A feu et à sang - Jean-Marie Loison-Mochon

Comme une larme d’essence

Comme une larme d’essence

Est-ce la r’descente ?

Tes joues ont l’art des pentes

Elles me déjouent et

J’en suis pantin

J’leur veux des joies mais

J’n’en suis pas l’jouet

J’te fuis pas mais j’vais

Mais toi tu m’mets tes ch’veux

Tu m’suis et m’veux ?

Crois-moi j’voudrais

J’le r’verrais, ton coup droit

J’pensais pas, qu’on découdrait

J’pensais pas : j’te découvrais

J’panse ta peine ? A l’étreinte

J’prendrais ces plaies, à l’arène,

C’qui gite en toi, t’esquinte

C’qui git au fond d’tes yeux, ta peine

J’m’y jetterais, jusqu’au fond d’toi

Pour qu’tu les désapprennes

J’m’ingénierais mais j’suis pas génie

J’sens ta gêne mais j’nous sens aussi

J’s’rais toi j’aurais pas d’réponse

Mais j’suis moi alors j’dépense ma force

J’me laisse poncer dans c’t’abrasion

Un abrazo, j’me laisse pas d’espace

J’les sens tes spasmes, ces fleurs

Ce s’rait la phase des pleurs

J’leur tends des ponts d’bras

C’long temps, n’est-ce pas :

Qu’on fait plus que s’effleurer ?

Y’a effusion ça t’fait pleurer

Y’a confusion ? J’sais plus penser

Y’a contusion ? J’sais plus panser

A ta peur j’ai pas plu’ d’réponse

J’ai pas plu’ d’réponse que ces pensées

Que c’est passé j’crois pas

Qu’on s’est cassé p’t-être pas

Mais qu’tout ça maintenant, n’est-ce pas ?

Tout ça s’ra séquencé

 

Les routes sont des veines

Je suis le sang qui les parcourt

Tes joues en sont pleines

J’en suis le sens ce dernier jour

 

J’essuie l’essence qui coule

En suis-je l’instant, la houle ?

En suis-je l’écho ou l’essence ?

En suis-je les crocs ou la bouche ?

Le sel croque à tes joues

L’eau c’est d’tes yeux, qu’elle débouche

T’es celle qui craque, au quai des coups

T’as pas l’sel comme un hoquet

Mais d’un coup j’te découvre

D’un coup tu m’démets, et t’ouvres

D’un coup mais dis-moi ?

Si tout ça dégorge de toi

Pourquoi tu m’dis pas ?

Qu’en toi j’l’ai c’bout d’décor ?

Si ça t’prend au corps, tout droit

Si ça t’prend presque au cœur, des doigts

Y’a pas à s’empresser, ça s’apprend

Y’a pas à s’oppresser, ça s’désapprend

J’la sens la voix, c’en est désarmant

J’le ressens aussi ton voile, dense et blanc

J’te sens osciller, t’dévoiler

J’nous sens rutiler, densément

On s’est pas d’mandé d’signer

Septembre nous a désigné, un jour

Mais tout jour peut s’dédire et

S’dédier à d’autres joueurs ou joueuses

La joie est libre, sa voie qu’vaporeuse

Mais qui dans la vapeur ose

Va tant pour s’arroser d’pleurs

Que s’arroger d’vraies ferveurs

J’voudrais faire voile vers toi

Mais j’peux pas, t’y es d’jà

T’es d’jà tout contre moi, hagarde

Et là moi j’en ai plus d’garde

J’lutt’rai pas sauf pour t’rencontrer toi

Mais de toi, moi j’le sens monter : droit

Le coup va pour culminer, à la butée

J’te vois lumineuse et triste

Ça pourrait m’laminer, à la butée

J’m’arque boute et veux t’duper l’doute

Mais l’corps et l’cœur maraboutés

Tu vas m’marquer d’un uppercut

 

Les routes sont des veines

Je suis le sang qui les parcourt

Tes joues en sont pleines

J’en sonde le sens ce dernier jour

 

Tes joues s’détachent et s’collent

Tu t’attaches mais veux pas m’voler

Dans la plume, et c’est pas c’qu’on lit aussi ?

