A la marelle on a joué
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Notes de l’auteur: Rayuela, ou Marelle en français, est un roman à multiples lectures de Julio Cortázar, auteur argentin. Le “Capitulo Siete” ou “Chapitre sept” en est un passage emblématique. En voici une version originale et une version traduite en français
Vos y yo, nous le savons
Lo sabíamos, que je nous savonnais le monde
Ese mundo nuestro, sans cesse
Lo sabíamos, que j’ai si souvent fermé les yeux
Pero cerrar los ojos, ça ne sert pas
A cacher la serre au-dedans, floreciente
Les forêts de senteurs, bosques sans peur
Les bouts que quise ver
Les bouts de toi je les savais… plus vastes
Mais ce bouquet, quise hacerlo… plus vague
A ce beau quai de nous, vine
Como à la costa, floreciente de quelque chose
Pero preferí te voir un peu moins,
Preferí te voir un peu plus morose
Mi razón es simple :
Simplement qu’elle était irracional
Así se llama, aussi, la peur
Ainsi j’m’échappais mieux
Así yo me escaparía… mejor
Même si maintenant… no sé
Ne crois pas que j’ai pas sufrido
Souffert d’au moins autant que toi
Aunque ce furent mes dents en toi
Au quai de nous, fue duro crois-moi
Et ça dure au moins, en alguna parte
Au loin comme une brûlure de la luna
Je suis partie mais crois pas, no
Crois pas guapo, que no fue duro
Te agradezco d’avoir souffert
De sufrir encore, au lavoir de nous
Pero de sufrir, dans un quasi silencio
Car si à l’anse je nous voyais trop…
Au quai de nous, sería demasiado…
Sería difícil comme un hoquet au cœur
Comme un hoquet que no pasaría
Supongo que je passe à raz ton cœur
Sous ton goût de nous, el dolor
Supe, de ton flou más prufundo
Más profundo que sous mes mots j’ai dit
Lo supe : profond, abondant, à ma portée
Pero m’apporter au quai de nous…
No supe, car au fond j’aurais pu m’effondrer
Sous mes airs de independencia, libertaire
No supe, m’autoriser à fondre, liberarme
Libre est l’âme, d’errer, dirías
Ahora toi moins libre et plus errance
Vos tan comprensivo, à vouloir me libérer
De ese tiempo, qu’on prenne c’qu’y vaut
De ce temps, qu’on désapprenne c’qui sonna faux
Dentro de mí, resuenas même si j’ai fui
Me fui du quai de nous, de trop de moi
De trop de moi ou pas assez, me fui
De trop de moi ou de passé, me fui
Haciendolo, je sais oui
Je sais que j’n’ai cessé de te réduire
Mais reducir una imagen permet…
Esto permet de s’y rendre plus perméable
Quise verla, ton image et à m’y blottir
Pero no querría, sentirme vulnerable
Mais au fond un peu si, un poco
Un petit peu mais no, imposible
D’un petit feu dont je n’serais pas trop cible
Et pas d’un petit jeu, crois-moi guapo
J’ai goûté à ta peau con sinceridad
J’ai douté à ma peur, con la misma sinceridad
Tu en serres les dents je sais, dudé
Du bout des doigts, t’as voulu m’adouber
Con un dedo toco el borde de tu boca[1]
Du bout des doigts, aunque dudaba
Du bout des doigts, tu m’as lue
Como un capitulo siete[2]
Au bout de moi, te diste
Aunque… cuando je feignais d’être distraite
Te diste, quand au dos de toi j’allais
Te diste, à la peur t’espérais qu’je dise trêve
A jouer là, al borde de mi boca
A nous faire une marelle de joies
A jouer là, al borde, au quai de nous
Rayuela, m’aborder en las olas
Rayuela, me border ou me froisser
Me diste tout le goût de jouer là
De jouer à Rayuela al borde de tu boca
Ou que del borde de mi boca, il sortit
