Vendée Globe 2024 | Jeudi 5 décembre 2024

Et puis chacun ses agissements, ses errances, ses…

Doit-on dire erreur ? le temps -le gros- seul le dira

« Car la dépression est bien là » : carto écarlate

Et quand ça tabasse, quel bateau préférer ?

L’architecture en est sa base : on s’essaie à plus balèze

Tandis que l’air bat « s’enroulant » comme lui ne s’en voulant pas trop

« je me suis un peu endormi avant le lever du jour »  

A battre des yeux sous paupières, laissant le volant livré à lui-même

« le front m’est passé dessus » son visage s’est ranimé

« je me suis retrouvé à l’abattée » l’heure du songe dépassée

Il l’envisagerait presque d’un sourire, le racontant

Au large et seul et Sud, couché ? content

La gravité ? cette chose si relative

« alors que je dormais paisiblement »

Sans ecchymose et l’humeur pas rétive à s’en moquer

Quand pour deux devant, le paisible se… dément

Sur une mer autrement plus fraîche et démontée

Lui la décrivait « plutôt rangée » à peine avant

Eux ne sont en peine ni d’air ni d’eau

En panne de rien pour l’heure, mais au cœur de la forme vorace

Et « en une botte de paille violacée » un feu ne ferait pas de mal

En sont-ils désolés, ou était-ce une anticipation ?

De se trouver là, deux petits ventricules aux voiles battantes

A peine au Nord des « îles de la désolation »

Entre ce qui était calculé, et ce qui s’articule…

Les Kerguelen ils les saluent de loin, poursuivis par la dépression

Plus haut on s’est distancié ; plus que fait distancer ?

Des hallucinations venteuses auxquelles exposent les tempêtes

Qu’en diront ces conteurs après la sortie ?

Témoins de ces indicateurs aux chiffres explosant

Âpre est le sordide, pourraient susurrer les compteurs

A ces puissances, le vent saurait se faire tranchant

Quoique, peut-être immatériel contondant

A ces puits sans fin qui viennent épuiser le marin

Qu’ont tendance à rechercher les humains

A peine des sortes d’îles, on ne lésine pas

C’est que dans le bouillon ils ne voudront pas s’attendre

« S’y éterniser » dans des hymnes Sud ressassant un même thème

Soit l’antithèse du tendre, d’où gronde l’hémisphère

On désire, on a beau espérer, ne pas s’attirer l’anathème

Leur baptême d’une première grosse dep’ se déplace vers eux

Vers l’Est ils vont « rester aussi longtemps que possible »

En des passages rapides, sans détour de passe-passe

Devant ! « le plus gros des problèmes »

La musique émerge un peu différente en retrait

On se sert des hauteurs prises, aux latitudes

Quatre ici, qui « naviguent de concert »

L’abri du marin est sur un fil, une crête

A briguer l’air mais se défaire des surplus trop concrets

Soit l’abime caressé d’une main, entre surplace et castagne

Qu’à cela ne tienne : ils y sont, ne pouvant qu’abonder en ce sens

Au moment où cet autre abandonne

Eprouvant sa seconde vraie galère : seconde et pas deuxième

En ces minutes « victime d’une sérieuse avarie »

On s’évite l’épouvante d’une casse dans des mers hostiles

Mais de frustration, la voix sérieusement rayée pour sûr

Les marges, aussi littéraires ou littérales qu’elles soient…

On ne les déjoue parfois pas, puis elles déçoivent

Abandonner c’est rester maître, à l’ombre de l’ambition initiale

Un peu de dégout qui « devrait mettre 36 heures pour rallier »

L’à-côté de la course, la côte y est africaine

38 alors, à rester assoiffés de s’allier aux éléments

Que le vent se fasse saillant dans les voiles, sauves des violences

L’encens à laisser fumer, processions en pensées

On se fait sûrement de petites cérémonies « dans l’instant »

« Lancés à la poursuite du soleil » la peur en soute et le courage au poing

En garde ou « sur le qui-vive en permanence » pour s’éviter l’acrimonie

De l’Indien mis dans tous ses états, qu’il ne se serve pas d’eux

Pour battre monnaie ou s’arroger leurs trésors

De mouvement ou des heures de construction fiévreuses

L’océan sans foi ni loi, certains en montrerait presque contrition

« j’étais jamais sorti de mon jardin » de jolies dunes herbeuses ?

« la houle est raide, ça déferle » : ça défait les certitudes

Tel est le défi qu’ils s’en vont tous chercher de Nord en Sud

En suées, puis soulagés ? aux prises avec des genres d’anges

« Le ciel est rempli de nuages noirs » c’est un élan nouveau

« c’est un mélange à la fois magnifique » : engageant

« et à la fois hyper angoissant » puisqu’aucun n’y est allé en pavoisant

Plus rien n’est pavé, tout est à vivre : découverte

On y va au talent, à la lancée, à la peur les voisinant

On n’a pas la prétention de se faire impavide

On empale des vagues, l’instinct se faisant la meilleure des prédictions

On a le son, l’image : eux les sensations, du vent les râles

« Voilà pour la leçon inaugurale » ce qu’on apprécie

Ces parfums de dépressions, d’un cap passé, repassé

Ils sont les passants mais la mer n’y va pas « d’une main fastueuse »

On boit de l’air neuf, char lancé « dans son œil » de furieuse

Living the dream ? dansant de hourras dans cet infiniment plus grand

« Ciel livide où germe l’ouragan » qui les cueille tous, au détour

D’une terre-continent, d’une île ou deux qu’on dit Kerguelen

La nature souffle à les en perdre, créature d’une « fugitive beauté »

Mais jamais à en perdre haleine, à l’heure où l’on fait ses choix :

Succès ou ratures, s’exposant aux plus punitives déconfitures

Or si l’on ne les vit pas : les rêves, qu’en fait-on ?

Alors elle sévit à les en perdre, chargée d’électriques armatures

D’un cil elle crève les cieux, d’un seul ce jour elle achève l’envie

« Voilà qu’une main géante a décidé » de prélever à l’usure

Laissant béante l’ambition « sur un élément mécanique du gréement »

Même expérimentés, l’habitude n’est qu’un mécanisme d’illusion

Tressant de l’invisible bout de ses doigts, la bête a l’art de cette dextérité-là

                                                                            de la mer : qui broie

Jean-Marie Loison-Mochon

S’abonner
Notification pour
0 Commentaires
Commentaires en ligne
Afficher tous les commentaires