Une flamme à la bougie

Maintenir encore, encore un peu

Maintenir encore, ce précaire équilibre

Sans durer mais endurant

La main tendue vers soi, et faire l’effort

D’endurer, tenir une fois ou cent, avec ou sans foi

Maintenant et encore un peu, maintenir

Comme le précaire équilibre du feu, dansant dans l’air

Dans cent vies d’hommes, combien d’austères ?

Combien de délétères oublis, à faire peu de cas de soi ?

Plutôt que d’en faire feu de tout bois

Comme le précaire équilibre du feu, dansant dans l’air

Dont il plut aux flammes de s’essayer

Dans l’air à respirer plus haut, sans s’effrayer

Dans des hauteurs de vide, se frayer

S’affairer dans cette heure et celles qu’il faudra

Endurer l’idée que même seule elle n’est pas folle

De s’essayer à voler, d’idéaliser le vide

Car du vide on peut faire de nouveaux foyers

Quitte à essuyer l’échec et ne rien saisir

Mais s’affairer à s’envoler, à rudoyer le vide

Précaire équilibre d’une flamme endurant le rien

Eclairée par la seule idée de brûler pour brûler

Car il se pourrait qu’un livre, dans le noir

A la flamme qui claironne et siffle et crépite, dans l’obscurité

Qu’un livre s’ouvre à l’idée de brûler pour brûler

Car en durant, le rien solidifie

Mais endurante et aérienne, du sol ici à plus haut

-S’il plut au livre d’écouter- la flamme bohémienne

Dans l’obscure idée du vide, il se pourrait qu’elle tienne

La main tendue d’un allié, ayant maintenu l’espoir

Main tendue, d’encre ayant violé la blancheur

D’entre les malheurs du vide, une envolée noire

Dans du vide et de l’obscur qui n’invitent qu’à durer

Dans cet antre à l’horreur trop quotidienne

Des lignes dansantes s’entrelacent, enivrées

Car il est enivrant de s’essayer à brûler pour brûler

Car on ne brûle jamais que pour brûler

En ivresse une flamme, toujours, pourra trouver à s’allier

Une race alliée qu’on dit rêve ou imaginaire

Condiment rêvé pour la flamme ayant enduré

Qu’on demande alors à cette flamme de crever le vide

Et comme en dînant de folie, le noir et le feu s’allient

Commanditée par un livre et une flamme face au lit

Une ivresse nouvelle irradie, faisant au livide une marque

Unis, vraisemblablement, à brûler pour brûler

Une flèche hululée par le feu, du bout d’un arc

Et la flamme peut siffler, comme un crépuscule aux yeux

Et le vide murmure à l’obscur, que tout se propage

Qu’il est fini, leur âge emmurant cette chambre

Car un chant nouveau, bredouillé d’abord

Déverrouillé après, s’enclenche au doux vent du sommeil

Dans le carquois du dormeur, l’idée veillait

Maintenir encore mais jusqu’à quand ?

Maintenir encore, ce précaire équilibre

Jusqu’à ce que l’idée prenne corps

Comme la flamme dans l’air à ce livre

Dans l’âme du dormeur, à brûler pour brûler

Par la flamme danseuse, aux dormeurs ou dormeuses

Homme ou femme, qui dans cette chambre à ferveur

Qui dansent du corps ou du rêve, en braises endurantes

Qui dansent encore un peu, le précaire équilibre

Encore imitant l’hypnotique du feu

Du corps on émet tant, du rêve on aimante tant

Du corps on reçoit tant, du rêve on noircit tendrement

Le corps et le rêve à désir, habitant une flamme

Où gisent les peurs, ils dansent un précaire équilibre

Comme une flamme à la bougie, grisée de croiser le noir

Qu’il soit homme ou femme, encre ou nuit

Elle s’en enduit et hypnotique danse près du lit

Dans cette chambre magmatique

Dont les laves se lovent l’une contre l’autre

Qui sous la louve s’envolent, à la rencontre de la lune

Car la nuit est un foyer nouveau, à la vrille qui veut flamboyer

Homme et femme font corps, dans un sommeil qui délivre

Et la flamme fait comme un feu du désir et du rêve

Feu comme on en fait sous ivresse, le sang frénétique

Folie pleine de justesse, pleinement prête à se propager

Par la flamme et le papier, dans cette chambre magmatique

Dans le réveil des ensommeillés, le noir se propage

Dans l’éveil émerveillé d’un homme, d’une femme, d’une flamme

Foyer d’une nouvelle âme, enragée de brûler

 

Jean-Marie Loison-Mochon

Crépuscule d’un cycle

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