Que saliera la peur comme de mon corps
Avec un doigt, me tocaste, tu m’effleuras
Delicadeza, me tocaste les pensées
Aunque j’ai tout cassé depuis, j’y repenserai
Delicadeza, des lignes que tu écrivis en moi
Lineas qui s’écrient vie encore, dentro de mí
Même si je ne voulus pas voir, pas trop
Car dans trop de moi, dentro de mi
Adentro je me serais sentie si vulnérable
Me sentiste peut-être peu affable
Pero la fábula me parlait, du quai de nous
Ni toi ni moi, on l’aurait dite fabuleuse
Mais affabuler on a voulu, sur du vrai
Tout ne fût pas fabuloso
Yo, venía et à la fin m’en allais
Yo, regresaba et à ma main on s’emballait
Era como un ballet, une danse oui
Comme un ballet puis me fui
Diste saltitos, sur ce temps au quai de nous
Yo, di saltitos sous craie et caillou
Me diste, de petits sauts au cœur
Yo, te di des sortes de petits flous
Yo, fría, vos, chaud, au mépris du flou
Tu t’offris à nous, cuando yo
Yo te dibuje, des friches sous tendresse
No podías, défricher toute cette craie
Secretos ? Ou des fichus temps passés : fichus
Efimeros, vos y yo, défi que j’sus pas rel’ver
Desafío pour moi aussi tu sais : vos y yo
Je me revois si chose, en ese abrazo
En tus brazos, oui, y’avait quelque chose
Comme un cuerpo de baile, vos y yo
De commune mesure : no tengo
Le train gauche mais l’allure grisante
L’étreinte au chevet de la fin, distante
Toi dans la forêt de mes cheveux, el fin
Moi dans l’effort de ne pas céder, al fin
Finalmente, con la tiza j’nous dessinais
Comme d’un lápiz à même le corps
Homme une marelle, où quemarse
Ma réalité c’était encore toi, en ese instante
Etais-je à comme essayer de te desafiar a
Des airs fiers je n’avais pas, ya sabes
Dans l’air de fin, te défier à la marelle
Con la tiza, nous tisser ce jeu précaire
Ese juego, tu l’attisas de ta tendresse
Luego tu t’y mesuras, craie et caillou
Yo, dibuje ese día, notre dernier jour d’hiver
Ese día, notre dernier jour d’hier
Chaud, dans tes bras sous abrazo
Marelle au loin là-bas en nous, ou vos y yo
Voici le jeu, marelle : ¡anda!
En d’autres circonstances, tu m’aurais gagnée
Pero decidí dibujarte ce jeu si difficile
En chœur c’est enfantin d’y jouer
Comme un fantôme, hein ? no sé
C’est un fait, adentro on m’a déjouée
Je t’ai dessiné dentro de mí
Moins beau, moins fort, moins solide : menos
D’une main inconsciente pour que l’effort
El esfuerzo me sea moins sordide
Qu’il me soit moins difficile de partir
Il faut que tu te soignes maintenant, guapo
Yo también, de nos éloignements
Je t’emmène un peu partout, vos también sûrement
A rayuela on a joué, à s’approcher
A rayuela j’ai pas su jouer, à cloche-pied
A rayuela j’ai eu trop peur, du caillou au cœur
A rayuela, de trop perdre l’équilibre, torpe
T’en paies ta part, ya lo sé
Una parte en toi, estampillée de moi
Como un cuadro, un quadrillage
Cuadrícula sans plus de repère
Il fallait perderse quiza
Yo, no supe, me perdre
No pude, me saupoudrer d’abandon
Solo de tiza, d’un dessin de toi à la craie
Je décris ça comme sous la lluvia
Comme toi ce surajout, esa palabra
Ce mot à ma joue, que inventaste
Quand tu inventoriais mes sourires
Quand on ventait encore de suspiros
Je décris ça comme sous la lluvia
Là sous la pluie, ses traits, que ya
Qui déjà efface la craie de la rayuela
[1] Rayuela / Marelle
[2] Rayuel / Marelle
Jean-Marie Loison-Mochon
A feu et à sang
