Théorème citadin, después - Crépuscule d'un cycle - Jean-Marie Loison-Mochon

Théorème citadin, después

Dérive ou dérivé du Théorème citadin

 

Aux plantes, un p’tit bout de vie s’en va comme il est v’nu

Un grand bout d’automne, un p’tit bout d’hiver

Et puis l’on boude hier, trop monotone ?

 

De petits yeux curieux, ils ont croisé le feu des miens

Pas de cure à ça, le feu s’est bien ancré

La brûlure de ça, c’est d’l’encre et des pensées

 

Aux plantes je les ai relevés, dans ceux d’une inconnue

Et j’s’rais bien resté planté là, sur elle apparue

Mais l’Ouest s’est éventé là, sur nos corps nus

 

Un banc tend ses deux bras, les miens

Un blanc tend ces deux-là

Un grand élan puis l’feu l’a eu

 

L’invite à une rencontre, toujours un théorème

Le temps passe et rien n’est du pareil au même, hein ?

J’gravite toujours, dans c’théorème citadin

 

Au rythme des plantes on cause au jour

Mais on s’plante et cause aux joues, des larmes

On s’coud aux joues, les secousses qui fanent

 

On, comme une ville qui passe alentours

Mais tout passe et l’on vrille après un tour

Tout passe et on s’pille les joues

 

…sur des marches, effet de ?

Peu sûre démarche maintenant, effet de…

Effet de la fin, nos mains n’se tenant plus

 

Sous la nuit qui tombe, couvant l’orée d’au revoir

Sous la nuit tombée, cuvant l’or de l’histoire

Après un crépuscule brûlant, cuvée hors pair

 

Pas encore car des trombes de mots, de regards

Et là les corps pour ces tombes de mots

Accrochant les regards des seuls corbeaux

 

Il n’y a pas à signer, juste à sourire

Il y aura à en saigner, mais en sourire

Juste ce qu’il faut, de l’aura d’nos soupirs

 

Des gestes plus évanescents signent

On s’initiait l’un à l’autre, mais vient l’absence

Juste ce qu’il faut, de l’aura d’nos soupirs

 

Et puis soudain la nuit soupire

Elle s’est lassée de nous sourire

Et sous d’insensibles lueurs, nous prend pour cible

 

Graslin s’indigne, s’allume

Graslin ! laisse là l’humeur ! dis : fin

La liesse a pris fin

 

S’allumer de sourires, pour ne pas voir le soir

Là, fumées, à s’décevoir on les inspire

La fin m’est un feu, une pièce noire

 

Mais la nuit n’est pas une fin, on peut sourire encore

De quoi a-t-elle faim, si les soupirs la lassent ?

Peut-être de souvenirs, seul lalala qui n’passe pas

 

Au recoin d’deux verres qui me regardent

J’aimerais qu’ils retardent, comme une montre

J’aimerais qu’ils dardent encore, d’une rencontre

 

Graslin s’allume, les traits s’assombrissent

Graslin ! Eteins ton humeur et tire un trait

On était complices, seuls les yeux vrombissent

 

Sûrement les traits ont-ils senti la brise

Leçon prise au centuple, le sang tumultueux

Le son qu’c’t’histoire a pris, j’entends muer son feu

 

Sous le vent ils reprennent un sourire

Sous la fin ils se reprennent d’un soupir

Et à la fin s’désapprennent un théorème

 

Par « au revoir » on entend parfois d’autres mots

On s’entend, on s’entendait, on s’entendit

On sent tant d’illusions déçues dans nos mots

 

Un « au revoir » prend parfois corps

Dans un adieu, une fin d’accord

Dans de grands yeux qu’on lui imaginait pas pour décor

 

Dans un « bientôt » ou un « encore » …

Ça dit bien trop et pas assez

Ça dit bien fin, déjà lacée

 

Rencontre, toujours un théorème

On battait au rythme des distances

On est battus au rythme des distances

La rencontre ainsi se distend

Ils se disent tendres encore, sûrement

Ils s’irisent encore sûrement, du théorème

Mais sûrement n’est pas une réponse

Théorème désappris en quelque temps

Et dans quelque temps, des après

Dès à présent je théorise à vide

De ce souvenir qui m’électrise

D’un théorème citadin, sans plus de prise

 

Jules

 

Jean-Marie Loison-Mochon

Crépuscule d’un cycle

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