A feu et à sang - Jean-Marie Loison-Mochon

Au printemps d’après j’aurai cuvé

On craint l’imposture

Tu la crains là, sur la place

A Graslin qu’en penses-tu ?

Tu la crains et moi je croule

Je coule sous l’opacité : ce rien

Un rien qu’il faudrait faire sauter

On s’étreint c’dernier soir

Première étreinte dérisoire

Dans l’histoire il y eut d’ces teintes

Et tout un tas de flous

A toi, à nous, qu’imposes-tu ?

A feu et à sang, c’t’opacité !

Ce mal n’a pas l’droit d’cité

A feu et à sang, à feu et à sang

Au premier soir le doigt sur c’point

Au dernier soir en toi rien n’point

Dis-moi quel est c’point ? Impose-toi !

Dis-moi quel est c’voile, qui t’importune

Tu m’importes en toi, tu t’déportes de nous

Tu m’emportes et de doutes me mets à genoux

Au dernier soir quel message ?

Sans feu en sang, j’te perçois floue

Aphone et absente, j’nous conçois loin

Non ne m’console pas, délie tes poings

Non ne m’cajole pas, dis-les nos moins

Sans feu et en sang, diluée au loin

Dans des yeux blancs j’me noie

Dans une passe sans, j’me broie

Même pas passante, tout contre moi

Quand patientant trois heures de montre

Tu t’montreras puissante, à feu et à sang

Tu m’montreras tes pentes, ruisselantes

Au dernier soir on s’rencontrera

Comme au premier soir on s’rencontra

Et demain j’partirai car cette part en toi

Car cette part opère en toi

Comme à l’opéra, flamboyance plein champ

Puis assommant l’aura, la puissance déchante

La puissance des chants tantriques

Mais tes absences m’sont inextricables

Et j’pense, et j’m’accable

Et j’pense que j’suis pas ta came

Puis ta puissance revient

Tu puises en je n’sais quel recoin

Un peu d’moi ou un peu d’vin, que sais-je ?

Un tout autre feu d’bois et tu t’allèges

Un tout autre flou s’abat

Il aboie son nom et s’dit désir

Moi qui t’croyais déshydratée

Qui t’croyais l’désir éreinté

Avant minuit tu ployais

Avant minuit j’m’employais

J’m’empoignais avec le doute, la fin

Après minuit tu flamboyas

Après minuit du feu soyeux

Est-ce ta chevelure cendres ?

Tes ch’veux lune qui s’incendient

Qui un temps m’disaient mort

Qui maint’nant m’disent de mordre

Quel est c’désir, dis-moi ?

Quel est c’plaisir, de toi à moi

De moi à toi, démultipliés

Donne-moi et j’te rendrai

Abandonne-toi, j’te retiendrai

Abandonne-moi et j’soutiendrai

Qu’y’a pas maldonne un soir comme ça

Qu’y’a pas mal d’hommes c’est vrai

Qu’y’a pas mal d’hommes qui pourraient

Qui t’voudraient, qui coudraient, qui t’cloueraient

Si tu les veux vas-y, en découdre avec eux

Si tu les veux vas-y, j’me r’coudrai

Et si tu les as mais veux

Si tu les as mais en r’veux

Eh bien meilleurs vœux : tu peux

Ma foi je suis veilleur

M’avoir : je suis en veille

Car c’est ainsi qu’un volcan vrille

Dis Etincelle, est-ce qu’il en est un autre ?

Dos à moi dis, est-ce qu’tu resquilles ?

Abandonne tout, on rue en toi

Le désir et moi dans ton jeu d’quilles

Ce jeu qui a le goût d’l’usure

On y fluctue dans l’flou

On y fructifie pourtant

Du moment qu’tu y fais acte

De présence ou désir, et non d’absence

De puissance, en deux îles nous f’sons pacte

Et l’impact a tendance à m’étourdir

De toi je fais des tours d’île

A feu et à sang, comme un volcan en toi

Et j’aime quand j’t’invoque ainsi

Alors à la fin, à feu et à sang

A la fin dis-moi où est l’équivoque ?

Puedo equivocarme[1]

Mais même au quart je n’peux douter

D’où tant d’non-sens demain

A s’essaimer sur l’carreau

Oui car au loin j’te sais, j’te vois

Au loin mon île tu m’sèmes

Au moins les trois quarts du temps

Mais ton quartier ahurissant, au soir

Dis Cendrillon, tu as dissous l’histoire

T’as renversé l’conte quand

Quand c’est après minuit qu’on s’incante

Cause ou conséquence, on s’ose

Cendrillon en flamboyance

La cendre inonde mes yeux, d’argent

Le sang il monte en moi, soyeux

Ton sang il gonfle sur moi, soierie

Dans cette soirée tes lèvres se délient

Tes lèvres me délivrent et m’emprisonnent

Seule ton opacité nous empoisonne

Alors j’empoigne une hanche, une épaule

Et j’baise ton cou, m’enchantant d’la braise à tes ch’veux

Et l’on s’reboise, et j’nous revois

Et j’nous rebois mais tu m’sèmes

Dis-moi à la fin, quel est l’théorème ?

Dans tes hauts on règne, et dans tes bas on saigne

J’balance et signerais pour l’apprendre

J’cadence et signe un rai d’sang à ta dune

A minuit, heure de lune : chance à prendre

A ton anse tu sèmes du sang

Dis-moi à la fin, toi qui parsèmes

Quel est c’théorème citadin ?

Si t’as dans l’cœur un trouble

Si t’attends l’cœur troublé

Pourquoi ne viens-tu pas m’trouver ?

Au printemps d’après j’aurai cuvé

Au printemps d’après j’aurai vécu

A feu et à sang, toujours décuplé

A feu et à sang, au jour découplés

Aphone et absent demain, au jour

Un faune sans allant car

Sans allant car tu vas t’en aller

Alors qu’en flore, à feu et à sang

Alors qu’on effleurait le sens

Alors qu’on fleurait l’essentiel

A l’or des confluences, une seule île à la nuit

A l’heure qui dit moi, nuit, toi : tu fuis

Dans des mois d’nuit, j’irai

En moi l’démon incompris

En moi la nuit, en toi la fuite

A feu et à sang, et ensuite ?

Demain l’étreinte, et l’départ vers l’absence

Après-demain dis, quelle teinte, quel port ?

 

 

[1] Je peux me tromper

 

Jean-Marie Loison-Mochon

A feu et à sang

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