Toi et moi, nous le savons
Nous le savions, que je nous savonnais le monde
Ce monde, le nôtre, sans cesse
Nous le savions, que j’ai si souvent fermé les yeux
Mais fermer les yeux, ça ne sert pas
A cacher la serre au-dedans, florissant
Les forêts de senteurs, des forêts sans peur
Les bouts que je voulus voir
Les bouts de toi je les savais… plus vastes
Mais ce bouquet, je voulus le faire… plus vague
A ce beau quai de nous, je vins
Comme sur la côte, florissante de quelque chose
Mais je préférai te voir un peu moins,
Je préférai te voir un peu plus morose
Ma raison est simple :
Simplement qu’elle était irrationnelle
Ainsi s’appelle, aussi, la peur
Ainsi j’m’échappais mieux
Ainsi moi je m’échapperais… mieux
Même si maintenant… je ne sais pas
Ne crois pas que j’ai pas souffert
Souffert d’au moins autant que toi
Bien que ce furent mes dents en toi
Au quai de nous, ce fût dur crois-moi
Et ça dure au moins, quelque part
Au loin comme une brûlure de la lune
Je suis partie mais crois pas, non
Crois pas mon beau, que ce ne fût pas dur
Je te remercie d’avoir souffert
De souffrir encore, au lavoir de nous
Mais de souffrir, dans un quasi silence
Car si à l’anse je nous voyais trop…
Au quai de nous, ce serait trop…
Ce serait difficile comme un hoquet au cœur
Comme un hoquet qui ne passerait pas
Je suppose que je passe à raz ton cœur
Sous ton goût de nous, la douleur
Je sus, de ton flou plus profond
Plus profond que sous mes mots j’ai dit
Je le sus : profond, abondant, à ma portée
Mais m’apporter au quai de nous…
Je ne sus pas, car au fond j’aurais pu m’effondrer
Sous mes airs d’indépendance, libertaire
Je ne sus pas, m’autoriser à fondre, me libérer
Libre est l’âme, d’errer, tu dirais
Maintenant toi moins libre et plus errance
Toi si compréhensif, à vouloir me libérer
De ce temps, qu’on prenne c’qu’y vaut
De ce temps, qu’on désapprenne c’qui sonna faux
En moi tu résonnes, même si j’ai fui
Je suis partie du quai de nous, de trop de moi
De trop de moi ou pas assez, je suis partie
De trop de moi ou de passé, je suis partie
Ce faisant, je sais oui
Je sais que j’n’ai cessé de te réduire
Mais réduire une image permet…
Cela permet de s’y rendre plus perméable
Je voulus la voir, ton image et à m’y blottir
Mais je ne voulais pas, me sentir vulnérable
Mais au fond un peu si, un peu
Un petit peu mais non, impossible
D’un petit feu dont je n’serais pas trop cible
Et pas d’un petit jeu, crois-moi mon beau
J’ai goûté à ta peau avec sincérité
J’ai douté à ma peur, avec la même sincérité
Tu en serres les dents je sais, je doutai
Du bout des doigts, t’as voulu m’adouber
D’un doigt je touche le bord de ta bouche[1]
Du bout des doigts, même si je doutais
Du bout des doigts, tu m’as lue
Comme un Chapitre Sept[2]
Au bout de moi, tu te donnas
Bien que… quand je feignais d’être distraite
Tu te donnas, quand au dos de toi j’allais
Tu te donnas, à la peur t’espérais qu’je dise trêve
A jouer là, au bord de ma bouche
A nous faire une marelle de joies
A jouer là, au bord, au quai de nous
Marelle, m’aborder dans les vagues
Marelle, me border ou me froisser
Tu me donnas tout le goût de jouer là
De jouer à la marelle au bord de ta bouche
Ou que du bord de ma bouche, il sortit
Qu’il en sorte la peur comme de mon corps
Avec un doigt, tu me touchas, tu m’effleuras
Délicatesse, tu me touchas les pensées
