Des alliées
Boucler un jour t’est comme circoncire un feu
Je le sais je t’ai vécu, car nous sommes de la même cire
Sur mon terrain d’homme tu es
J’y ai cuvé plus de jours, éreinté plus de feu
De soupirs, quintes et sourires : des plis précieux
Je te les envoie, déplie-les, enveloppe t’en
Sans voix je te parle, déploies-en les mots
Des toiles du temps je ne peux tout te raconter
Ainsi nourris-toi des perles de sourires qui t’environnent
Le plus précieux de toi, moi, est dans ces mots, drapeaux et reines
Les plis des cieux, d’étoiles et mois qui ronronnent
Dans ces sourires qui t’environnent, sache nos consciences sereines
Les bris d’essieux s’y dévoilent, fertiles en futurs
Vois-les alliées, leurs sourires se déplieront
La tendresse et l’affection ne peuvent se cacher
Bois-les à l’aveugle, leurs paroles qui te veilleront
A la veulerie du jour, ouvre la volière des nuits
Il faut que tu conquières l’ivresse
Ce corps est plus d’un tiers de toi, tu te dois de l’explorer
Hier converge ici, dans la tendresse du soir
Ecoute les altesses du crépuscule, leurs histoires
Comme un verger, leur histoire est ton histoire
Toi-même en fruit de la nuit, minuscule parmi d’autres
Sur le grand rideau du ciel, hisse-toi au promontoire
Prends ton temps, pour voir la majuscule lunaire
C’est un soir, une nuit que je t’y ai vu, comme prémonitoire
Je t’ai vu reparaître et prendre les rênes de l’histoire
A la vérité je n’y croyais pas, te voir paraître
Mais si ta vue lit nos mots, c’est que l’eau du temps nous a reliés
Je ne sais pour combien de temps, alors compte sur nos alliées
Celles qui te souriront, compte bien sur elles
Je leur ai parlé de ce rêve, comme une contrée
Mais tu sais comme sont les rêves, combien de fatigues rencontrées
Passe en revue quelques pages s’il le faut
Sois sage mais surtout pas trop, elles t’en défendront
De ton passage dans mon corps, que feras-tu naître ?
J’aimerais t’être un spectre et voyager en silence
Enlacer tes étonnements et désorientations
Embrasser des yeux cette étrange idée, tranche de rêve
Que tu es, bonhomme
Toi à qui j’écris comme à une prémonition
Jean-Marie Loison-Mochon
Crépuscule d’un cycle