VG24 | Lundi 11 novembre 2024
A l’aune de plus grands heurts, où frayer
« Only 80 days to go » saouls d’un élan
Tout gorgés de plus… qu’eux-mêmes
On lit des tirades, ou les écoute, identiques
Départ tranquille, avant le dantesque
« Vous partez pour une course mythique »
De part en part quelques lieux communs, pour eux qui en sortiront
Ou des apartés qui glissent, éclaircissant
Grisant « bonne bouffée de foule avant… »
Quand le temps d’en parler encore
« … de ne plus voir personne pendant longtemps »
Nuit bientôt, à empanner un peu
« Pas beaucoup de vent sur zone » : on s’attend presque
A l’aune d’un premier lever
L’un devant, de quelques cheveux
Faune voileuse et « dans la nuit des croisements »
Flotte voyageuse qui s’observerait un peu
Ainsi sans trop de souci des classements, ce soir
« This is me and the ocean » : leur jeu pour combien de jours ?
Il s’immisce en certains cette sensation, du seul à bord
L’hélico loin, dans les joues des nuages
« The last thing I see close, probably »
Rodage ici, à entrer en soi, sortir
Du monde, pour en faire le tour probable
Irruption au large puisque « restent 24 000 milles … »
On sonde un 1er couchant, se fait humble et vulnérable
« … c’est un peu vertigineux » mais simple toujours
Ou touche une 1ère nuit à 10 nœuds
Vent maintenant plus affable « the horizon is clean… »
Il ne dit plus non, dessine invisible
« Now we are officialy alone »
Puisqu’Olonne n’est bientôt plus visible
On mesure soudain se « retrouver seul dans le bateau »
On file ici, on ralentirait presque là, la faute au temps calme
Une araignée s’est hissée à bord, autre sol
La toile s’étire, de ces quarante à Spi
Ou sans, pour ceux qui ne l’ont pas choisi
« Privilégié des voiles de vents forts »
Le temps alors, de voir un ciel rosir
Les toiles légères ont un peu plus brillé dans le noir
Mais les étoiles rangées, on se fait le plaisir déjà :
Laisser filer hier et se projeter un peu plus bas
Au matin penser au soir suivant, cap
Finisterre « on va attaquer » « il nous attend »
Nouvelle histoire à l’angle du pays d’après, d’autres pentes
Le vent viendra claquer « là c’est parti … »
L’âpre est à venir peut-être et certains démêlent
Parfois un spi ou « quelques petites bricoles » à régler
La règle est de mêler de l’expertise et de la débrouille
S’y coller au plus vite, la quille libérée d’entraves
On trouve son rythme et il vaudrait mieux
« Lundi mi-journée, ça glisse… » mais pas encore sous rage
Des cieux gris, des yeux pas trop petits
« Enchaîné pas mal de siestes » avant du vent fort
« Bientôt empannage pour aller vers le Cap »
D’Est en Sud-Ouest, il vente arrière à 18 heures
Comme l’appétit ouvert, du temps qui saura se faire gros
On sent tout un air qui monte, en tête à 25 nœuds
Et peu à peu le sentier s’annonce : il faudra trancher
Des lames ou non, mais des rafales pour ça oui
« à 40 nœuds » dit-on à terre, à flâner de l’œil
Sur cette carte dont eux vont goûter maintenant
Avaler qui sait, de premiers écueils
De ces tout premiers choix à faire, accueillir le sort
DST à éviter, d’un côté ou de l’autre
« Deux options s’offrent à eux » : la côte et le large
La seconde « étant plus périlleuse » disent-ils
Décoction à faire, entre la route et l’intuition
Mais les skippers l’aborderont, distillant de premières cartes
D’un style risqué, audacieux ou purement efficace ?
Quand à ce stade on pensera moins « à la belle lumière »
On pensera moins, on agira plus sûrement
On dépensera du sommeil, à l’appel de l’air
Puisque ça gitera par « 30 nœuds de vent »
L’ennui impossible car « tout au long de la nuit »
A rester l’humeur entre neuve et véhémente
Impassible au mieux, car « les conditions… »
A l’œuvre ici ce soir seront moins clémentes ou placides
« Seront engagées » on croirait s’entendre à ski
Acides mais rentables en vent, pour ceux qui s’en plaignaient la veille
Et veiller ça il faudra, pour descendre Sud-Ouest
Pour sûr on table, aux abords d’une Espagne énervée
Sur l’énergie engrangée ces trois semaines
Les organismes à chahuter, à malmener
Mais n’en pas trop laisser, sur les navires bien innervés
Les organes ici soumis à l’invisible et vibrant
On va s’évertuer à entrer, moins pensif et plus instinctif
Sous mille bouffées, toutes plus désorganisées
« Dans le vif » d’un sujet abordé par la flotte avec envie
A bord des premiers rêves se frottant à la réalité
Et à flirter au présent, voilà la houle qui vient Nord-Ouest
Le toit des eaux n’est pas si haut, soutient deux mètres
En tête on foule cette surface à 17 nœuds
On se tient encore en rang, les traits se densifient
Sur la carte, comme ceux des visages demain sûrement
Délestés d’un peu des joies d’hier, de plus solitaires s’annoncent
L’écart tout à l’Ouest et des semonces plus tonnantes ?
Devant, le cap mis au large pour du travers
L’Espagne et son Finisterre s’impatientent de savoir
Ce qu’une voix d’océan soufflera ce soir, aux navigants
Jean-Marie Loison-Mochon