Vers l’autre horizon
On pourrait penser que cette ville n’a rien de volcanique
Quant à moi, je dirais qu’un lieu n’a pas besoin de ces armoiries
Pour être ce que l’on pense qu’il est, y faire naître ce qu’intense il s’y émet
Peut-être n’est-il pas qu’une vision mais des millions
Celle de milliards d’autres yeux, mais aussi les milliers qui dorment en nous
Qui donnent un tant soit peu d’éclat distinct
Pour que la réalité, le commun, s’y distendent
Pour ça, les gens savent s’aveugler ou se révéler
Des personnes, des lieux, qu’ensuite ils songent profonds ou disent tendres
Les lieux sont des mots et les mots des lieux
Des images dont le sens se confond, des modélisations soudainement différentes
Qui n’ont rien à voir avec ce qui s’entendait avant
Qui se tendraient d’un autre tout, et déjà le flou prendrait par ces lignes
Je voulais dire que cette ville ne m’est pas si vierge de laves
De l’ouverture sur un monde où, d’ailleurs, je cherche les îles
Jamais rien n’est éteint ou pacifié, seules les illusions le sont
Or ici à chercher j’ai senti, perçu, vu
L’éclat des syllabes, les sens distinctement clairsemés
Dans cette ville qui n’en a qu’une, où l’on vole moins qu’on y navigue
Et le volcan n’y est pas que métaphore, creuse comme des galeries
Dans le creux de cette galaxie, j’ai cheminé
Voilà longtemps au travers d’une chambre
Amené à surgir ou y dormir le nécessaire
Comme à recomposer l’ambre incandescent
D’une chambre, oui, rosée, orange ou rougeoyante
Dans l’ombre un temps descendre
Magmatique à plus d’un titre, quitte à même s’y brûler
Un cycle amène ses buées d’essence, ses nuées toxiques
En soi toute vulnérabilité doit, et va, rester produit inflammable
Il est un fanal qui s’élève dans la houle des laves
Non celui de l’infernal ou de l’inapprochable
Mais d’un cloche-pied intérieur, sur des scories
Un décor inédit, de soi-même approchant
Mes mots ne sont pas que des crochets mis à tout bout de ligne
Plutôt des encoches laissées dans des parois de pages
Pour y revenir léger ou lesté comme en des parages mémorisables ou empruntables
Un printemps, cette ville, j’en suis parti
Par besoin de me sentir étranger ? ou peut-être mis en danger
Remis en jeu mais la patrie, ce songe intérieur, perdure
On ne se remet jamais de ses erreurs, on les assimile
Qui dit que la terre ne se brûle pas d’être éruptive ?
Et je n’ai pas eu de répit, même dans l’amour, en étant loin d’elle
En étant moins de lave, davantage figé basaltique
Parjure qui sait, à mes propres inspirations
Par ce jeu qui fait saigner, je me suis mis à louvoyer
Car je l’ai dit, c’est une ville navigable
A vue, au gré de sa jumelle qui voulut me retenir d’aller plus Sud
Mais même l’amour ne sut pas m’y raisonner
Sûrement qu’une erreur s’assume jusqu’au bout, que le cratère en ait fini de fumer
Et même l’amour n’a pas su me résonner plus fort en dedans
Que le chant de cette sirène terrestre, où les ondes caressent les rêves
Comme au moment de la connaître, j’y suis revenu plus carcasse que créature
Car à ce jeu de faire des ratures, se brouiller reste inévitable
Et brouillon mais libre, à l’Ouest je me suis revu
Dans cette ville où courage se dit ancrer
Face à une cheminée agitant ses ombres et fumées
Pour des projections de feu vers l’autre horizon
Jean-Marie Loison-Mochon