Vendée Globe 2024 | Vendredi 3 janvier 2025

Au jour 55 « à composer sans son J2 »

Quand la prose des vents sur la voile n’opère plus

Pas de perpétuation de l’épaisseur, déchirement

Les lambeaux se lamentent encore au mât

Bronca depuis là-haut, rancœur des Andes ?

Le temps passant du beau à des vitesses imprévues

50 à 60 nœuds et plus, qui lui ont épluché la toile

S’extraire du temps présent est une ivresse à viser, alors

Incanter à foison de petites messes pour se délivrer

Au-delà de la zone : de la sonorité que font ces maux, à l’intérieur

Regarde-t-il par exemple ? la sororité de conditions

Quand « une dépression accapare ses poursuivants »

Todo tiene que acabarse : « tu peux tout remonter »

Ce qui se le sépare des suivants se fait plus maigre

Mais l’aigreur doit-elle prendre et le tourmenter ?

Ce qu’il ne sut pas le rendit moins fort

A « tout redescendre » soudain : la voile et le moral

La morale n’a pas voix là-bas

Au chapitre ? des tours indécents

Sur leurs petites tours, incandescentes de grands vents

La voile en gravats : construction précaire d’une trajectoire

« je suis dans un monde étourdissant » tout est clair puis plus rien

Tout se fait éclair puis diluvien, est-ce cela le puits divin ?

Pozo divino, qu’elle chantait en argentin

Pour lui désargenté d’une toile et d’un atout

En tête devant 31, soit 4ème au large des landes patagonnes

« Creo que no tiene sentido » quel sens a cette touche ?

Que de repente : l’a transpercé

Accouchant d’un sort moindre, tout à coup changement

De ceux-là que personne ne vit poindre, pas même au satellitaire

Il vit pour prendre du temps au temps, il vitupère maintenant

Vie de joies et torpeurs « Cómo funciona esto »

Comment fonctionne cela ? quand ce laps a tout démenti

Quand sous la puissance qui a retenti, il s’est vu frappé pour ralentir

« Y pienso que ya no es lo mismo »

A penser qu’en tyran le vent s’est comporté, emporté

Puis que le confortable revient, mais est-ce le même ?

« Que en aquel momento » quand l’air se voulait encore arable

Les chants sont des sirènes, les chances sont de ci, de là

De s’y arraisonner puis de s’y raisonner : prise divine

La saison est à l’été, mais l’allaitement s’est fait aride

Effet tari des efforts, Argentine, sur les bords de ta rive ?

« Te espero en la orilla » quelques milles au loin te menant ?

A veiller l’oreille au vent, dans un coquillage… te mentant ?

¿Qué te dice el viento al oído? de cataclysmes ou d’accalmies

En la oreja, de ces à-coups qui sur toi dissertent

Todavía no eres bonaerense : trop au Sud

Et un peu gauche ? oh personne ne se permettrait

El viento gaucho se ríe de vos

Le vent de là-bas te fait l’avanie d’une vengeance sans motif

Toi qui n’as pas la vanité pourtant, il te taquina et bien plus

Peut-être veut-il que tu te fasses à l’accent de ces eaux

En miles de viradas en redondo : sur ce long fardeau qu’est ton tour du monde

Todavía no podes hablar así, aunque firmaste tu mano en el Sur :

Con ese « Cabo de Hornos » de ce Cap Horn, mais en lunfardo ?

Le vent du large argentin, il t’incante un territoire indocile et violent

T’adressant un genre d’argot dans l’air, un voseo discriminatoire

Dans cette remontée, les aires incriminent aléatoirement

Et tous cheminent, en miles de viradas de rumbo

Endémique : en des milliers de virements de bord

Au beau milieu de l’Atlantique ou du Pacifique, un même sort

Cette sorte de pénibilité, étant touchés par du vent à contre ou !

A la rencontre des glaces qui errent pour leur présenter des impasses

Aux prises avec du près, et l’épuisement que ces efforts apprêtent

Bien qu’aucun ne soit apprenti, arpentant l’infini

« Quand on est à la tête de la course la plus prestigieuse du monde »

Le prix en est d’heures bilieuses, comptant sur la résistance

« Que l’on ne lâche rien » malgré toutes les indications contraires

De ce qui sévit, de ce qui s’évite : il faut soi-même s’inviter

A la vitesse qui « est une douce addiction »  

D’où ça mord et repart : devant ; d’où s’amorcent de nouveaux repères

Tandis que l’un répare à l’intérieur du canal de Beagle

Tandis qu’un autre se dépoussière l’ébahissement, troisième

Au long des côtes et bien après Salvador de Bahia, segments

« Baie de tous les saints » se cherchant des talismans ?

Dans tous les fonds il sème, s’espérant des gemmes différentes ?

Sur une aile seule « de tous les dons du ciel »

Sémantique aérienne, en mer, plus si loin des côtes brésiliennes

« C’est le cadeau du plus offrant » pour des kyrielles de souffrances

Eponger, et replonger vers l’avant, les safrans sûrement rongés

Par le sel autant des sueurs que du circonstanciel qui ne fait aucune fleur

Est-ce que pour lui aussi « le vent va enfin forcir » ?

Par là sceller le sort du classement ?

Pour ceux-là ailés intacts « finie la parenthèse »

Par hantise des casses certains ralentissent, à des milles de là

Démis de la gagne sûrement, mais la victoire… n’est-ce pas ?

Est d’en finir, en vie, peu important que deux « vont se remettre à voler »

Le deuxième doublera-t-il à nouveau, celui qui devant ratisse mieux ?

A en lire certains « la bataille redoublera forcément d’intensité »

A la lyre, trop d’accents cités comme aigus peuvent faire perdre du goût

Allant libre dans les douceurs d’Amérique

« à bénéficier à son tour des alizés » d’une abnégation émérite

Plus Sud un « front engendre des conditions très aléatoires »

De ces « coups de vent brutaux » qui vous parasitent une avancée

Engeance hautement indésirable, en jouant : se faire distant de tout ça

Laisser « une mer courte » et l’air tousser : prendre la tangente

« Sans cacher la fatigue » s’engager agrippé à l’idée de se reprendre

En tout cycle de cette course on erre ou file à sa manière

A « composer avec l’anticyclone » ici, ou claquer des dents par là

Savourant enfin « cette étape particulièrement symbolique » pour obliquer Nord

                                                                                              vers la fin

Jean-Marie Loison-Mochon

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