Un nom matérialise
Pour tuer rien qu’un instant, loin
Au port tu erres, le temps qu’un espace se crée
Le temps n’est que dimension
Sens-tu ces immenses ondes qui traversent ?
A travers ce crépuscule, dis-le, son nom
Oui, moissonne ainsi cette ombre que ta nuit dessine
La Providence ne destine pas, elle sonde
Et au son de ta volonté, dans la nuit mutine
Dis-le, quel est son nom à l’ombre ultime ?
Une ombre dans la nuit, quel butin !
Insensé, dans la pénombre portuaire
De la nuit tu sais le nom, de ta nuit
L’ombre tu la sondes, là nue
Nue dans le noir mais sous des pâleurs lunaires
Insaisissable ou illisible, est-ce à dire illusoire ?
Tu sais que non alors donne-le, son nom !
Te voilà vulnérable, risiblement vulnérable
Tu dissèques un son, annone des mots
Ton désir éclate, en des pulsions de rire
Les tremblements relatent cette impulsion
Tu sens ta lucidité comme frelatée
Tu n’es que du menu fretin, pour les circonstances
Mais dans cette tenue vulnérable, rien d’illusoire
C’est qu’on danse mieux ainsi, la vie
Cette ombre ténue te tient la main dans le noir
Tu ne penses plus à demain, au sens de l’histoire
Car tu es une histoire, à la main du noir
Le nord est inutile dans la nuit, mords plutôt
Croque l’isthme du soir et de la nuit
Intitule-la du nom qui te plaira
Au quai ce séisme montera sans bruit
Une houle titubante vient à toi
Et le prisme noir te hante, t’électrise
Foule perturbante, d’émotions sans maître
Donne-donc son nom à l’ombre électrique
Electrise-la, concrète quand au port tu erres
Car c’est ainsi que se matérialise une Providence
Comme une provision de volonté
Homme ! Une prévision sans concurrence
La précision d’une occurrence, qui te grisa
Donne son nom, cette fragrance la matérialisera
La lune occupe en ce moment tes yeux
Saisis-en l’occulte et mords cette ombre
Morcelle le flou et cultive tes sens
Son nom, pour une abolition des distances
Amalgamation du soir et de la nuit
A la jonction de l’argent et du noir
Jean-Marie Loison-Mochon
Crépuscule d’un cycle