A la marelle on a joué – Version traduite
Toi et moi, nous le savons
Nous le savions, que je nous savonnais le monde
Ce monde, le nôtre, sans cesse
Nous le savions, que j’ai si souvent fermé les yeux
Mais fermer les yeux, ça ne sert pas
A cacher la serre au-dedans, florissant
Les forêts de senteurs, des forêts sans peur
Les bouts que je voulus voir
Les bouts de toi je les savais… plus vastes
Mais ce bouquet, je voulus le faire… plus vague
A ce beau quai de nous, je vins
Comme sur la côte, florissante de quelque chose
Mais je préférai te voir un peu moins,
Je préférai te voir un peu plus morose
Ma raison est simple :
Simplement qu’elle était irrationnelle
Ainsi s’appelle, aussi, la peur
Ainsi j’m’échappais mieux
Ainsi moi je m’échapperais… mieux
Même si maintenant… je ne sais pas
Ne crois pas que j’ai pas souffert
Souffert d’au moins autant que toi
Bien que ce furent mes dents en toi
Au quai de nous, ce fût dur crois-moi
Et ça dure au moins, quelque part
Au loin comme une brûlure de la lune
Je suis partie mais crois pas, non
Crois pas mon beau, que ce ne fût pas dur
Je te remercie d’avoir souffert
De souffrir encore, au lavoir de nous
Mais de souffrir, dans un quasi silence
Car si à l’anse je nous voyais trop…
Au quai de nous, ce serait trop…
Ce serait difficile comme un hoquet au cœur
Comme un hoquet qui ne passerait pas
Je suppose que je passe à raz ton cœur
Sous ton goût de nous, la douleur
Je sus, de ton flou plus profond
Plus profond que sous mes mots j’ai dit
Je le sus : profond, abondant, à ma portée
Mais m’apporter au quai de nous…
Je ne sus pas, car au fond j’aurais pu m’effondrer
Sous mes airs d’indépendance, libertaire
Je ne sus pas, m’autoriser à fondre, me libérer
Libre est l’âme, d’errer, tu dirais
Maintenant toi moins libre et plus errance
Toi si compréhensif, à vouloir me libérer
De ce temps, qu’on prenne c’qu’y vaut
De ce temps, qu’on désapprenne c’qui sonna faux
En moi tu résonnes, même si j’ai fui
Je suis partie du quai de nous, de trop de moi
De trop de moi ou pas assez, je suis partie
De trop de moi ou de passé, je suis partie
Ce faisant, je sais oui
Je sais que j’n’ai cessé de te réduire
Mais réduire une image permet…
Cela permet de s’y rendre plus perméable
Je voulus la voir, ton image et à m’y blottir
Mais je ne voulais pas, me sentir vulnérable
Mais au fond un peu si, un peu
Un petit peu mais non, impossible
D’un petit feu dont je n’serais pas trop cible
Et pas d’un petit jeu, crois-moi mon beau
J’ai goûté à ta peau avec sincérité
J’ai douté à ma peur, avec la même sincérité
Tu en serres les dents je sais, je doutai
Du bout des doigts, t’as voulu m’adouber
D’un doigt je touche le bord de ta bouche[1]
Du bout des doigts, même si je doutais
Du bout des doigts, tu m’as lue
Comme un Chapitre Sept[2]
Au bout de moi, tu te donnas
Bien que… quand je feignais d’être distraite
Tu te donnas, quand au dos de toi j’allais
Tu te donnas, à la peur t’espérais qu’je dise trêve
A jouer là, au bord de ma bouche
A nous faire une marelle de joies
A jouer là, au bord, au quai de nous
Marelle, m’aborder dans les vagues
Marelle, me border ou me froisser
Tu me donnas tout le goût de jouer là
De jouer à la marelle au bord de ta bouche
Ou que du bord de ma bouche, il sortit
Qu’il en sorte la peur comme de mon corps
Avec un doigt, tu me touchas, tu m’effleuras
Délicatesse, tu me touchas les pensées
Bien que j’ai tout cassé depuis, j’y repenserai
