La rivalité des vagues
Les vagues veulent te l’apprendre
Qui déferlent agressives et tendres
T’apprendre une incisive vérité
Qu’elles parlent au gré de mots si vite emportés
Quelques perles au près, au loin, fugitives
Des mots crayonnés au sel, aux va-et-vient
Tu la voudrais, à la vérité
Démon rayonnant, de l’émotion réelle
Tu la coudrais à ton corps, ne veux plus l’éviter
Des amoncellements d’eau la portent
Celle dont les mots, les rires, les sourires, t’absorbent
C’est la vérité, dont le chant serine
Lave héritée de ton propre magma
Formant un port au présent
Le vieux rite est ici : où est-elle cette île ?
Tu n’es pas affamé par la peur ou le manque
Mais tu sais que… l’île était une femme
Or au port présent, dans ces vagues versatiles
L’île serait une femme, et vas-tu la laisser ?
Se faire emporter en ne disant rien, docile ?
La voix d’océan te l’apporte et la serine
A ta portée la vérité, vague comme un corps noir
Les vagues veulent te la prendre, comme des corbeaux
Océanique sel, assoiffé du tendre féminin
Tes bras guident vos étreintes, ne vous laisse pas divaguer
Ne noue pas de laisse, à ton cou, à ses pensées
La houle écume livide comme mille pages à écrire
Alors floue l’océan et là, vite, tiens-lui la main
Car les vagues veulent te la prendre
Et tu dois t’attendre, en la sortant des eaux
A exposer au sel et corrosions, ton corps
A t’en jeter un sort, à t’en briser les os :
Un port au présent, vulnérable
Propre aux présences véritables
La vérité, de cette femme qui t’est île
Qui n’est pas illusion, dont les vagues veulent t’acquitter
Ne les laisse pas te la prendre : agrippez-vous
Tu n’es pas de ces chercheurs, agrippés à la peur
Ces chercheurs de solitude, qui par elle conjurent
La peur qu’ils se sont eux-mêmes donnée
De ne plus être aimés, d’être abandonnés
Tu n’es pas de ces chercheurs, alors va-t’en semer
De tes labyrinthiques émotions et idées
Frénétiques amantes, comme les vagues
Hermétique à rien, te rendre vulnérable
Au risque sinon, de voir les vagues te la prendre
Alors hisse-toi comme un drapeau noir
Presse-toi de lui prendre la main
De vous façonner des histoires de désir et d’elle
Des îles où vous abandonner sur les pages du temps
Où vous adonner à vivre ce que la vie vous tend
Ce que la vie vous sous-tend d’îles
Jean-Marie Loison-Mochon
Crépuscule d’un cycle
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