Un rêve ou une idée - Crépuscule d'un cycle - Jean-Marie Loison-Mochon

Un rêve ou une idée

Dans les premiers jours de juin

Je peux te le raconter, j’errais, à compter sur une île

Je venais et revenais, j’y reviens encore

Ce feu à conter, je ne sais plus bien s’il était…

S’il était rêve ou idée, mais au fond quelle différence ?

C’est de là d’où tu viens, d’où tu me reviens

Je venais et revenais, cherchant le lien entre terre et ciel

Sur l’horizon sur l’océan, on appelle ça une île

Encore depuis, je suis revenu, aux séances du soir

Quand le crépuscule appelle, cherchant une île

A la côte à la nuit, j’étais inconséquence

Dans la bascule j’ai eu beau chercher l’île dans les distances

Je n’ai vu que cette pellicule ensorcelante

Là-bas culminant entre le jour et la nuit, ensorcelante

L’érosion des rayons dans des légions de rose

A l’heure où la légèreté me commence, me commençait

Comme en ces moments pour toi, bonhomme

Pour toi dont les instants ont souvent un goût d’inconséquence

Te voilà dans ce corps d’homme maintenant

Tel était le rêve ou l’idée en ce début d’été

Que soudain je ne sais quel cordon nous relie

Et qu’un jour tu rallies mon corps avec ton esprit

Quand ce que je t’écris ici n’est qu’une relique

De mon esprit dans ce corps qui est tien, qui me lit

Ne panique pas, l’inconséquence t’est trouvable encore

Ce que tu avais d’enfance, tu peux l’étreindre

C’est un concert de sensations, d’échos, de sens et trouvailles

C’est comme à moi sur la côte en juin, une recherche

C’est à toi d’apprendre les chemins de l’ivresse

Et tu n’as qu’à prendre pour cela, les heures tardives

Dans ces au-delà ton corps a l’énergie : à la nuit

Dirige-toi au crépuscule, à la rive de la nuit

Ton corps t’en parlera mieux que ces mots

Je peux t’en dire cependant, ce qui m’était précieux

Dans les premiers jours de juin, je tendais les yeux

Je me demandais « mais où est-elle cette île ? »

Je la cherchais dans les feux roses, rêve ou idée qui s’incendiait

Je la chéris encore de n’être pas apparue

Car à part une pellicule de pourpre, je n’ai rien vu

J’ai couru après la nuit, l’ai poursuivie

Comme un rêve ou une idée

Une île est un regard, qui s’est évertué

Et vers toi ces mots dérivent

Si tu cherches en toi ce qu’était la légèreté

Rends-toi au quai de n’importe quel horizon

Et invoque par l’effort, par les feux du crépuscule

Par les formes de ces femmes, esprits que je connais

Invoque ainsi la trame de ce chemin, qu’est l’ivresse

Au crépuscule ou à la nuit, tu sauras me comprendre

Il te faudra te prendre à bras le corps

Car ce feu-là, rose ou pourpre ou violet

Il ne se forme qu’à partir d’un certain seuil

Pour préparer le rêve ou l’idée, où tu oserais apparaître

Où ce corps pourrait t’accueillir

Je n’ai écrit que ces mots, semés comme un pressentiment

Tu m’es toujours resté présence, et maintenant je suis absence

Tu n’as qu’à jouer ta chance maintenant

Non, je ne savais pas que ce jour viendrait

Je ne suis pas devin, je n’ai pas la saveur du futur

Je te savais là comme un rêve ou une idée

Comme une île invisible, à la commissure de l’horizon

Or maintenant avec mon peu de mots, ces sciures d’encre

Il te faut prendre un temps au moins, le relais

Comme un ciel relié à l’océan, au crépuscule

L’essentiel, bonhomme, est je crois que tu prennes le chemin

A la côte ou ailleurs, de ce que l’ivresse peut te dire

De ce pas vas t’enduire, de ce qui délivre ton corps

Il te faut devenir une île

 

Jean-Marie Loison-Mochon

Crépuscule d’un cycle

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