Délicatesse, des lignes que tu écrivis en moi
Des lignes qui s’écrient vie encore, en moi
Même si je ne voulus pas voir, pas trop
Car dans trop de moi, en moi
A l’intérieur je me serais sentie si vulnérable
Tu me sentis peut-être peu affable
Mais la fable me parlait, du quai de nous
Ni toi ni moi, on l’aurait dite fabuleuse
Mais affabuler on a voulu, sur du vrai
Tout ne fût pas fabuleux
Moi, je venais et à la fin m’en allais
Moi, je revenais et à ma main on s’emballait
C’était comme un ballet, une danse oui
Comme un ballet puis je m’en allai
Tu fis de petits sauts, sur ce temps au quai de nous
Moi je te fis de petits sauts, sous craie et caillou
Tu me fis de petits sauts, de petits sauts au cœur
Moi, je te donnai des sortes de petits flous
Moi, froide, toi chaud, au mépris du flou
Tu t’offris à nous, quand moi
Moi je te dessinai, des friches sous tendresse
Tu ne pouvais pas, défricher toute cette craie
Des secrets ? Ou des fichus temps passés : fichus
Ephémères toi et moi, défi que j’sus pas rel’ver
Défi pour moi aussi tu sais : toi et moi
Je me revois si chose, dans cette étreinte
Dans tes bras, oui, y’avait quelque chose
Comme un corps de ballet, toi et moi
De commune mesure : je n’ai pas
Le train gauche mais l’allure grisante
L’étreinte au chevet de la fin, distante
Toi dans la forêt de mes cheveux, la fin
Moi dans l’effort de ne pas céder, à la fin
Finalement avec la craie j’nous dessinais
Comme d’un crayon à même le corps
Homme une marelle, où se brûler
Ma réalité c’était encore toi, dans cet instant
Etais-je à comme essayer de te défier de…
Des airs fiers je n’avais pas, tu le sais bien
Dans l’air de fin, te défier à la marelle
Avec la craie, nous tisser ce jeu précaire
Ce jeu, tu l’attisas de ta tendresse
Ensuite tu t’y mesuras, craie et caillou
Moi, je te dessinai ce jour-là, notre dernier jour d’hiver
Ce jour-là, notre dernier jour d’hier
Chaud, dans tes bras sous étreinte
Marelle au loin là-bas en nous, ou toi et moi
Voici le jeu, marelle : vas-y !
En d’autres circonstances, tu m’aurais gagnée
Mais je décidai de te dessiner ce jeu si difficile
En chœur c’est enfantin d’y jouer
Comme un fantôme, hein ? je ne sais pas
C’est un fait, à l’intérieur on m’a déjouée
Je t’ai dessiné en moi
Moins beau, moins fort, moins solide : moins
D’une main inconsciente pour que l’effort
L’effort me soit moins sordide
Qu’il me soit moins difficile de partir
Il faut que tu te soignes maintenant, mon beau
Moi aussi, de nos éloignements
Je t’emmène un peu partout, toi aussi sûrement
A la marelle on a joué, à s’approcher
A la marelle j’ai pas su jouer, à cloche-pied
A la marelle j’ai eu trop peur, du caillou au cœur
A la marelle, de trop perdre l’équilibre, gauche
T’en paies ta part, je le sais bien
Une part en toi, estampillée de moi
Comme un tableau, un quadrillage
Comme un plan sans plus de repère
Il fallait se perdre peut-être
Moi je ne sus pas, me perdre
Je ne pus pas, me saupoudrer d’abandon
Seulement de craie, d’un dessin de toi à la craie
Je décris ça comme sous la pluie
Comme toi ce surajout, ce mot
Ce mot à ma joue, que tu inventas
Quand tu inventoriais mes sourires
Quand on ventait encore de soupirs
Je décris ça comme sous la pluie
Là sous la pluie, ses traits, qui déjà
Qui déjà efface la craie de la marelle
[1] Rayuela / Marelle
[2] Rayuel / Marelle
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