Vendée Globe 2024 | Mardi 7 janvier 2025
Du carcan de Beagle, le précédent vainqueur repart
Pas abandonné par ses équipes, mais par la course
Il « a repris la mer ce matin » dans un genre de départ inédit
Pour lui qui concourait dans les dix, mais dont les disques ont freiné
Compétition enrayée mais voyage à terminer
« Hors course avec la volonté d’aller au bout »
Déjà à celui du monde il veut rallier le sien
Là où le cœur réside, où les idées fleurent la sérénité
« à plus de 13 000 kilomètres de là » que l’homme a tressés
Et qu’un autre abandonné par l’enjeu vient de parcourir
« dans la nuit de dimanche à lundi après un long convoyage »
Quatre pour une manche perdue, mais image nocturne du navire
« Ramené dans son port d’attache » ses rivages les plus connus
De Saint-Malo aux Malouines, suivre sous l’égide d’une carte
Trois qui les ont dépassées, l’un que certains s’amusent à nommer roi
Deux ailés : de sa quille il les a rejoints, passés
Tout est Patagonie à l’Ouest, dans son épatante embellie
Les deux étaient « obligés de contourner les Falklands par l’Ouest »
Une fois que l’angle et d’autres paramètres « bloqués par un anticyclone »
Permettant les éclats, les temps rattrapés
Rattrape-t-on le temps ou des concurrents, qui ont perdu le leur ?
Lui « a déboulé sur leur Est et devrait les croiser » : chose faite
A dérouler dans des conditions optimales, mais pas au petit bonheur
Depuis les fêtes, sûrement gâté, ce qui « fait aussi rire » le concerné
Le concernant, la chaussette du sort devait être bien remplie
Devant la donne n’est pas la même, la cartographie clairsemant
Par de peu claires semences, puis des semonces éclair
Epaule et cou raidis « provoquant même un léger malaise »
Les altitudes de fatigue fragilisent les 35 égéries et modèles
« sur les bateaux et sur les corps » des mains invisibles ponctionnent
Elles contreviennent au bon fonctionnement des marins
Tandis que Tandil et sa latitude passés depuis longtemps
L’un a « pris l’avantage grâce à son option Ouest »
D’autres s’éloignant dans l’océan même si l’on tend à voir
Une ligne se former à des distances de ciel
Des 15 nœuds de vent leur arrivant dans le nez
Vert, bleu et quelques tracas comme un J2 en lambeaux
« avec lesquels composer » les quais étant encore loin
Comme cet autre à la « tête de mât » arrachée
Aucun ne se souhaite le spectacle non parachevé
A en « perdre avec elle tous ses précieux capteurs »
La cuite est sobre mais pénible, à se faire réceptacle à pépins
Ces petites choses « qui lui indiquaient avec acuité force et direction »
Réduit à épier les cieux et les vents ou vagues qui pépient
Sur ses deux ailes toujours à même de voler
Bien qu’« à l’aveuglette depuis » enrôlé dans un autre genre de course
« Ce vaste plateau » d’un Atlantique Sud, tous le rejoignent peu à peu
Quoique, pas de peur mais par prudence, la plus jeune et de plus vieux : patientent
Entrevoyant qu’il y aurait de quoi se faire pulvériser
Dans le Horn et avant, d’un coup de corne sonnant leur chasse
A ce passage mythique, pour une première ou une nouvelle fois
Plutôt que jouer à se lacérer l’embarcation, ralentir
Dans le gros temps « il ne fera pas bon être un marin »
Dans la chorale qui se désorganise, sous la voix la plus tonnante
Des torrents de vent et des hauteurs de mer peu enviables
Est-ce que tout est navigable ?
Le demander à celui « qui devrait franchir le Cap Horn dans la matinée »
Au rapport : que fait-il avec un Cap Sud, juste avant le point
Sûrement pas une facétie, le segment pas si lisible
Curieux mouvement de compas, avant la pointe
Alors que ses comparses n’ont pas choisi de freiner
« pour éviter le gros de la dépression » les vannes du ciel ouvertes
Qu’en disent les veines ouvertes de l’Amérique latine ?
Les doigts de l’au-delà ne sont pas candides ou cléments
« la zone n’est pas franchement connue pour ses nombreux abris »
Pour seul appui soi-même, sous la pluie, la neige, la fureur
La faune des marins s’y aventure, pour en sortir
Bannissant des esprits le sordide, ils « continuent tête baissée »
Sous le continent bientôt, Chili s’épaississant dans l’horizon
Dans ces vents plus puissants et à quatre mètres de houle
Troquer la jovialité aux appréhensions « même plutôt galvanisés »
Pour pouvoir trinquer au troisième cap, laper l’onction
Avancer juste pour voir, l’appel à une persuasion toute intérieure
Pense-t-on vraiment au « match en cours » avec la concurrence ?
Au matin les voilà six plus que mal assis dans un 31 nœuds Cap Est
Capé ou pas, les épées de l’air font un film toujours différent
Virulence à capter, ou véritable tension inévitable
Infime aura : l’intuition, qui comme d’un recul met tout au ralenti
Tu vires, tu danses, ça tire, ça tance : il faut prendre
Sa chance ou ramasser de ces dents acérées : influx pour converger
D’autres avant s’étaient ménagés l’option prudence
Entre ça et plus dense, attente
Passant, constatant « que le front s’est légèrement résorbé »
C’était hier et la tendance serait toujours un peu la même
Prononcer un amen fervent ou païen, la théière sifflant
Ou faire de ses voiles un feu de paille un temps
Tout ce groupe engoncé sous l’Amérique et ses heurts frais
Pense-t-il seulement à ces ailleurs des devanciers ?
L’un franchissant l’Equateur à son tour « pour garder cette troisième place »
Mis dans du tortueux plutôt que dans du furieux
Le Pot-au-noir s’amusant à s’étendre, s’étendre
Il avait longé l’espace Brésil mais les spasmes de l’air frétillent
Moins vite, moins d’options sachant déjà que « la perspective de revenir »
N’est pas ce qui le fait tenir, devant ces palissades bleutées
Alors que le deuxième en a fini avec cette zone pouvant ravir tout espoir
Lui et son prédécesseur, il leur reste « une tripotée de coups encore à jouer »
Le courage n’est pas manquant, les coups rageurs du ciel peut-être un peu plus
Il accepterait sûrement un peu de plumes perdues pour s’envoler plus vite
« il faut sortir ses meilleurs coups » mais encore faut-il qu’aussi, le vent s’y soit plu
Pour un tant soit peu de fougue, pour un temps saper la fugue, et ce pour l’intense appel
du feu sacré
Jean-Marie Loison-Mochon