A la marelle on a joué - A feu et à sang - Jean-Marie Loison-Mochon

A la marelle on a joué – Version traduite

Toi et moi, nous le savons

Nous le savions, que je nous savonnais le monde

Ce monde, le nôtre, sans cesse

Nous le savions, que j’ai si souvent fermé les yeux

Mais fermer les yeux, ça ne sert pas

A cacher la serre au-dedans, florissant

Les forêts de senteurs, des forêts sans peur

Les bouts que je voulus voir

Les bouts de toi je les savais… plus vastes

Mais ce bouquet, je voulus le faire… plus vague

A ce beau quai de nous, je vins

Comme sur la côte, florissante de quelque chose

Mais je préférai te voir un peu moins,

Je préférai te voir un peu plus morose

Ma raison est simple :

Simplement qu’elle était irrationnelle

Ainsi s’appelle, aussi, la peur

Ainsi j’m’échappais mieux

Ainsi moi je m’échapperaismieux

Même si maintenant… je ne sais pas

Ne crois pas que j’ai pas souffert

Souffert d’au moins autant que toi

Bien que ce furent mes dents en toi

Au quai de nous, ce fût dur crois-moi

Et ça dure au moins, quelque part

Au loin comme une brûlure de la lune

Je suis partie mais crois pas, non

Crois pas mon beau, que ce ne fût pas dur

Je te remercie d’avoir souffert

De souffrir encore, au lavoir de nous

Mais de souffrir, dans un quasi silence

Car si à l’anse je nous voyais trop…

Au quai de nous, ce serait trop

Ce serait difficile comme un hoquet au cœur

Comme un hoquet qui ne passerait pas

Je suppose que je passe à raz ton cœur

Sous ton goût de nous, la douleur

Je sus, de ton flou plus profond

Plus profond que sous mes mots j’ai dit

Je le sus : profond, abondant, à ma portée

Mais m’apporter au quai de nous…

Je ne sus pas, car au fond j’aurais pu m’effondrer

Sous mes airs d’indépendance, libertaire

Je ne sus pas, m’autoriser à fondre, me libérer

Libre est l’âme, d’errer, tu dirais

Maintenant toi moins libre et plus errance

Toi si compréhensif, à vouloir me libérer

De ce temps, qu’on prenne c’qu’y vaut

De ce temps, qu’on désapprenne c’qui sonna faux

En moi tu résonnes, même si j’ai fui

Je suis partie du quai de nous, de trop de moi

De trop de moi ou pas assez, je suis partie

De trop de moi ou de passé, je suis partie

Ce faisant, je sais oui

Je sais que j’n’ai cessé de te réduire

Mais réduire une image permet…

Cela permet de s’y rendre plus perméable

Je voulus la voir, ton image et à m’y blottir

Mais je ne voulais pas, me sentir vulnérable

Mais au fond un peu si, un peu

Un petit peu mais non, impossible

D’un petit feu dont je n’serais pas trop cible

Et pas d’un petit jeu, crois-moi mon beau

J’ai goûté à ta peau avec sincérité

J’ai douté à ma peur, avec la même sincérité

Tu en serres les dents je sais, je doutai

Du bout des doigts, t’as voulu m’adouber

D’un doigt je touche le bord de ta bouche[1]

Du bout des doigts, même si je doutais

Du bout des doigts, tu m’as lue

Comme un Chapitre Sept[2]

