Un nom matérialise - Crépuscule d'un cycle - Jean-Marie Loison-Mochon

Un nom matérialise

Pour tuer rien qu’un instant, loin

Au port tu erres, le temps qu’un espace se crée

Le temps n’est que dimension

Sens-tu ces immenses ondes qui traversent ?

A travers ce crépuscule, dis-le, son nom

Oui, moissonne ainsi cette ombre que ta nuit dessine

La Providence ne destine pas, elle sonde

Et au son de ta volonté, dans la nuit mutine

Dis-le, quel est son nom à l’ombre ultime ?

Une ombre dans la nuit, quel butin !

Insensé, dans la pénombre portuaire

De la nuit tu sais le nom, de ta nuit

L’ombre tu la sondes, là nue

Nue dans le noir mais sous des pâleurs lunaires

Insaisissable ou illisible, est-ce à dire illusoire ?

Tu sais que non alors donne-le, son nom !

Te voilà vulnérable, risiblement vulnérable

Tu dissèques un son, annone des mots

Ton désir éclate, en des pulsions de rire

Les tremblements relatent cette impulsion

Tu sens ta lucidité comme frelatée

Tu n’es que du menu fretin, pour les circonstances

Mais dans cette tenue vulnérable, rien d’illusoire

C’est qu’on danse mieux ainsi, la vie

Cette ombre ténue te tient la main dans le noir

Tu ne penses plus à demain, au sens de l’histoire

Car tu es une histoire, à la main du noir

Le nord est inutile dans la nuit, mords plutôt

Croque l’isthme du soir et de la nuit

Intitule-la du nom qui te plaira

Au quai ce séisme montera sans bruit

Une houle titubante vient à toi

Et le prisme noir te hante, t’électrise

Foule perturbante, d’émotions sans maître

Donne-donc son nom à l’ombre électrique

Electrise-la, concrète quand au port tu erres

Car c’est ainsi que se matérialise une Providence

Comme une provision de volonté

Homme ! Une prévision sans concurrence

La précision d’une occurrence, qui te grisa

Donne son nom, cette fragrance la matérialisera

La lune occupe en ce moment tes yeux

Saisis-en l’occulte et mords cette ombre

Morcelle le flou et cultive tes sens

Son nom, pour une abolition des distances

Amalgamation du soir et de la nuit

A la jonction de l’argent et du noir

 

Jean-Marie Loison-Mochon

Crépuscule d’un cycle

S’abonner
Notification pour
0 Commentaires
Commentaires en ligne
Afficher tous les commentaires