Vendée Globe 2024 | Vendredi 10 janvier 2025
Délivre l’instinct, et saisis les occasions
Celles-là qui défont les mauvais sorts
Celles-là qui, à défaut d’être indemne, t’escortent
A la Providence, loin de la défaite : à courir en tête ou presque
Ni couronne ni diadème ? l’aventure est dans l’instant
Dans l’incertitude qu’entretient toute poursuite
Peu important ce qui te retient : vaut seul ce que tu endures
L’insistance des méfaits, la violence d’une fin de nuit
Qu’est-ce qu’une « voile d’avant en moins » ?
Coup que d’autres toiles peuvent compenser ?
« la casse du hook » mais l’épreuve continue
La distance s’étend, au premier comme en déliquescence ?
Puis la distance se modère : ces temps sont à prendre avec délicatesse
« après 40 minutes d’effort » sans se pâmer d’avoir pallié
Il « confirmait avoir remonté à bord la voile déchirée »
Sur son île, sans cette feuille-là à son palmier
« désormais inutilisable » trésor manquant mais rien d’infaisable
Puisque sur tous les fuseaux, de l’air ils font de l’or
Ces marins sont des faiseurs, tout proches ou non
De l’horaire de l’arrivée, de la rive à rallier
Même mal en point, la rivalité perdure
A 1400 ou 1600 milles, les malices de l’océan demeurent
Allant poindre à quelques jours à peine d’en finir
Au point du jour, au crépuscule ?
Dans ces agitations de janvier, encore quelques haies à enjamber
Et de hauts faits ? de tension s’installant
Sur des ondes lundi, depuis un amphithéâtre dans leur Orient
De l’île première, l’un a dit le propriétaire : parfois fébrile
Au moment de conclure, d’être au meilleur de son jeu
Acteur majeur, aura-t-il la conclusion hésitante ?
Les observateurs aiment à rêver d’une fin vibrante
Savoir que l’on « poursuit sa course, déterminé »
Les eaux sèvrent les espoirs à l’heure qu’il leur convient
Alors qui la verra le premier ?
Cette ligne invisible, exprimée par 60 jours et plus
Sûr que certains trépignent, ont hâte d’en terminer
Les navires taisent leurs maux ou les distillent
Soit : sans trop en dire et plumer les interprétations
« cette avarie tombe mal » disent-ils à terre, sous précipitations
C’est une variable qui peut plomber, mais à la mesure de quoi ?
De ce qui reste à parcourir, peut-être pas
« pas préjudiciable dans l’immédiat », cette usure
Cap au Nord-Est, quitte à ce que le capot ait souffert
« légèrement retardé de quelques heures »
Et facile d’imaginer ou d’écrire : de quelques heurts
Dont pourrait tout aussi bien hériter celui qui le devance
Ou tout aussi bien s’en acquitter
Les redevances du sort ont des origines insaisissables
Seul le ressort compte : d’une relance après la claque
A calquer les pas dans « des vents portants »
Quand à la suite ça casque aussi « son hook de J2 »
Pas épargné par les éclairs : en soi pas d’éclaircie
« Ce qui rend pour l’instant impossible l’utilisation de cette voile »
Ce tyran qu’est le maître des aléas lui interdit tout paisible
Pris dans les allées du large mais de vents contraires
Contrées d’Atlantique Sud qui ralentissent les prétendants au 10
Des chances d’en sortir tant qu’il n’y a pas déchéance
Une scission s’est opérée depuis longtemps, la hantise passée
Le tempéré leur revient, mais les tempêtes résonnent
Les bonnes eaux, les bons airs, seraient des leurs au large du Brésil
Les voilà 9 entre Cap Frio et à la pente où se hisser
Dont deux navigatrices « 500 milles plus au Sud »
« front froid permanent » : depuis quand le ciel n’est plus impermanence ?
Redondance des emplois : la vie d’actrices majeures
Dans ce groupe soumis « à du vent très instable et des orages »
Désordre à jour et des heures peu rentables, en progression
Même si ces deux « ont pris un léger avantage »
On tablera sans cesse sur des regroupements, jusqu’à la fin du mois
Peut-être même plus Sud ? « poussés par les vents forts d’une dépression »
Fenêtre aimantant des navires ailés, ou à moitié, ou ayant abandonné
Le classement et pas la virée : il n’y a pas de répression pour le désir d’aller
A cinq îles : à cinq ils « continuent à grapiller des milles sur le quatuor »
Qui les devance ? le plus ancien de tous, dans ces allures dessinées
Quoique « bloqués dans la dorsale anticyclonique »
Dans des gageures pour ceux voulant s’échapper
Alternance de dégagements et obstacles : cycliques
« la recomposition est donc toujours en cours »
Toujours en course « à cet échelon » et sans médire des chances
Puisque « difficile de savoir encore si d’autres marins » en seront
S’ils « parviendront à en faire partie » à enfler des voiles
D’enfer à paradis, ou paradigmes dans lesquels ne pas s’enfermer
Tous naviguant, aucun n’est pour l’heure condamné au formol
Pas même celui dont l’escale acta les chances dans un estuaire
Alea jacta est : direction le nord, dans ces mers formées ou sous molle
¿Qué sumar? ¿Qué soñar?
Le sort en est jeté, l’escorte en des je t’aime et moi non plus
El mar et ses vagues, dirait une Gabrielle : « Dan ganas de palmotearlo »
Les corps s’y jetant, dans des encore frustrants ou galvanisants
« braceando de aguas adentro y apenas abro mis brazos »
A des temps de brasse au dos de l’hémisphère
Ou d’espérer voir s’ouvrir les bras, plus qu’à demi, de ces airs Sud
« me escupe la ola en el pecho » à des milles et des milles de l’arrivée
Rien qui puisse démettre une envie « ahora de oírlo y verlo »
Maintenant, de l’entendre et la voir
La mer : « sigue contando su cuento »
Comme tant d’autres qui l’écrivent à ses côtés
Comme autant qui la vivent solitaires, la vie, la course
Celle du temps est identique, crierait-on
Quand émis, s’avive le son berçant ou percutant, qui caresse ou électrocute
Qui au fond de soi reste unique, comme un océan de possibles
auxquels croire
Jean-Marie Loison-Mochon