Au printemps d’après j’aurai cuvé
On craint l’imposture
Tu la crains là, sur la place
A Graslin qu’en penses-tu ?
Tu la crains et moi je croule
Je coule sous l’opacité : ce rien
Un rien qu’il faudrait faire sauter
On s’étreint c’dernier soir
Première étreinte dérisoire
Dans l’histoire il y eut d’ces teintes
Et tout un tas de flous
A toi, à nous, qu’imposes-tu ?
A feu et à sang, c’t’opacité !
Ce mal n’a pas l’droit d’cité
A feu et à sang, à feu et à sang
Au premier soir le doigt sur c’point
Au dernier soir en toi rien n’point
Dis-moi quel est c’point ? Impose-toi !
Dis-moi quel est c’voile, qui t’importune
Tu m’importes en toi, tu t’déportes de nous
Tu m’emportes et de doutes me mets à genoux
Au dernier soir quel message ?
Sans feu en sang, j’te perçois floue
Aphone et absente, j’nous conçois loin
Non ne m’console pas, délie tes poings
Non ne m’cajole pas, dis-les nos moins
Sans feu et en sang, diluée au loin
Dans des yeux blancs j’me noie
Dans une passe sans, j’me broie
Même pas passante, tout contre moi
Quand patientant trois heures de montre
Tu t’montreras puissante, à feu et à sang
Tu m’montreras tes pentes, ruisselantes
Au dernier soir on s’rencontrera
Comme au premier soir on s’rencontra
Et demain j’partirai car cette part en toi
Car cette part opère en toi
Comme à l’opéra, flamboyance plein champ
Puis assommant l’aura, la puissance déchante
La puissance des chants tantriques
Mais tes absences m’sont inextricables
Et j’pense, et j’m’accable
Et j’pense que j’suis pas ta came
Puis ta puissance revient
Tu puises en je n’sais quel recoin
Un peu d’moi ou un peu d’vin, que sais-je ?
Un tout autre feu d’bois et tu t’allèges
Un tout autre flou s’abat
Il aboie son nom et s’dit désir
Moi qui t’croyais déshydratée
Qui t’croyais l’désir éreinté
Avant minuit tu ployais
Avant minuit j’m’employais
J’m’empoignais avec le doute, la fin
Après minuit tu flamboyas
Après minuit du feu soyeux
Est-ce ta chevelure cendres ?
Tes ch’veux lune qui s’incendient
Qui un temps m’disaient mort
Qui maint’nant m’disent de mordre
Quel est c’désir, dis-moi ?
Quel est c’plaisir, de toi à moi
De moi à toi, démultipliés
Donne-moi et j’te rendrai
Abandonne-toi, j’te retiendrai
Abandonne-moi et j’soutiendrai
Qu’y’a pas maldonne un soir comme ça
Qu’y’a pas mal d’hommes c’est vrai
Qu’y’a pas mal d’hommes qui pourraient
Qui t’voudraient, qui coudraient, qui t’cloueraient
Si tu les veux vas-y, en découdre avec eux
Si tu les veux vas-y, j’me r’coudrai
Et si tu les as mais veux
Si tu les as mais en r’veux
Eh bien meilleurs vœux : tu peux
Ma foi je suis veilleur
M’avoir : je suis en veille
Car c’est ainsi qu’un volcan vrille
Dis Etincelle, est-ce qu’il en est un autre ?
Dos à moi dis, est-ce qu’tu resquilles ?
Abandonne tout, on rue en toi
Le désir et moi dans ton jeu d’quilles
Ce jeu qui a le goût d’l’usure
On y fluctue dans l’flou
On y fructifie pourtant
Du moment qu’tu y fais acte
De présence ou désir, et non d’absence
De puissance, en deux îles nous f’sons pacte
Et l’impact a tendance à m’étourdir
De toi je fais des tours d’île
A feu et à sang, comme un volcan en toi
Et j’aime quand j’t’invoque ainsi
Alors à la fin, à feu et à sang
A la fin dis-moi où est l’équivoque ?
Puedo equivocarme[1]
Mais même au quart je n’peux douter
D’où tant d’non-sens demain
A s’essaimer sur l’carreau
Oui car au loin j’te sais, j’te vois
Au loin mon île tu m’sèmes
Au moins les trois quarts du temps
Mais ton quartier ahurissant, au soir
Dis Cendrillon, tu as dissous l’histoire
T’as renversé l’conte quand
Quand c’est après minuit qu’on s’incante
Cause ou conséquence, on s’ose
Cendrillon en flamboyance
La cendre inonde mes yeux, d’argent
Le sang il monte en moi, soyeux
Ton sang il gonfle sur moi, soierie
Dans cette soirée tes lèvres se délient
Tes lèvres me délivrent et m’emprisonnent
Seule ton opacité nous empoisonne
Alors j’empoigne une hanche, une épaule
Et j’baise ton cou, m’enchantant d’la braise à tes ch’veux
Et l’on s’reboise, et j’nous revois
Et j’nous rebois mais tu m’sèmes
Dis-moi à la fin, quel est l’théorème ?
Dans tes hauts on règne, et dans tes bas on saigne
J’balance et signerais pour l’apprendre
J’cadence et signe un rai d’sang à ta dune
A minuit, heure de lune : chance à prendre
A ton anse tu sèmes du sang
Dis-moi à la fin, toi qui parsèmes
Quel est c’théorème citadin ?
Si t’as dans l’cœur un trouble
Si t’attends l’cœur troublé
Pourquoi ne viens-tu pas m’trouver ?
Au printemps d’après j’aurai cuvé
Au printemps d’après j’aurai vécu
A feu et à sang, toujours décuplé
A feu et à sang, au jour découplés
Aphone et absent demain, au jour
Un faune sans allant car
Sans allant car tu vas t’en aller
Alors qu’en flore, à feu et à sang
Alors qu’on effleurait le sens
Alors qu’on fleurait l’essentiel
A l’or des confluences, une seule île à la nuit
A l’heure qui dit moi, nuit, toi : tu fuis
Dans des mois d’nuit, j’irai
En moi l’démon incompris
En moi la nuit, en toi la fuite
A feu et à sang, et ensuite ?
Demain l’étreinte, et l’départ vers l’absence
Après-demain dis, quelle teinte, quel port ?
[1] Je peux me tromper
Jean-Marie Loison-Mochon
A feu et à sang