Vendée Globe 2024 | Mardi 12 novembre 2024
Et sous le froid soudain de cette nuit tombante
Dans l’instant, se voir où la passer
La zone à ne pas franchir « et croiser la route des cargos »
Le vent commence à brasser « la mer est affreuse »
La carto se scinde en deux possibles, désireuse de tester
Loin là-haut « l’anticyclone qui dirige tout »
Au sein de la flotte on opte et privilégie
Telle route ici, Nord et plus certaine mais s’éloignant
Des soucis, des côtes, des croisements
Et cette autre qu’on choisit devant, pleinement risquée
On s’en tend un peu, on ne s’entend plus
Ça tamponne et « fait de super gros plantés »
L’effet de l’élément : le sang ne fait que monter
« Hyper intense » on ne peut usurper l’endroit
Ici ou là on finit presque au tas, comme harponné
D’ici au large, on pêche telle vague, telle claque
« On arrive au Cap » échevelés ou trempés
Au chevet de la nuit « réduire un petit peu… »
Sous « 35 nœuds de vent voire 40 » : difficile
De faire de petits pas, et savoir faire mieux
Que tenter de mesurer, maîtriser : « j’ai pris un ris »
Mais pas de petites frappes dehors : électrisant
Il en est de moins heureux, des chevilles qui se dérobent
Une grand-voile happée, voire échappant à son dresseur
A de certaines heures, on ne peut que composer : j’ai pris un risque
Des remblais aquatiques s’écroulent sur les cellules
De vie, qui s’écoulent et hululent de la puissance sans cesse
Tous dérangés « pas vraiment simple… »
Alors engranger plutôt que « … d’aller dormir » et s’affaisser
« J’ai vraiment cravaché » car le premier voudrait filer
Sur une bôme on frôle le grand danger, la faille
« Dans la bataille avec le hook je me suis blessé »
La mer n’est pas chirurgicale mais brutale, effilée
« Franchement chaotique » et c’est incessant
« ça tartine bien » et l’on rit de moins en moins
De loin en loin, la voix de la nuit se veut
Anarchique et gratuite, impénétrable presque
Aucun ne s’affale mais beaucoup se voient frôler
Le coup de trop, le flot qui fait pencher, sans secours
« La grand-voile est partie d’un coup » dans la fresque obscure
Et tout enclenché le corps a suivi
Mais le corps aguerri, alors on s’enquerra plus tard de savoir
Si guérir, au cœur de cette « nuit assez costaude » on manie
La patience ou l’endurance ou l’euphémisme
On se fait miscible avec l’obscurité
Aucun ne danse mais la tête se dessine
A l’avant « le bateau finit par planter » mais…
Pas grave, parole de poursuivant
« Revenu sur… » après des haies d’air et d’eau
Des rideaux de sel, pour suivre sans faiblir
« On ne va pas le laisser partir quand même »
On s’est pris au jeu, cette coque presque trop
Quarante voies dans la nuit et celle-là d’eau
Le prisme, au juste, est inversé
Une fuite ou une entrée, sur océan :
Cela équivaut au feu ; le jour voudrait percer
« Voici les conditions » posées par les premières épreuves
Ce lac au départ n’est plus à bercer depuis longtemps
Les preuves sont là : les bleus, les avaries, les manques
A chacun sa part, plus lourde à certain
Mais à chacun sa variante, pour voir un prochain lever
Les bras endoloris « j’ai rattrapé… »
Sur la route du dehors, aux risques dits moindres
« … un petit peu de mon retard » de goutte sur l’eau
Après ce « deuxième jour à bord » la course peut poindre
L’accalmie tarde à paraître, on regarde le sillage
« La tête de course est passée à l’intérieur »
Joueur ou bon enfant, on se feinte et prend les places
On ne se fait pas tout un monde de quelques milles
Mais on passe et dépasse « la tête de course… »
« Le long des côtes espagnoles » épargnés car ayant osé ?
A ces heures de chahut, chahuter plus encore
La pole est « passée à l’intérieur » et plus loin
Au soir suivant, certains entre dos cabos
Le passé rend vulnérable autant qu’il fortifie
La brassée d’hier verra des prévisions moins sévères
On s’efforcera aussi dans « moins de 7 nœuds »
De patienter ou s’évertuer à avancer plus vite
Peut-être moins abrités, entre Canaries et Cap-Vert
Mais qu’en dira la nuit qui vient par vent arrière ?
On inventorie les pépins « et la régate continue »
Du diluvien hier et du vent plus dilué bientôt ?
« Dans des zones calmes, tout est affaire… »
Tout est à faire en début de course, voire plutôt s’éviter
Le saccage prématuré dans ces premiers jours
« … de placements et décalages » dont on joue, vers ce Sud
On veut durer devant, on veut garder l’avance
Les archipels vont s’enchainer, les Açores presque délaissées
Dépassement le soir d’avant : c’est l’inverse qui sait
« Avec Madère » qui se profile pour quelques favoris
A la faveur de rythmes encore à 25 nœuds, au cœur
De course, on se faufile, on interchange
Quelle est la valeur d’une position, si l’on y pense ?
Tout au long : ce sera ce jeu éphémère
Bon enfant mais ferrailleur, des distances qui s’engrangent, s’annulent
Dans de bonnes empoignades, sous l’éloquence du seul horizon
Vers ailleurs, il faut se dédire du temps mais pas de l’espace
Quand les placements seuls importent, et les routes à bâtir
A l’écoute d’une carto qui se fait plus verte que rouge
Dans ces écarts qu’on a tôt fait de réduire, en se prenant à partie
Jean-Marie Loison-Mochon