Vendée Globe 2024 | Mardi 24 décembre 2024
A 1800 milles et des poussières
« 2 heures d’effort pour sauver la voile »
La soupière jusqu’à la lie, bien remplie
Une fleur pas faite à ce navigateur
La mer n’a cela dit pas sonné l’hallali
Mais dans la gamme dommage propagateur…
Voilà qu’elle lui a mis une bonne chasse
Voile à l’eau, calme perdu pour des jours
« le chantier là, putain »… châtié à son tour
Du monde en a connu comme lui, mais celle-là est salée
Incidence « 2 heures à sortir de l’eau tout seul »
Un bon bout de toile, un sacré coup de bambou
Quelque chose a lâché, craqué
« autant d’efforts ruinés en une seconde »
Quelques doses de persévérance à investir
Para invertir le sort, la calamité pas tout à fait évitée
« regardez-moi le travail » engendrant des tâches de voilerie
« Elle est déchirée et tout … » et toute alourdie
Qu’est-ce que la mer a ourdi pour lui ?
Etourdissement d’une bonne galère
Tout doucement ou non, peu importait au fond
La voile est restée en surface, accrochée à son aile
Personne pour venir à son aide, por supuesto
Sous-pesant des tonnes de litres
Soubresauts d’efforts lui résonnant dans les muscles
« je vais la poser dans la soute »
Histoire de digérer ce foutu bouillon
Qu’il a pris, gratuitement, fortuitement
Soupe ulcérante, potion de turbulences
« le bout du foil qui est un peu abimé »
Il s’en va gaspiller du fuel, celui des airs ou de son sang
Mauvais, car pillés dans son capital méticuleusement construit
Dans ces eaux désertifiées, ceci est un problème certifié
Conscient, au beau milieu de rien, qu’on suit le cours qui s’offre
Et s’il veut bien, ou s’il veut du mal, selon le coffre aussi du marin
Moral sapé un jour où cela pourrait sentir le sapin
« ça peut s’arrêter vite » en à peine trois fois rien
Le tenant du trophée, bien sûr, n’a jamais trop fait le fier
Moins encore maintenant qu’il doit croiser le fer
Avec les alarmes d’une voile déchirée : à l’âme entamée
Pas question cela dit de s’en aller finir à la rame
Et quelques heures après, les nœuds se maintiennent
L’allure, déjà, et ceux pour sûr dans ce sac de cailloux
Dans la chaussure de son navire, réfractaire de la chaussette
Toutes les difficultés sont des chaussées à franchir
Dans la malchance ou sur le fil du rasoir il a pu
Récupérer l’objet, bien qu’il y ait une objection à l’avancée
L’orbe est à ce prix, d’un tour enchanteur ou d’absorption
De ce qu’il faut d’abjection aux pensées pour relancer
Remettre de quoi, en soi, pour réamorcer l’injection
Quand la soupe ou le bouillon, certains en ayant déjà bu leur soûl
Mis bien en retrait, mais en joie d’être un certain jour
Enfantin ou familial, mais en solitaire dans les confins
En fanfare : des clichés, toutes les cases du calendrier décochées
Décacheter quelques paquets, quand moins au ras des pâquerettes
« on va attaquer la déco » ce n’est pas l’an, pas l’heure mais « de Noël »
A claquer des mains ou de quelques chants, passant un vêtement
Feliz navidad, même si lui est bien loin du Horn encore
« Plus qu’à attendre… » la mer : l’eau et les brisants d’ici quelques jours
Pris à atteindre un peu de joie en dépaquetant de petits présents
Le plus ancien pas si grisonnant, lui, insiste sur « ceux qui n’ont pas eu… »
La moindre opportunité sur ces eaux, de se rapprocher de quelques unités ?
Ou « la chance des autres » décousant les métaphores maritimes
« La cause des enfants » quand l’aventure et sa dureté riment avec la vie
L’avidité du vide ou des mains pleines, de vent ou d’embrassades
Ces jours sont une passade dont ils se nourrissent, s’ils en manquaient
Quand d’autres bien pourvus s’en sont allé filer pour du record
La paire du devant, qui a passé le Cap sous des ors de conditions
Le Horn, sur lequel ils ont fait immixtion dans un plaisir palpable
« Trois jours, treize heures, neuf minutes et… »
Voici l’ondulation qu’ils suivent, des considérations temporelles
Pour les plus en retard, le temps n’est plus qu’une relativité
Bien qu’à les regarder partir devant, autant perler d’allure
Il y aurait de quoi se demander : mais quelle conspiration ?
Pour que les deux ouvrants souffrent en silence ou à l’effort
Mais couvrant la terre entière, par les mers les moins hospitalières :
Comme enlacés, veillés, couvés : les points brûlants finalement chaleureux
Les poings levés, devant la masse iconique
Cette zone se fera-t-elle massive et ironique pour les poursuivants ?
A l’aune du lendemain, le troisième prenant déjà six mètres…
Deux à débouler, et pour lui la houle plutôt furieuse
A se distancier les uns des autres, le plateau n’est pas le même
« toujours le bonheur de l’avoir franchie en tête » cette passe
Du bonheur, très chers, il faut s’affranchir et ne laisser en soi :
Que ce que le temps ne peut lisser ou enliser
Ce passage est une joie, une heure fiévreusement savourée
Comprenez que l’heureux n’est qu’une illusion
Eux l’ont compris, qu’une joie ça vous reste puisqu’elle précise
L’instinct, le décisif : incision véritable qu’ils conserveront
Bien qu’en ces heures-là le temps soit plus précieux encore
Fuyant l’instant qui leur mettra le holà, déréglant la métrique
Délirant sur des monts, les cicatrices des joies ils se les caresseront
Puisqu’en ces régions, même si l’accalmie les guette : ils vont, Amérique
Ils font de leurs îles des supports à leur désir, d’une gagne ultime
Ce « duo n’a sûrement pas été que sage » : à la hargne
« mais il aura tout de même bien mérité » de culminer ici
Alors que d’autres au même endroit, pourraient bientôt fulminer
« cette magistrale récompense » pour deux brutes qui arrosent
En milles effleurant parfois des vœux d’apothéose « à la hauteur de leur performance »
Perforant à la candeur ce lieu effarant, témoin « de la lutte »
qui les oppose
Jean-Marie Loison-Mochon