A feu et à sang - Jean-Marie Loison-Mochon

Demain

A sang et en flots, plus absente

Plus absurde y a-t-il ?

Pulsation sourde et vitale

Inévitable, sourd l’désir

Et sous l’désir, nos âmes vulnérables

Mais dans tes îles, à feu et à sang

Y’a dépôt d’armes et poudrière

Y’a l’dépôt d’hier, apposé sur notre trame

D’hier quand en toi tout a cramé

Dire qu’entre toi et moi, puisqu’on va cramer

Qu’entre toi et moi, y’aurait eu à s’aimer

Y’aurait eu assez oui, un assez mince sentier

Si au passé et à ses mains, ma chère

Si passant mes mains sur ta chair

T’avais chéri plus l’instant qu’l’avant

Plus le présent qu’les bris du passé

Qu’les brisants et brûlures

N’nous l’avaient pas épuisé en avance

N’nous l’avaient pas éclusé : le futur

Et nous t’lavons par mon feu

Dépravons ma fougue par ta fuite

Moi et mes feux bravons ta fente

Même pas d’méfait à cette faille

Moi et mes feux bravons ta fente

Avant qu’tu n’red’viennes absente

Et nous l’avons ton mal, nous l’fendons

Et au fond d’anses vulnérables

Au fond d’nous, cette danse vénérable

Au fond du feu, dans des marées d’sang

Où fond le feu, dans tes marées j’descends

Dans mes laves aux marges de lèvres

A tes lèvres je lave l’ancien

A tes lèvres je m’laisse avaler, pour crever

A tes lèvres pour crever d’tes peurs

A tes lèvres un temps j’crèverai

Et délivré j’me r’lèverai

J’suis la lave et l’errance en toi

J’suis là et j’avale les ronces cent fois

J’essuie la vallée d’tes reins

J’suis la violence d’ton sang

J’essuie la virulence du destin

J’t’enduis d’flamboyance, détonnant

J’irai dans la nuit, toi vers demain

Et tu n’te diras pas ensuite, que c’était moi

Le temps n’te dira pas, que c’est moi

Qui levant mes mains d’tes hanches

Qui fût l’vent qui releva tes penchants

Qui fût l’bras qui releva ton penchant

A feu et à sang, ton penchant

Non à t’pencher ou t’épancher

Mais ton penchant à aimer

Maintenant ma main : assignée à l’oubli

Maintenant ma main va saigner, à feu et à sang

Mais ma main aura signé, à feu et à sang

De c’t’encre invisible à tes vignes brûlées

A l’encoche de tes rives, à feu et à sang

A l’encore à tes lèvres, de c’mot dérivant

De c’mot délirant dont je n’serai pas

Cette osmose dont je n’saurai pas

Dans ta peau rosie de lave et d’sang

Ce mot rougi, dont aucun nous n’sera

Don ou cadeau, comme un sceau à la bougie

A la vie qui bouge encore en toi : au désir

Où des îles de futur disent ce mot

A feu et à sang, j’ai fureté en toi

A feu et à sang, pour buriner l’ancien

A feu et à sang, pour bruiner d’un mot

A feu et à sang, à tes lèvres

A feu et à sang, j’t’ai livré :

Demain

 

Jean-Marie Loison-Mochon

A feu et à sang

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