Vendée Globe 2024 - Départ - images Vendée Globe

VG24 | 10 novembre 2024

A l’heure de caresser

Le rêve, un trophée, le globe

Ses tropiques ; vendez-leur de l’air

Ils s’achèteront du temps, d’un plongeon

Obnubilés, par ces petits bouts de fer

Ou la lubie plutôt, qu’est quitter la Terre

Au sortir du sommeil, ou d’un chenal

Descendre un ponton, remonter le temps

A l’heure de caresser, de ces minutes d’ovations :

On va sur l’eau, tout sauf en silence

Sous de « très bonnes conditions pour s’extraire d’ici »

Sûrs d’eux, sûres d’elles, face à l’incertain

« Sous l’influence de deux anticyclones »

On insère un pied puis deux, ponton engagé

Certains s’aventurent à regarder, certains s’en distancient

Le trophée confère un goût de concret

Le concert s’enfièvre, on part le 10 pour un 10ème

A quarante par petit temps, pour un tour

Au bras d’un univers à part et solitaire

D’un titan au féminin : la mer

Où « le vent devrait monter tranquillement… »

Il n’est pas de fébrile main, le sang devrait monter

« … en secteur Nord-Est » sans péril aujourd’hui

Et qui sait demain ? sur quoi fonder

Esquisser à l’Ouest, après toute terre ou estuaire

Une trajectoire ondulée dans « un peu de brume… »

Est-ce qu’il est écrit, le chemin de chacun ?

« à la sortie des bateaux » on dit les vœux, les mots, les souhaits

On s’écrie « je suis prêt… », on hume la terre encore

Les émotions font flot, avant l’heure et le soir

« … j’ai un bon bateau et j’espère que cette fois, […] »

Branle-bas au lever du jour, à la timide sueur des premiers rayons

La flotte aura tôt fait de s’éloigner, la foule de se dissiper

Oracle au goût d’espoir, d’avant départ

J’espère, j’espère, qu’à la houle je saurai plaire

Miroir, miroir, la mer est infime ici encore

Quarante qui miroitent, dans les yeux d’on ne sait combien

Quand bientôt plus que ceux de l’horizon, début d’un film

Quand la mer serrera plus fort, les nœuds

Quand les quintes forciront, quand elle se fera infinie

Mais qu’ici encore au ponton, l’étreinte

Des proches, les feux des yeux à éteindre

« Il va falloir encaisser… » en corset de marin

« … les émotions de la sortie du chenal »

Et je nage encore un peu, dans l’effervescence

« … ensuite ça ira » mais encore cette main qu’on effleure

Des sens qu’il faudra faire descendre
Le toucher d’une terre, plus avant très loin

Le toucher ne sera plus humain mais sel, mais froid

Effort et joie, effondrement parfois peut-être

A la bouche ces « j’ai hâte d’être au large »

De se fondre, mantra comme hissé

Par ces quarante qui s’en vont

Effleurer les marges, la frontière hérissée

On arpente ces instants qui sentent bon encore

La chaleur avant le fleuret des vagues

L’épicé des pentes, la clameur des clapots

Là où la piste est vitesse ou inertie

« C’est beaucoup de fierté d’être ici »

Là où la prise est aux bras, pas aux voiles

On se penche, on boit le sel d’un autre œil

A bord on se relève, on s’épanche un peu moins

Puis la brise les prend, on voit le ciel d’un autre œil

Le chenal célèbre, les bras levés comme un seul fanal

L’étrange transition, ces lèvres par millions : la multitude

Avant que mutique et l’attitude autre : la solitude

« d’enchaîner assez rapidement sur un bon mode régate »

Les regards tournés vers ailleurs : vers ferrailler

Faire « que le vent glisse sur une voile »

D’un temps clément ou qu’il se gâte et teste

Avant les 13 heures 02, la hâte ou les atermoiements

Les trésors de quelques secondes, à travailler pour les conserver

Concert vibrant, l’émotion qu’on fonde à partir, à s’éloigner

« Rapidement derrière il va y avoir du vent portant »

On vivait dans l’attente, on vit à présent, la ligne

L’équipe en arrière, l’appui de quatre ans

L’épique au-devant, on vit au présent

La ligne est à franchir, pour pouvoir

Bien après le port « générer de la portance »

De la ligne s’affranchir, et l’on mesure l’importance

De ce calme au cœur duquel on plonge

De cette clameur descendue, pour se faire intérieure

Car « après il y a l’élément… » autour duquel on fonde

L’espoir des distances, les spores de maigres sommeils

« Il n’y a plus vraiment rien d’autre autour »

Du monde ? des hallucinations peut-être

« des émotions folles, hyper mélangées… »

Des ronds dans l’eau à quarante, étrange

Et de faire un tour, séance tenante                                                                                

« Ne pas me faire submerger » par le monde

L’océan se tenant prêt à tendre les bras

Quarante navires et tant d’autres petites embarcations

Mais la ligne ! fictive et concrète, les brasse

L’hélico vole, à ravir les images d’un départ

Démarcation, les carrosses tous prêts

Les quarante tout près, d’écrire une première ligne

D’un combat sur la mer, d’Olonne qu’on longe encore

Aux quarantièmes incessamment, franchissement musical

Cumbia sobre el mar, colonne à l’heure pour caresser

Une ligne dont soudain affranchis, pour une ligne au loin à franchir

Jean-Marie Loison-Mochon

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