Ça t’arrache un peu d’colère aussi

Dans la brume, t’accoler à moi

De t’attacher mais pas savoir

Alors s’détacher, ne pas trop s’avoir ?

Mais t’as comme attaché ton corps au mien

J’suis qu’un homme, t’as touché la corde

Une heure à faire somme, une même cordée

C’est l’corps des ombres qui s’forme

Toi l’coup t’déforme la cornée

Entre nous tout est informe pourtant

Ombre ou forme : encore à naître

Moi l’coup pourrait m’perforer

J’y perds mes forces, mes résistances

Au corps à corps une heure, sans résistance

Un abrazo, qu’est-ce que j’y lis ?

Dans mes bras t’élies résidence

Et il dans’ra longtemps c’t’instant

Dans mes pensées, dans nos silences

Si lancinant mais c’est facile de l’écrire

Si lancinant tout sauf facile de l’sentir

Si l’on s’inonde ainsi d’tendresse ?

Si l’on s’irradie, qu’un « si » s’dit allégresse ?

Pourquoi s’faire un monde en tristesse ?

En crisse-t-elle, notre entente ?

En cristal cette étreinte, comme statufiée

J’me sens statue fière et tendre

J’nous sens la lumière, peu d’cendres

Mais décembre a passé cette nuit

Et septembre, harassé ?

C’est d’nuit qu’on s’est parlé

Conséquence imparable mais on s’perdrait ?

J’me veux inconséquence mais ça m’tend

J’te tends les bras, sans résistance

Tu m’tords contr’ toi, avec insistance

J’te sens les bras titanesques

Quitte à être statues, comment ?

Comment défait-on une étreinte telle ?

Elle m’éreinte, elle m’élève, au vent

J’suis fétu, j’ai les lèvres au bord du vide

Est-ce foutu ? on s’délivre ou on se livre ?

Et c’foutu goût d’trop peu qu’ça s’rait

Mais d’ce tropique d’étreinte j’partirai

Aujourd’hui j’goûte au feu

Tes joues égouttent encore d’la peine

C’t’instant va falloir qu’j’le comprenne

Il goutt’ra en moi, sans qu’j’l’apprenne

Tu m’donnes la primeur du théorème

Une goutte de sens, une goutte de flou

Tu m’l’as pris, mon recul

J’repartirai, circuler

Mais ça m’reviendra, circulaire

C’est qu’l’air de l’instant, ça en ruiss’la

Et ça reste là ou ça r’partira ?

J’repartirai c’matin, sous puissance

Quelque part tiraillé entre essence et flou

Quel est c’t’art, quelle est c’t’arme ?

Comme une larme d’essence, en joue

Comme une larme d’essence, en route

Alors à la route j’irai, comme allumé

Comme d’avoir allumé l’essence au « sûr »

D’avoir dérouté mes sens, d’une goutte de rien

D’une larme d’essence, en bout d’chaussure

Et de d’voir dérouler, débouler partout

De d’voir emballer l’allure pour n’plus penser

Pour qu’la lecture d’c’t’instant s’fasse à froid

Pour qu’l’allure et le vent tassent le feu

Pour qu’l’incandescence fasse place

A c’qu’on s’est dit sans le dire

A c’qu’on s’est pas dit, ou qu’en soupirs

Quand sous pyro on se s’ra quitté ?

Ou qu’en soupirs on cess’rait d’douter ?

 

Les routes sont des veines

Je suis le sang qui les parcourt

Tes joues en sont pleines

J’en suis le sens ce dernier jour

 

Les routes sont des veines

Je suis le sang qui les parcourt

Tes joues en sont pleines

J’en sonde le sens ce dernier jour

 

Les routes sont des veines

Je suis le sang qui les parcourt

Tes joues en sont pleines

J’en sonde les chances ce dernier jour

 

Les routes sont des veines

Je suis le sang qui les parcourt

Tes joues en sont pleines

J’en suis le sens ce dernier jour

J’en sonde les sens ce dernier jour

J’en sonde les chances

D’une échéance qui gronde

Par l’incandescence d’un monde

 

Jean-Marie Loison-Mochon

A feu et à sang

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