Bien que j’ai tout cassé depuis, j’y repenserai
Délicatesse, des lignes que tu écrivis en moi
Des lignes qui s’écrient vie encore, en moi
Même si je ne voulus pas voir, pas trop
Car dans trop de moi, en moi
A l’intérieur je me serais sentie si vulnérable
Tu me sentis peut-être peu affable
Mais la fable me parlait, du quai de nous
Ni toi ni moi, on l’aurait dite fabuleuse
Mais affabuler on a voulu, sur du vrai
Tout ne fût pas fabuleux
Moi, je venais et à la fin m’en allais
Moi, je revenais et à ma main on s’emballait
C’était comme un ballet, une danse oui
Comme un ballet puis je m’en allai
Tu fis de petits sauts, sur ce temps au quai de nous
Moi je te fis de petits sauts, sous craie et caillou
Tu me fis de petits sauts, de petits sauts au cœur
Moi, je te donnai des sortes de petits flous
Moi, froide, toi chaud, au mépris du flou
Tu t’offris à nous, quand moi
Moi je te dessinai, des friches sous tendresse
Tu ne pouvais pas, défricher toute cette craie
Des secrets ? Ou des fichus temps passés : fichus
Ephémères toi et moi, défi que j’sus pas rel’ver
Défi pour moi aussi tu sais : toi et moi
Je me revois si chose, dans cette étreinte
Dans tes bras, oui, y’avait quelque chose
Comme un corps de ballet, toi et moi
De commune mesure : je n’ai pas
Le train gauche mais l’allure grisante
L’étreinte au chevet de la fin, distante
Toi dans la forêt de mes cheveux, la fin
Moi dans l’effort de ne pas céder, à la fin
Finalement avec la craie j’nous dessinais
Comme d’un crayon à même le corps
Homme une marelle, où se brûler
Ma réalité c’était encore toi, dans cet instant
Etais-je à comme essayer de te défier de…
Des airs fiers je n’avais pas, tu le sais bien
Dans l’air de fin, te défier à la marelle
Avec la craie, nous tisser ce jeu précaire
Ce jeu, tu l’attisas de ta tendresse
Ensuite tu t’y mesuras, craie et caillou
Moi, je te dessinai ce jour-là, notre dernier jour d’hiver
Ce jour-là, notre dernier jour d’hier
Chaud, dans tes bras sous étreinte
Marelle au loin là-bas en nous, ou toi et moi
Voici le jeu, marelle : vas-y !
En d’autres circonstances, tu m’aurais gagnée
Mais je décidai de te dessiner ce jeu si difficile
En chœur c’est enfantin d’y jouer
Comme un fantôme, hein ? je ne sais pas
C’est un fait, à l’intérieur on m’a déjouée
Je t’ai dessiné en moi
Moins beau, moins fort, moins solide : moins
D’une main inconsciente pour que l’effort
L’effort me soit moins sordide
Qu’il me soit moins difficile de partir
Il faut que tu te soignes maintenant, mon beau
Moi aussi, de nos éloignements
Je t’emmène un peu partout, toi aussi sûrement
A la marelle on a joué, à s’approcher
A la marelle j’ai pas su jouer, à cloche-pied
A la marelle j’ai eu trop peur, du caillou au cœur
A la marelle, de trop perdre l’équilibre, gauche
T’en paies ta part, je le sais bien
Une part en toi, estampillée de moi
Comme un tableau, un quadrillage
Comme un plan sans plus de repère
Il fallait se perdre peut-être
Moi je ne sus pas, me perdre
Je ne pus pas, me saupoudrer d’abandon
Seulement de craie, d’un dessin de toi à la craie
Je décris ça comme sous la pluie
Comme toi ce surajout, ce mot
Ce mot à ma joue, que tu inventas
Quand tu inventoriais mes sourires
Quand on ventait encore de soupirs
Je décris ça comme sous la pluie
Là sous la pluie, ses traits, qui déjà
Qui déjà efface la craie de la marelle
[1] Rayuela / Marelle
[2] Rayuel / Marelle