J’épèle les lueurs entremêlées
A l’apogée dans la nuit
A ta peau j’errais
A ta peau j’ai ri
Aux appeaux de nos rives
Tu t’osas peu, j’osais plus
Plu’ d’métamorphose
Aux appeaux de nos deux rives
On s’os’ra plu’, car dérivant
Du quai des ecchymoses, dérivons
Soyons des rivières, quelque chose
Moi j’aurais dit qu’y nous restait quelques doses
Mais j’le redis, j’veux pas d’nécrose à nos estuaires
Alors l’nez un peu rosi d’tristesse
J’t’en dis un peu d’poésie, car j’sais qu’tu erres
Tu les as vus les horizons, mauves ou rosés
Les as mal vues p’t-être, mes eaux grisées d’toi
Mais on s’irisa d’un peu, non ? Mauves ou rosés
On s’est pris à oser espérer : qu’on n’le méprise pas
Qu’on n’se méprise pas
Non, ce s’rait trop morose
Ce s’rait trop triste ça, à l’apogée
A ta peau j’ai erré
A mes mots toi aussi
A ces flots d’sang et d’feu, cette nuit-là
C’fût assez fort, même si pas l’apothéose
Mais si à ta peau j’ai erré, si depuis
J’me suis mis à la merci d’tes mots et silences
C’est qu’j’me suis osé nous espérer
Et l’espoir est maintenant dose énorme de tendresse
Sans désespoir mais l’nez rosi d’tristesse
Ce n’sont pas qu’des histoires, que j’t’adresse
T’avais cette chose éclatante en moi
Comme une prose éclatée mais clinquante
A profusion, puis là j’implose de toi
J’étais l’crépuscule et toi la nuit
J’étais l’crépuscule et toi la nuit
Il y eut jonction mais pas d’nous
A toi la nuit, étoile anonyme alors
La lune en pâlit, d’ses lueurs qui m’inondent
Alors à nos cimes mortes j’erre encore
T’avais cette chose éclatante en moi
Comme une prose éclatée mais clinquante
A profusion, puis là j’implose de toi
Pas d’apothéose, non j’crois pas
Mais d’une apogée aux airs de toi, ton sourire
Comme une nuit mauve ou rosée, à Brest ou Buenos Aires
V’nue là s’loger, dans des aires en moi, d’soupirs
Suspiros, et maintenant sous pyrotechnie d’mort aux yeux
J’mords aux cieux comme un feu d’artifice
J’me rassure pas, j’dévisse sous apogée
Al Sur, al Oeste, d’tes bras j’ai pas pu m’déloger
Parce qu’y’a des logis pire que ça, dès lors j’ai
Dès lors j’ai osé espérer, même si j’savais qu’le logis…
Même si j’savais qu’ça brûl’rait, sous apogée
Même si j’savais qu’ce logis flamb’rait en moi
Alors à l’apogée, sous ta poésie d’silences et d’non-dits
Sous ma peau j’te sens errer, en poésie d’distances et d’non-dits
Sous moi, sous apogée, j’te revois en poésie d’éclats
C’est la lune qui déclamait sur toi, cette première nuit
Sa lumière en des clameurs, comme une prière païenne
A feu et à sang, j’me suis fait paille et n’crois pas
Qu’à c’t’apogée j’y crois encore, à ses éclats
Même si moi j’te croise encore, comme emmêlé
J’étais l’crépuscule et toi la nuit
Il y eut jonction mais pas d’nous
Il y eut jonction mais pas d’nous
A toi la nuit, étoile anonyme alors
La lune en pâlit, d’ses lueurs qui m’inondent
Alors à nos cimes mortes j’erre encore
Qu’à c’t’apogée j’y crois encore, à ses éclats
Même si en moi j’te croise encore, comme emmêlé
Je n’suis qu’un homme et j’en émets les échos
Comme la lune en émit sur toi, émissaire
Comme elle en émit c’soir-là, ébruitant l’futur
Ce bruit tant r’douté par toi, qu’t’as pu qu’raturer
Elle en émit c’soir-là, à l’apogée ou ta peau où j’errai
A l’apogée j’m’en suis démis un peu plu’ qu’les yeux
D’où l’fait qu’je morde aux cieux, dans la nuit
D’où l’feu et l’sang, des hors sauvages et entremêlées
Car t’es entrée en moi les soirs de lune
J’en suis béant mais sans trémolo dans la voix
En moi j’te croise encore, ça m’fait très mal au fond
Mais même si t’as fait tes malles, au fond j’sais
Même si au fond j’saigne
J’essaie de m’dire qu’t’étais trop mal auprès d’nous
Qu’j’étais trop près d’toi, de tes prés flous d’torpeur
Et même si j’ai perdu tout r’père, à l’apogée
Qu’à la nuit j’erre, aux heures du vide
J’me dis qu’y’a pas calamité : j’ai joué, perdu
J’dis pas qu’y’aura l’amitié mais c’jeu perdure
De t’croiser encore en moi, même perclus
J’croise ton corps en joie, tes divers croissants à nu
J’crois sans m’tromper qu’j’ai cru qu’ça romp’rait
Mais sous apogée c’est comme les crues, les marées
A c’jeu un jour ou l’autre, j’s’rai rompu
A l’apogée dans la nuit j’n’étais pas r’pu
Ça m’éparpille, à feu et à sang
J’étais l’crépuscule et toi la nuit
Il y eut jonction mais pas d’nous
A toi la nuit, étoile anonyme alors
A toi la nuit, étoile anonyme alors
La lune en pâlit, d’ses lueurs qui m’inondent
Alors à nos cimes mortes j’erre encore
A c’jeu un jour ou l’autre, j’s’rai rompu
A l’apogée dans la nuit j’n’étais pas r’pu
Ça m’éparpille, à feu et à sang
Tu pilles mes pas, à sang que veux-tu
Et tu brillas, passas, dévêtue
Comme une passante déjà partie, en des joies éparpillées
Et tu pars briller ailleurs, que veux-tu
Parce qu’une part braillait en toi, aveuglée d’peine ?
