Vendée Globe | Mardi 31 décembre 2024
De la 35 à la 36ème, année, et de 36 à 35, à naviguer
Transi de déception mais entouré ?
Transit d’exception : chenal cheminant vers Ushuaïa
En détour du monde, si à la mer il pouvait parler ?
Elle et lui siamois, par un navire ourlé de boursouflures
En des tournées de pensées : qu’eussé-je pu faire ?
Pour lui plaire plus ou insuffler à l’usure, le renouveau ?
Au rang des tornades, cul-sec je bois
L’ouverture au loin, ou le refuge à quelques coups pas encore meurtriers
La mort dans l’âme hier, et demain l’amorce à ce nouveau regard ?
La mer se pare de ses attributs les plus distants
Le marin se parle, de ses bévues, de ce qui put distendre
La peau de son navire, le flot de leur empirique mouvement
« É só isso » c’est tout, les vues se dissipent
« Não tem mais jeito » à l’empire illusoire des joies perdues
Ça ne sert plus à rien, de larmes les joues percluses ?
« Acabou, boa sorte » ça te serre entre les reins et l’esprit
Au cœur en quelque sorte, et je ne trouve pas mes mots
A la barre, bouillant de ce qu’il ne sut plus maîtriser, qui s’exprime
« Não tenho o que dizer » une entaille au creux des airs
De ceux qui se chantaient, de ce qui enchantait
« São só palavras » de ce dont il déchante là
Ce sont des palabres à semer dans le vent
Ce ne sont que des mots, dans l’anti-chambre du plus grand Sud
Et pris d’ancrage soudain, les plis d’un autre âge qui se tend, qui s’en va
« E o que eu sinto » ou déplier : yo me quedo sin ti
Quand rage et amour ne convolent plus, ne convoquent plus l’élan
Et ce que je ressens dans les doux replis de cette épopée striée
De coups, flamboiements ou rayures, ne t’évoquent plus ?
Ce que je ressens, dans les redoux, les bris d’été, les bras d’hiver
« Não mudará » dans l’ébriété des pas d’hier
Non le monde a l’allure d’autre chose, mais je te le dis
Que dans la neige en fuite, dans les sillons des monts d’ici
Dans un Cerro Martial ou les nasses intérieures et indicibles
Sous tes extérieurs menaçants, d’un cœur d’une croix, rougir
Tout ça ne changera pas, les passages offerts par la joie
Où gitent ces airs de « tudo o que quer me dar »
Toda una eternidad, dans un éphémère déballage
Où situer ces fleurs de sels, ces effleurements océaniques
Tout ce que tu veux me donner, voulus, puis repris
De justesse ou d’une injustice qui t’agacerait, presque pathétique
« É demais » et se pardonner serait-il rallier ce port au nord ?
Est-ce trop ? rendre à ce temps émaillé mais si emphatique
Si d’en face, le tellurique de la Tierra del fuego
L’orient tendre ou le réentendre : est-ce trop lourd ?
« É pesado » épuisé à d’autres heures, du fugace
Tu fus glace en trois caps, tu fis des fleurs jusqu’à plus du tout
Marguerite ; à en défier des torpeurs mais à le voir tout près de ce port ?
Ushuaïa escorté par une solidarité des gens de mer
Légende ou peau d’orange, pelée ou appelée, à l’imprévu
Te cortaste, solitaire et il n’y a pas de paix, à en réifier tes peurs
« Não há paz » sous l’atmosphère de cette fin partielle
Sentiment confus, dont la loi n’a rien d’impartial
Tout ce que tu veux de moi, disait la mer
Et qu’en dirait l’amertume, secouru par une peau d’agrume ?
« Tudo o que quer de mi » je le réalise ?
« Irreais » tous ces quarts de moi, tous ces quarts de pris
A la lune ces sortes de mimes : boa sorte
La belle qui sans revanche, chaque soir était de sortie
Est-ce irréaliste ? se souvenir de quand elle se pencha
Sur toi, moi, ce navire, comme une épée hâtive à travers les yeux
« Expectativas » des attentes impatientes, depuis cette branche à rayons
Un arc autour du globe, un fil qui cède soudain
Sans infidélité, mais un équipier en moins
La mer a repris au marin : el mar, à l’insu d’un bateau écorché
« Desleais » et piqué par le lustre étincelant des lames
Qui ne sont pas justes, qui se dévalent comme un vague à…
Vagabondage « mesmo, se segure » à manger des mots étranges
Etranger toujours, à la mer et ses roulis de galets
Maintenant même si tout t’en empêche, sur cette plage aride et Sud
Arrimé à l’incrédulité de ce qu’on ne prévoyait pas : provoque
« Quero que se cure » dévoyé dans cette baie d’un gris dense
Comme en une autre époque, déployée là sous tes yeux interloqués
Sens-tu la poésie d’une défaite un temps actée ?
Mais tentante ou entêtante, d’une fête à recouvrer
Ce navire peut-il ? curar, de ces coups ramenés du large ?
« Dessa pessoa » de cette personnification qu’est l’océan
De cette personne-là, dont la mer a cherché l’ablation
De la passion empêchée, par des flèches envenimées
De la pire façon qui soit, celle qui laisse désorienté
Comme si la vie n’était qu’une question sans réponse
Et sur l’abyssal engagé, qui te conseille ?
« Dessa pessoa » que te racontent ses largesses ?
Pour un temps, il y a déconnexion
« Há um desencontro » des concessions faites et réalités refaites
Vois ça de ce point de vue, que dès qu’on largue un mal
Une vague s’élève et l’on voit : « veja por esse ponto »
La voie saline qui s’ouvrirait à nouveau
La voix salée qui susurrerait au hublot, à l’Ouest retrouvé
Ces semaines sont spéciales, après avoir couvé la fièvre du vide sidéral
Si de rares interactions t’étreignent, ou que ce dialogue entre mer et marin
Puisse s’atteindre, t’atteigne, au quai de ese día entre mar y marinero
En soi, le satin d’un mouvement se redessine à l’ambition qu’on y met
Ce marin-là n’ayant à souffrir d’aucun quolibet
S’espérant juste une course, de ce genre qu’a !
La volonté qu’on libère, d’un bond à contre : du bout des doigts
S’espérant passer d’été à hiver là-haut
« Te espero en la orilla » sur le rivage d’hier disant demain
Loin des rivières descendant des Andes, enduit des lointains
«Um bom encontro é de dois » d’un bond à contre, enduit d’elle
mer et marin
Jean-Marie Loison-Mochon