Un rêve ou une idée
Dans les premiers jours de juin
Je peux te le raconter, j’errais, à compter sur une île
Je venais et revenais, j’y reviens encore
Ce feu à conter, je ne sais plus bien s’il était…
S’il était rêve ou idée, mais au fond quelle différence ?
C’est de là d’où tu viens, d’où tu me reviens
Je venais et revenais, cherchant le lien entre terre et ciel
Sur l’horizon sur l’océan, on appelle ça une île
Encore depuis, je suis revenu, aux séances du soir
Quand le crépuscule appelle, cherchant une île
A la côte à la nuit, j’étais inconséquence
Dans la bascule j’ai eu beau chercher l’île dans les distances
Je n’ai vu que cette pellicule ensorcelante
Là-bas culminant entre le jour et la nuit, ensorcelante
L’érosion des rayons dans des légions de rose
A l’heure où la légèreté me commence, me commençait
Comme en ces moments pour toi, bonhomme
Pour toi dont les instants ont souvent un goût d’inconséquence
Te voilà dans ce corps d’homme maintenant
Tel était le rêve ou l’idée en ce début d’été
Que soudain je ne sais quel cordon nous relie
Et qu’un jour tu rallies mon corps avec ton esprit
Quand ce que je t’écris ici n’est qu’une relique
De mon esprit dans ce corps qui est tien, qui me lit
Ne panique pas, l’inconséquence t’est trouvable encore
Ce que tu avais d’enfance, tu peux l’étreindre
C’est un concert de sensations, d’échos, de sens et trouvailles
C’est comme à moi sur la côte en juin, une recherche
C’est à toi d’apprendre les chemins de l’ivresse
Et tu n’as qu’à prendre pour cela, les heures tardives
Dans ces au-delà ton corps a l’énergie : à la nuit
Dirige-toi au crépuscule, à la rive de la nuit
Ton corps t’en parlera mieux que ces mots
Je peux t’en dire cependant, ce qui m’était précieux
Dans les premiers jours de juin, je tendais les yeux
Je me demandais « mais où est-elle cette île ? »
Je la cherchais dans les feux roses, rêve ou idée qui s’incendiait
Je la chéris encore de n’être pas apparue
Car à part une pellicule de pourpre, je n’ai rien vu
J’ai couru après la nuit, l’ai poursuivie
Comme un rêve ou une idée
Une île est un regard, qui s’est évertué
Et vers toi ces mots dérivent
Si tu cherches en toi ce qu’était la légèreté
Rends-toi au quai de n’importe quel horizon
Et invoque par l’effort, par les feux du crépuscule
Par les formes de ces femmes, esprits que je connais
Invoque ainsi la trame de ce chemin, qu’est l’ivresse
Au crépuscule ou à la nuit, tu sauras me comprendre
Il te faudra te prendre à bras le corps
Car ce feu-là, rose ou pourpre ou violet
Il ne se forme qu’à partir d’un certain seuil
Pour préparer le rêve ou l’idée, où tu oserais apparaître
Où ce corps pourrait t’accueillir
Je n’ai écrit que ces mots, semés comme un pressentiment
Tu m’es toujours resté présence, et maintenant je suis absence
Tu n’as qu’à jouer ta chance maintenant
Non, je ne savais pas que ce jour viendrait
Je ne suis pas devin, je n’ai pas la saveur du futur
Je te savais là comme un rêve ou une idée
Comme une île invisible, à la commissure de l’horizon
Or maintenant avec mon peu de mots, ces sciures d’encre
Il te faut prendre un temps au moins, le relais
Comme un ciel relié à l’océan, au crépuscule
L’essentiel, bonhomme, est je crois que tu prennes le chemin
A la côte ou ailleurs, de ce que l’ivresse peut te dire
De ce pas vas t’enduire, de ce qui délivre ton corps
Il te faut devenir une île
Jean-Marie Loison-Mochon
Crépuscule d’un cycle