Moi j’suis à beugler d’pleines lampées de mots et d’encre
De c’que les lueurs ont ancré en moi, de trop peu d’toi
A l’apogée l’emprise est telle
La lampe brisée, j’balance d’ma langue grisée
J’épèle les lueurs entremêlées
J’ai pas pilé j’aurais pu, j’entre en mes larmes
J’épèle les lueurs entremêlées, j’entends mes larmes
J’veux en piler toutes les tumeurs, tous les caillots
Parce que ça caille au fond de c’t’espace
J’braille en silence, dans c’t’espace froid et distant
Pagaille de distances et d’nos spasmes morts
C’t’espace me mord, plus fort qu’moi l’ciel
Tu passes en moi encore et m’rappelle
Tu m’fais épeler encore, ton corps à lueurs
Tu m’le fais articuler, à l’article des r’mords
J’suis désarticulé, de ton corps à lueurs
Comme sous chorale crépusculaire
Tu m’l’as bousculé l’cycle, à feu et à sang
Tu m’l’as fait basculer, sous ton corps à lueurs
A l’apogée comme celle leste là-haut, à lueurs aussi
Ton corps qui eut l’humeur de partir
Tout corps quitte un jour la terre, l’humus ça vient
J’étais l’crépuscule et toi la nuit
Il y eut jonction mais pas d’nous
A toi la nuit, étoile anonyme alors
La lune en pâlit, d’ses lueurs qui m’inondent
La lune en pâlit, d’ses lueurs qui m’inondent
Alors à nos cimes mortes j’erre encore
Ton corps qui eut l’humeur de partir
Tout corps quitte un jour la terre, l’humus ça vient
J’eus bien musardé encore en nous
Mais c’corps-là doit r’joindre la terre ou l’air, les lueurs
L’humus ça vient, ça fait r’naître
Alors en homo sapiens à sa propre f’nêtre
Je r’croise en moi, ton corps à lueurs
J’écluse de toi c’que mes chorales peuvent
A l’apogée passée, d’ses lueurs qui pleuvaient
On pouvait on n’a pas pu, on s’est plu et il pleuv’ra
Il pleuv’ra en moi encore des lueurs, d’l’apogée
Comme une épreuve, un fleuve où j’ai à errer
Que j’y pleure un fleuve, comme un rio à Buenos Aires
J’implore pas, j’implose, j’suis bon à errer
J’impose pas, j’me suis exposé, sous apogée
Alors encore un coup d’la lune à mon sommeil
On médit bien du soleil mais c’coup-là si j’erre
Sous ma peau ou à ta peau, gercées d’instants
C’est bien à ses lueurs que j’le dois, percé d’ce temps
Et j’t’apercevrai encore en moi
Quant à toi j’espère qu’ta peur sevrée
Cantatrice en moi, j’t’espère d’l’intensité, d’la vraie
Sans artifice quand moi j’l’ai eue, toi moins
En moi t’as chapardé les clefs d’la cité
Alors si t’es mieux ainsi, ouvre d’autres portes au loin
Que ta vie t’porte loin, comme ma voix dans l’espace froid
Comme ma voix dans l’espace tendre, de ces spasmes morts
Homme avoiné d’lueurs, le seul poing d’encre
En moi vrai j’te croise encore, en suspension
J’erre à la page, en attendant qu’le point s’ancre
A l’apogée d’nos nuits, certaines du moins
J’me suis approché j’brûle, c’est bien humain
J’étais l’crépuscule et toi la nuit
Il y eut jonction mais pas d’nous
A toi la nuit, étoile anonyme alors
La lune en pâlit, d’ses lueurs qui m’inondent
Alors à nos cimes mortes j’erre encore
Alors à nos cimes mortes j’erre encore
Jean-Marie Loison-Mochon
A feu et à sang