A feu et à sang - Jean-Marie Loison-Mochon

J’épèle les lueurs entremêlées

A l’apogée dans la nuit

A ta peau j’errais

A ta peau j’ai ri

Aux appeaux de nos rives

Tu t’osas peu, j’osais plus

Plu’ d’métamorphose

Aux appeaux de nos deux rives

On s’os’ra plu’, car dérivant

Du quai des ecchymoses, dérivons

Soyons des rivières, quelque chose

Moi j’aurais dit qu’y nous restait quelques doses

Mais j’le redis, j’veux pas d’nécrose à nos estuaires

Alors l’nez un peu rosi d’tristesse

J’t’en dis un peu d’poésie, car j’sais qu’tu erres

Tu les as vus les horizons, mauves ou rosés

Les as mal vues p’t-être, mes eaux grisées d’toi

Mais on s’irisa d’un peu, non ? Mauves ou rosés

On s’est pris à oser espérer : qu’on n’le méprise pas

Qu’on n’se méprise pas

Non, ce s’rait trop morose

Ce s’rait trop triste ça, à l’apogée

A ta peau j’ai erré

A mes mots toi aussi

A ces flots d’sang et d’feu, cette nuit-là

C’fût assez fort, même si pas l’apothéose

Mais si à ta peau j’ai erré, si depuis

J’me suis mis à la merci d’tes mots et silences

C’est qu’j’me suis osé nous espérer

Et l’espoir est maintenant dose énorme de tendresse

Sans désespoir mais l’nez rosi d’tristesse

Ce n’sont pas qu’des histoires, que j’t’adresse

T’avais cette chose éclatante en moi

Comme une prose éclatée mais clinquante

A profusion, puis là j’implose de toi

J’étais l’crépuscule et toi la nuit

J’étais l’crépuscule et toi la nuit

Il y eut jonction mais pas d’nous

A toi la nuit, étoile anonyme alors

La lune en pâlit, d’ses lueurs qui m’inondent

Alors à nos cimes mortes j’erre encore

T’avais cette chose éclatante en moi

Comme une prose éclatée mais clinquante

A profusion, puis là j’implose de toi

Pas d’apothéose, non j’crois pas

Mais d’une apogée aux airs de toi, ton sourire

Comme une nuit mauve ou rosée, à Brest ou Buenos Aires

V’nue là s’loger, dans des aires en moi, d’soupirs

Suspiros, et maintenant sous pyrotechnie d’mort aux yeux

J’mords aux cieux comme un feu d’artifice

J’me rassure pas, j’dévisse sous apogée

Al Sur, al Oeste, d’tes bras j’ai pas pu m’déloger

Parce qu’y’a des logis pire que ça, dès lors j’ai

Dès lors j’ai osé espérer, même si j’savais qu’le logis…

Même si j’savais qu’ça brûl’rait, sous apogée

Même si j’savais qu’ce logis flamb’rait en moi

Alors à l’apogée, sous ta poésie d’silences et d’non-dits

Sous ma peau j’te sens errer, en poésie d’distances et d’non-dits

Sous moi, sous apogée, j’te revois en poésie d’éclats

C’est la lune qui déclamait sur toi, cette première nuit

Sa lumière en des clameurs, comme une prière païenne

A feu et à sang, j’me suis fait paille et n’crois pas

Qu’à c’t’apogée j’y crois encore, à ses éclats

Même si moi j’te croise encore, comme emmêlé

J’étais l’crépuscule et toi la nuit

Il y eut jonction mais pas d’nous

Il y eut jonction mais pas d’nous

A toi la nuit, étoile anonyme alors

La lune en pâlit, d’ses lueurs qui m’inondent

Alors à nos cimes mortes j’erre encore

Qu’à c’t’apogée j’y crois encore, à ses éclats

Même si en moi j’te croise encore, comme emmêlé

Je n’suis qu’un homme et j’en émets les échos

Comme la lune en émit sur toi, émissaire

Comme elle en émit c’soir-là, ébruitant l’futur

Ce bruit tant r’douté par toi, qu’t’as pu qu’raturer

Elle en émit c’soir-là, à l’apogée ou ta peau où j’errai

A l’apogée j’m’en suis démis un peu plu’ qu’les yeux

D’où l’fait qu’je morde aux cieux, dans la nuit

D’où l’feu et l’sang, des hors sauvages et entremêlées

Car t’es entrée en moi les soirs de lune

J’en suis béant mais sans trémolo dans la voix

En moi j’te croise encore, ça m’fait très mal au fond

Mais même si t’as fait tes malles, au fond j’sais

Même si au fond j’saigne

J’essaie de m’dire qu’t’étais trop mal auprès d’nous

Qu’j’étais trop près d’toi, de tes prés flous d’torpeur

Et même si j’ai perdu tout r’père, à l’apogée

Qu’à la nuit j’erre, aux heures du vide

J’me dis qu’y’a pas calamité : j’ai joué, perdu

J’dis pas qu’y’aura l’amitié mais c’jeu perdure

De t’croiser encore en moi, même perclus

