Vendée Globe 2024 | Mercredi 13 novembre 2024
Or on ne lutte pas tant avec les autres
Que contre dehors, dans une conquête de chaque instant
D’une sieste au tracé Sud, Sud-Ouest
D’une galère évitée ou d’une autre qu’on s’entête à régler
Récurremment on peste d’une même phrase
« j’ai eu un problème technique », qu’on traite
A ces heures qui ne sont plus du temps mais la nuit
Les pépins s’imbriquent dans ce déjà quotidien
« Assez de sueurs » la mer ne l’a pas dit, décrété
Alors « c’est ce qu’on appelle une nuit de l’enfer, en bateau »
Il est tard et d’avoir « voulu laisser une voile à poste… »
Un énorme nœud : elle est partie, elle s’est perdue
Une tuile au goût de toile, c’est ostensible
« … j’ai essayé de la faire tomber dans le bateau »
C’est autant de cible au vent qu’elle n’aura plus
Elle a fui le bord « elle a fini dans l’eau »
Mais c’était et mat ou ça, toujours ça de moins de matossage
« C’était mon mât ou ma voile » dans l’infini mouvant
Quand pas loin, d’autres matelots n’ont pas d’histoires plus sages
Qu’une voile qui s’échine ici, elle
« Qui ne veut plus descendre » du ciel ou des étoiles
« Elle est à trois ris, le charriot est cassé »
Si des constellations regardent la course et cette kyrielle
De quarante petits points, la Grande Ourse doit en sourire
Gargantuesque, la mer fait des aventures aux marins
Et des soupirs « putain » car on « enchaîne depuis le début »
Ce qui fédère les énergies mais fait dire aussi du mal, plus loin
Du sort, des aires qu’on aimerait aussi rapides mais plus clémentes
Que l’on arpente quand même « route vers Madère »
Car au-devant, il y aura des heures plus démentes ou démontées
Devant d’ailleurs, on ne peut pas démentir l’avancée
Mais d’abord penser à « faire une manip »
Au pont tenir, séquencer les étapes et sales minutes
A discuter avec soi ou un écran « que je remonte au mât »
La mer bizute même les expérimentés
Tel est le principe de ce culte voué, aux eaux, aux vents :
De sans cesse recommencer, car l’acquis laissé dans le sillage
De la quille qui poursuit, de là qui fait la course en tête
A qui se chipe la place ou la reprend ou la reperd
« Je suis dans le bon groupe de bateaux »
Quand même pour eux les repères ne pleuvent pas
« ça siffle toujours autant » au portant
On s’abreuve du fait d’avancer sans bris bien que !
« toujours pas très confortable comme situation »
Bien qu’aucun ne soit parti tablant sur du paisible
De doux jours viendront peut-être mais en attendant
« Dur de trouver le bon rythme » et se faire miscible
Avec la surface « entre être à l’attaque et… »
Ne pas s’éprouver trop dans l’arythmie de l’eau
« y aller piano » parce qu’une fois s’est gagnée ainsi
Après l’Espagne et l’onguent de quelques faits majeurs
De course qui « va être longue » en y pensant bien
Et l’Ours regarde les navigants, comme lui qui doit
« gérer la flotte qui rentre » et panser mieux
Une coque qui s’hydrate ou humidifie sa plaie
Ce qui n’est pas pour plaire : « j’y passe quand même du temps »
La voie est Sud, la voie est d’eau
La foi est aux persévérants
Parfois elle se perd c’est vrai, mais toujours elle revient
Aussi de voir qui sait ? que « les autres vont très vite »
Et ce trait d’une compétition dont on veut être
Colmater puis tracer sa ligne « que je rentre bien dans le match »
Entre soigner et avancer il ne s’assigne à rien, qu’aux deux
« en attendant je fonctionne comme ça »
A ponctionner de l’eau, ou l’électricité d’un court repos
Comme un concurrent qui a pris une autre route
« Day number 3 […] I didn’t sleep yet, at all »
Mais moins d’avaries pour les causes d’insomnies
Dénombrant quelques faits « the boat is jumping »
Lui qui a pris à l’Ouest « actually outside … »
Quiconque sait que l’inconscient a son prix, et ses prismes
« of the traffic zone » comme un tiers de la flotte
Comme un autre qui pourrait être fier, de ses choix, de son jaillissement
Le corps emmené sur « la plus grande distance parcourue »
Record, sans faiblissement « sur 24 heures »
Comme d’avoir accouru, aidé du large, du vent
Pour rattraper ceux qui devancent, bien « qu’autour de Madère » tous
« devront néanmoins veiller » encore et encore
« à l’énorme dévent autour de l’île » pour se réinventer
Comme de ces jolis néologismes qu’un jargon sait incanter
Sans baisser d’intensité, car d’ici là une « zone de vent fort »
A encaisser une nuit : un temps de cécité mais sous vitesse
Avant qu’un temps s’ouvre, distinct ; mais qui de cette faune voileuse ?
Voit le sens mieux, la direction plus claire ? sous l’ivresse
Des soucis évités, des galères reportées, des éclairs soudains de grâce
Peut-être adresse peut-être chance, soit : compétiteurs
Tous un tant soit peu, qui savent mentir et se disent surpris du niveau
Qui savamment tirent sur les trajectoires et crépitent
Heureux ou plutôt joyeux ; puisque rien ne dure
Sous ces cockpits approchant tropiques ; sauf la dureté
Cette bestialité à adopter, face à l’élément qui rugira toujours plus fort
« avec des rafales à 30 nœuds » les limiers s’affairent, se pressent
La place première est une passe que l’on se fait
Pour d’autres, une mauvaise que l’on referme ?
La page ici s’écrit sans terme et ce même s’ils « atteindront… »
Aux tressaillements d’adrénaline, cette île
« Madère demain matin » voire bien avant
Ils n’attendront pas de satisfaire aux prévisions et commentaires
Prévenus qu’ils sont tous « j’ai connu la galère et … »
Que seuls les navires commentent l’air, d’un « … je n’en redemande pas »
Jean-Marie Loison-Mochon