Au bout de moi, tu te donnas

Bien que… quand je feignais d’être distraite

Tu te donnas, quand au dos de toi j’allais

Tu te donnas, à la peur t’espérais qu’je dise trêve

A jouer là, au bord de ma bouche

A nous faire une marelle de joies

A jouer là, au bord, au quai de nous

Marelle, m’aborder dans les vagues

Marelle, me border ou me froisser

Tu me donnas tout le goût de jouer là

De jouer à la marelle au bord de ta bouche

Ou que du bord de ma bouche, il sortit

Qu’il en sorte la peur comme de mon corps

Avec un doigt, tu me touchas, tu m’effleuras

Délicatesse, tu me touchas les pensées

Bien que j’ai tout cassé depuis, j’y repenserai

Délicatesse, des lignes que tu écrivis en moi

Des lignes qui s’écrient vie encore, en moi

Même si je ne voulus pas voir, pas trop

Car dans trop de moi, en moi

A l’intérieur je me serais sentie si vulnérable

Tu me sentis peut-être peu affable

Mais la fable me parlait, du quai de nous

Ni toi ni moi, on l’aurait dite fabuleuse

Mais affabuler on a voulu, sur du vrai

Tout ne fût pas fabuleux

Moi, je venais et à la fin m’en allais

Moi, je revenais et à ma main on s’emballait

C’était comme un ballet, une danse oui

Comme un ballet puis je m’en allai

Tu fis de petits sauts, sur ce temps au quai de nous

Moi je te fis de petits sauts, sous craie et caillou

Tu me fis de petits sauts, de petits sauts au cœur

Moi, je te donnai des sortes de petits flous

Moi, froide, toi chaud, au mépris du flou

Tu t’offris à nous, quand moi

Moi je te dessinai, des friches sous tendresse

Tu ne pouvais pas, défricher toute cette craie

Des secrets ? Ou des fichus temps passés : fichus

Ephémères toi et moi, défi que j’sus pas rel’ver

Défi pour moi aussi tu sais : toi et moi

Je me revois si chose, dans cette étreinte

Dans tes bras, oui, y’avait quelque chose

Comme un corps de ballet, toi et moi

De commune mesure : je n’ai pas

Le train gauche mais l’allure grisante

L’étreinte au chevet de la fin, distante

Toi dans la forêt de mes cheveux, la fin

Moi dans l’effort de ne pas céder, à la fin

Finalement avec la craie j’nous dessinais

Comme d’un crayon à même le corps

Homme une marelle, où se brûler

Ma réalité c’était encore toi, dans cet instant

Etais-je à comme essayer de te défier de…

Des airs fiers je n’avais pas, tu le sais bien

Dans l’air de fin, te défier à la marelle

Avec la craie, nous tisser ce jeu précaire

Ce jeu, tu l’attisas de ta tendresse

Ensuite tu t’y mesuras, craie et caillou

Moi, je te dessinai ce jour-là, notre dernier jour d’hiver

Ce jour-là, notre dernier jour d’hier

Chaud, dans tes bras sous étreinte

Marelle au loin là-bas en nous, ou toi et moi

Voici le jeu, marelle : vas-y !

En d’autres circonstances, tu m’aurais gagnée

Mais je décidai de te dessiner ce jeu si difficile

En chœur c’est enfantin d’y jouer

Comme un fantôme, hein ? je ne sais pas

C’est un fait, à l’intérieur on m’a déjouée

Je t’ai dessiné en moi

Moins beau, moins fort, moins solide : moins

D’une main inconsciente pour que l’effort

L’effort me soit moins sordide

Qu’il me soit moins difficile de partir

Il faut que tu te soignes maintenant, mon beau

Moi aussi, de nos éloignements

Je t’emmène un peu partout, toi aussi sûrement

A la marelle on a joué, à s’approcher

A la marelle j’ai pas su jouer, à cloche-pied

A la marelle j’ai eu trop peur, du caillou au cœur

A la marelle, de trop perdre l’équilibre, gauche

T’en paies ta part, je le sais bien

Une part en toi, estampillée de moi

Comme un tableau, un quadrillage

Comme un plan sans plus de repère

Il fallait se perdre peut-être  

Moi je ne sus pas, me perdre

Je ne pus pas, me saupoudrer d’abandon

Seulement de craie, d’un dessin de toi à la craie

Je décris ça comme sous la pluie

Comme toi ce surajout, ce mot

Ce mot à ma joue, que tu inventas

Quand tu inventoriais mes sourires

Quand on ventait encore de soupirs

Je décris ça comme sous la pluie

Là sous la pluie, ses traits, qui déjà

Qui déjà efface la craie de la marelle

 

 

[1] Rayuela / Marelle

[2] Rayuel / Marelle

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2 années il y a

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