J’croise ton corps en joie, tes divers croissants à nu

J’crois sans m’tromper qu’j’ai cru qu’ça romp’rait

Mais sous apogée c’est comme les crues, les marées

A c’jeu un jour ou l’autre, j’s’rai rompu

A l’apogée dans la nuit j’n’étais pas r’pu

Ça m’éparpille, à feu et à sang

J’étais l’crépuscule et toi la nuit

Il y eut jonction mais pas d’nous

A toi la nuit, étoile anonyme alors

A toi la nuit, étoile anonyme alors

La lune en pâlit, d’ses lueurs qui m’inondent

Alors à nos cimes mortes j’erre encore

A c’jeu un jour ou l’autre, j’s’rai rompu

A l’apogée dans la nuit j’n’étais pas r’pu

Ça m’éparpille, à feu et à sang

Tu pilles mes pas, à sang que veux-tu 

Et tu brillas, passas, dévêtue

Comme une passante déjà partie, en des joies éparpillées

Et tu pars briller ailleurs, que veux-tu

Parce qu’une part braillait en toi, aveuglée d’peine ?

Moi j’suis à beugler d’pleines lampées de mots et d’encre

De c’que les lueurs ont ancré en moi, de trop peu d’toi

A l’apogée l’emprise est telle

La lampe brisée, j’balance d’ma langue grisée

J’épèle les lueurs entremêlées

J’ai pas pilé j’aurais pu, j’entre en mes larmes

J’épèle les lueurs entremêlées, j’entends mes larmes

J’veux en piler toutes les tumeurs, tous les caillots

Parce que ça caille au fond de c’t’espace

J’braille en silence, dans c’t’espace froid et distant

Pagaille de distances et d’nos spasmes morts

C’t’espace me mord, plus fort qu’moi l’ciel

Tu passes en moi encore et m’rappelle

Tu m’fais épeler encore, ton corps à lueurs

Tu m’le fais articuler, à l’article des r’mords

J’suis désarticulé, de ton corps à lueurs

Comme sous chorale crépusculaire

Tu m’l’as bousculé l’cycle, à feu et à sang

Tu m’l’as fait basculer, sous ton corps à lueurs

A l’apogée comme celle leste là-haut, à lueurs aussi

Ton corps qui eut l’humeur de partir

Tout corps quitte un jour la terre, l’humus ça vient

J’étais l’crépuscule et toi la nuit

Il y eut jonction mais pas d’nous

A toi la nuit, étoile anonyme alors

La lune en pâlit, d’ses lueurs qui m’inondent

La lune en pâlit, d’ses lueurs qui m’inondent

Alors à nos cimes mortes j’erre encore

Ton corps qui eut l’humeur de partir

Tout corps quitte un jour la terre, l’humus ça vient

J’eus bien musardé encore en nous

Mais c’corps-là doit r’joindre la terre ou l’air, les lueurs

L’humus ça vient, ça fait r’naître

Alors en homo sapiens à sa propre f’nêtre

Je r’croise en moi, ton corps à lueurs

J’écluse de toi c’que mes chorales peuvent

A l’apogée passée, d’ses lueurs qui pleuvaient

On pouvait on n’a pas pu, on s’est plu et il pleuv’ra

Il pleuv’ra en moi encore des lueurs, d’l’apogée

Comme une épreuve, un fleuve où j’ai à errer

Que j’y pleure un fleuve, comme un rio à Buenos Aires

J’implore pas, j’implose, j’suis bon à errer

J’impose pas, j’me suis exposé, sous apogée

Alors encore un coup d’la lune à mon sommeil

On médit bien du soleil mais c’coup-là si j’erre

Sous ma peau ou à ta peau, gercées d’instants

C’est bien à ses lueurs que j’le dois, percé d’ce temps

Et j’t’apercevrai encore en moi

Quant à toi j’espère qu’ta peur sevrée

Cantatrice en moi, j’t’espère d’l’intensité, d’la vraie

Sans artifice quand moi j’l’ai eue, toi moins

En moi t’as chapardé les clefs d’la cité

Alors si t’es mieux ainsi, ouvre d’autres portes au loin

Que ta vie t’porte loin, comme ma voix dans l’espace froid

Comme ma voix dans l’espace tendre, de ces spasmes morts

Homme avoiné d’lueurs, le seul poing d’encre

En moi vrai j’te croise encore, en suspension

J’erre à la page, en attendant qu’le point s’ancre

A l’apogée d’nos nuits, certaines du moins

J’me suis approché j’brûle, c’est bien humain

J’étais l’crépuscule et toi la nuit

Il y eut jonction mais pas d’nous

A toi la nuit, étoile anonyme alors

La lune en pâlit, d’ses lueurs qui m’inondent

Alors à nos cimes mortes j’erre encore

Alors à nos cimes mortes j’erre encore

Jean-Marie Loison-Mochon

A feu et à sang

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