La rivalité des vagues - Crépuscule d'un cycle - Jean-Marie Loison-Mochon

La rivalité des vagues

Les vagues veulent te l’apprendre

Qui déferlent agressives et tendres

T’apprendre une incisive vérité

Qu’elles parlent au gré de mots si vite emportés

Quelques perles au près, au loin, fugitives

Des mots crayonnés au sel, aux va-et-vient

Tu la voudrais, à la vérité

Démon rayonnant, de l’émotion réelle

Tu la coudrais à ton corps, ne veux plus l’éviter

Des amoncellements d’eau la portent

Celle dont les mots, les rires, les sourires, t’absorbent

C’est la vérité, dont le chant serine

Lave héritée de ton propre magma

Formant un port au présent

Le vieux rite est ici : où est-elle cette île ?

Tu n’es pas affamé par la peur ou le manque

Mais tu sais que… l’île était une femme

Or au port présent, dans ces vagues versatiles

L’île serait une femme, et vas-tu la laisser ?

Se faire emporter en ne disant rien, docile ?

La voix d’océan te l’apporte et la serine

A ta portée la vérité, vague comme un corps noir

Les vagues veulent te la prendre, comme des corbeaux

Océanique sel, assoiffé du tendre féminin

Tes bras guident vos étreintes, ne vous laisse pas divaguer

Ne noue pas de laisse, à ton cou, à ses pensées

La houle écume livide comme mille pages à écrire

Alors floue l’océan et là, vite, tiens-lui la main

Car les vagues veulent te la prendre

Et tu dois t’attendre, en la sortant des eaux

A exposer au sel et corrosions, ton corps

A t’en jeter un sort, à t’en briser les os :

Un port au présent, vulnérable

Propre aux présences véritables

La vérité, de cette femme qui t’est île

Qui n’est pas illusion, dont les vagues veulent t’acquitter

Ne les laisse pas te la prendre : agrippez-vous

Tu n’es pas de ces chercheurs, agrippés à la peur

Ces chercheurs de solitude, qui par elle conjurent

La peur qu’ils se sont eux-mêmes donnée

De ne plus être aimés, d’être abandonnés

Tu n’es pas de ces chercheurs, alors va-t’en semer

De tes labyrinthiques émotions et idées

Frénétiques amantes, comme les vagues

Hermétique à rien, te rendre vulnérable

Au risque sinon, de voir les vagues te la prendre

Alors hisse-toi comme un drapeau noir

Presse-toi de lui prendre la main

De vous façonner des histoires de désir et d’elle

Des îles où vous abandonner sur les pages du temps

Où vous adonner à vivre ce que la vie vous tend

Ce que la vie vous sous-tend d’îles

 

Jean-Marie Loison-Mochon

Crépuscule d’un cycle

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2 années il y a

[…] un écho à La rivalité des vagues de Crépuscule d’un […]