Vendée Globe 2024 | Lundi 9 décembre 2024

Quoiqu’à la démesure, on s’introduise

Les mers par ici sont à poser leurs collets

Rien ne dit qu’on tombera dedans, au hasard des passages

« C’est bien le bazar aujourd’hui » l’eau collectant ses protestations

Elle est « complètement démontée » : ne se fait pas complimenter

Lui doit « envoyer le 3e ris au portant » après un peu de procrastination

« encore deux ou trois heures avant de renvoyer un peu de grand-voile »

Quand le grand voile s’affiche immense déjà, dans l’horizon

Les mers par ici s’endimanchent tous les jours de la semaine

Quelques bottes dans la houle, quelques coups de semelles

Dans ce mélange d’extase et de prudence, harnachés donc

« un peu le carnage quand même dans le bateau »

Un peu l’apanage de cette course, de ce milieu

Le pain de ce jour, à partager ?

Avec « un paquet d’albatros qui suivent »

A voleter ou patauger dans le sillage de ce poursuivant

A voté : « il y a de belles couleurs quand même »

S’apercevant en soi que les images valent la douleur

Et qu’il « vaut mieux être à l’extérieur qu’à l’intérieur »

Autrement dit, ce n’est pas : j’intériorise et j’me r’plie

Autre marin ici « il pleut, il pleut »

Les lumières percent, le soleil ou cette mine ébouriffée

Les rayons font crinière, à ce lion qui fête par ses quenouilles

« j’ai un peu la gueule d’un mec qui est fatigué »

Il en rigole, l’impeccable étant avisé quand en société

Or là « on fait un peu le dos rond » pour ne pas saper l’engouement

« pour passer tranquillement » dans cette ronde antarctique

Se rappeler que cette nuit « on a eu un peu plus de 45 nœuds »

Alors se retaper les ressources amenuisées, par un café ou un encas

Tout repos pris, tout répit opéré fait office d’un au cas où

Dans ces combats d’endurance, ainsi s’évite le knock out

D’où ce temps sous cockpit à faire le point

A flairer les recoins du ciel, « le paquet de bateaux là »

Affairés comme lui à « cinq, six » à rester 5-5

Le navire synchronisé entre mer et ciel

On navigue, on désire rejoindre « on n’a pas perdu de terrain »

Nappage plus propice à certains qu’à d’autres

Ceux par exemple qu’il laisse dans ses reins

La mer promise tient ses serments, d’être intraitable

D’être un territoire inéquitable et qu’on ne pourra quitter, pour longtemps

Qui tartine d’onguents salins, qui parpine de petits pépins salés

On n’y est pas seul mais presque, on s’avertit des pêcheurs qui errent

S’évitant ainsi de se dépêcher trop de passer

Par ici les airs ne forment rien qui ait l’air d’une plaine

Des étendues inédites qui réforment les attendus

« J’espère des conditions plus humaines »

Or si l’élément est polymorphe, ce n’est peut-être pas sans but

Pourquoi la mer se lancerait-elle en de vaines imitations ?

La mer ici s’adonne à sa pleine et pure expression

Expulsant les arrivants ou rudoyant les arrivées

La madone immerge ou siffle sur ses arrivages

« beaucoup d’oiseaux aujourd’hui » peut-elle penser

Sur ses courtes berges mouvantes, lui « en profite un peu pour sortir »

Comme toujours, l’air est profitable à celui qui le prend

Les écarts se reprennent et « les cartes météorologiques » aussi

Au cirée on sort le nez voir ces plans en vrai

Qui « … racontent l’histoire mieux que quiconque »

Tout est gris autour, sauf les virages que les systèmes montrent

Tout écrit, mais tout à relire, comparer, contredire 

« comme si la mer s’était amusée à brouiller »

Sur des épis de surface « les pistes » qui s’effacent

Pour eux qui s’efforcent « dans une toile mouvante »

Avec les leurs propres, face à « des flèches désordonnées »

Façades dépressionnaires, fâcheries jamais tout à fait stationnaires

L’île au détour d’une carte, n’a rien d’anormal mais se prend

Hilo de Ariadna mis au milieu de ces mers qui éreintent

« une sorte de fil invisible relie » les petits reliefs qu’ils sont tous

Puisque dans un labyrinthe, l’extraordinaire n’est que ce qui ressort

Du commun, du classique : ce sort que lance le trop routinier

A en faire s’écarquiller les yeux si en face apparaît une présence

Comme pour elle « qui a enquillé près de 485 milles »

Quatre cent coups de vent et plus, pour ne pas perdre ce fil

On se sépare parfois, on se retrouve aussi 

Au trot ou au galop imposés des mers

Chacun « se prépare à plonger encore plus profondément »

Le point Némo, personne n’y est encore mais on inspire

Dans la seule étude du gros temps, ou la radio à ces latitudes

Qui sortent un instant de « la solitude du Grand Sud »

Quand bien même les rythmes soient banals, ou le fanal des rimes trop facile

La faim s’alimente de ce qu’elle trouve et à la fin de chaque jour on s’espère

Être de la troupe qui avance et dont les voiles ne se trouent pas

D’un s’il vous plaît au ciel, païen ou plein de foi

« Qui vous met une grosse claque » si la chance se dénoue

Si ce nous que forment navire et marin se défait : vous

N’errez plus que seul ou à demi, limitant les défaillances

La moindre toux est à prendre au sérieux, en ces lieux inhospitaliers

La nature ici, critique, s’est dotée d’encore moins de charité

« Anticiper n’est pas seulement un atout stratégique »

En toute souplesse, sur ces chars ailés de vent

Dans les dunes qui sont légion, les stimuli les plus dérangeants

« dans l’une des régions les plus hostiles de la planète »

Ces marins aux dents longues n’auront pas trop !

D’une longueur d’avance sur tout mauvais sort

Sans lui on guette « des milles précieux … »

Tant d’illusions parfois, pour être pris quand même

Dans le prisme narquois des cieux, puisque le Sud est le Sud

Et « qu’une prise de risque mal calculée peut coûter cher »

Entre les dents, le couteau rassérène mais n’est qu’un mantra

La mer travaille ses rengaines, mientras tanto

Tandis que le marin trace ses rêves, gangréné ou libre, en el viento

Jean-Marie Loison-Mochon

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