré j’me r’lèverai
J’suis la lave et l’errance en toi
J’suis là et j’avale les ronces cent fois
J’essuie la vallée d’tes reins
J’suis la violence d’ton sang
J’essuie la virulence du destin
J’t’enduis d’flamboyance, détonnant
J’irai dans la nuit, toi vers demain
Et tu n’te diras pas ensuite, que c’était moi
Le temps n’te dira pas, que c’est moi
Qui levant mes mains d’tes hanches
Qui fût l’vent qui releva tes penchants
Qui fût l’bras qui releva ton penchant
A feu et à sang, ton penchant
Non à t’pencher ou t’épancher
Mais ton penchant à aimer
Maintenant ma main : assignée à l’oubli
Maintenant ma main va saigner, à feu et à sang
Mais ma main aura signé, à feu et à sang
De c’t’encre invisible à tes vignes brûlées
A l’encoche de tes rives, à feu et à sang
A l’encore à tes lèvres, de c’mot dérivant
De c’mot délirant dont je n’serai pas
Cette osmose dont je n’saurai pas
Dans ta peau rosie de lave et d’sang
Ce mot rougi, dont aucun nous n’sera
Don ou cadeau, comme un sceau à la bougie
A la vie qui bouge encore en toi : au désir
Où des îles de futur disent ce mot
A feu et à sang, j’ai fureté en toi
A feu et à sang, pour buriner l’ancien
A feu et à sang, pour bruiner d’un mot
A feu et à sang, à tes lèvres
A feu et à sang, j’t’ai livré :
Demain
Jean-Marie Loison-Mochon
A feu et à sang