“Nada es para siempre”
Rien n’est pour toujours
Et pourtant toujours, chaque jour
On n’a rien en tête que de durer
Dans ce temps aux portes qui claquent douloureusement
On n’est rien, et on nous demande de durer
Alors on s’entête à accepter cette idée, ce leurre
Oui, ce n’est qu’un ordre déluré
Qu’on s’entête, consentant parfois, à jurer
Ce n’est qu’un ordonnancement calculé
Auquel si l’on tient tête, en actes ou paroles
Auquel on nous renvoie comme une morale à assimiler
Et pourtant rien n’est pour toujours
Mais l’on vous veut là dans l’ordre, contrôlés
Là dans le rang on te vouvoie, en simulé
Car on soumet mieux par simagrées que par violence
Et c’est là qu’on nous viole en silence, nous, croyant avoir agréé
Rien n’est pour toujours, sauf cette violence
A tous nos jours on veut nous l’instiller : durez
En amour ou en sédentarité, en œuvre ou en métier
L’âme lourde bien alitée, hors-d’œuvre à ces sots métiers
Soumettez-vous au fait de durer
Au fait même fou de demeurer
Sous la terre mettons-nous un peu déjà
Car la seule demeure est là, quand on veut durer
D’amour hélas il faudrait aussi
Y délasser l’ivresse et le désir
Et de ces îles faire un enfer
Comme un immatériel saisi, par ce seul fait :
Il faut durer, au sol mais pas seul, au ciel mais pas trop
Me passe là l’idée comme une corde :
Seul ou non, rien n’est pour toujours
Mais l’on nous encorde à l’idée que si
Qu’il faut dire encore et resigner
C’est-à-dire d’âme et de corps, se résigner
A ne pas pouvoir étreindre mais devoir s’éteindre
A ne pas pouvoir créer ou cultiver mais devoir œuvrer
Comme s’il n’y avait pas deux voies mais qu’une : devoir
Demeurer pour voir, procréer, voyager pour voir : devoir
Donner sa vie à cette idée, comme un pourboire
Et si pour voir on acceptait ?
Que rien n’est pour toujours
On regarderait alors les jours passés
Avec envie ou regret mais toujours autrement
Plutôt que se vautrer dans le mensonge qu’est durer
On sauterait dans de grands changements, sans durer
Mais c’est un message que même en songe, on interdit
Car on ferait sauter les sages voies, nées de durer
S’il n’est de durée que la vie, pourquoi se résigner ?
A ne pas s’affairer en ivresse et désir, ces voies qui rayent durer
Car à l’oreille de trop d’humains, ces voix diraient liberté
A certains cela serait bien effrayant
A d’autres merveilleux et attrayant
A un rien pour tous, d’éveiller le feu noir et saisissant
Brûlant le devoir de durer, susurré par le Jour
Brulant des doux mots disant, comme murmurés
Que rien n’est pour toujours
Jean-Marie Loison-Mochon
Crépuscule d’un cycle