Des alliées - Crépuscule d'un cycle - Jean-Marie Loison-Mochon

Des alliées

Boucler un jour t’est comme circoncire un feu

Je le sais je t’ai vécu, car nous sommes de la même cire

Sur mon terrain d’homme tu es

J’y ai cuvé plus de jours, éreinté plus de feu

De soupirs, quintes et sourires : des plis précieux

Je te les envoie, déplie-les, enveloppe t’en

Sans voix je te parle, déploies-en les mots

Des toiles du temps je ne peux tout te raconter

Ainsi nourris-toi des perles de sourires qui t’environnent

Le plus précieux de toi, moi, est dans ces mots, drapeaux et reines

Les plis des cieux, d’étoiles et mois qui ronronnent

Dans ces sourires qui t’environnent, sache nos consciences sereines

Les bris d’essieux s’y dévoilent, fertiles en futurs

Vois-les alliées, leurs sourires se déplieront

La tendresse et l’affection ne peuvent se cacher

Bois-les à l’aveugle, leurs paroles qui te veilleront

A la veulerie du jour, ouvre la volière des nuits

Il faut que tu conquières l’ivresse

Ce corps est plus d’un tiers de toi, tu te dois de l’explorer

Hier converge ici, dans la tendresse du soir

Ecoute les altesses du crépuscule, leurs histoires

Comme un verger, leur histoire est ton histoire

Toi-même en fruit de la nuit, minuscule parmi d’autres

Sur le grand rideau du ciel, hisse-toi au promontoire

Prends ton temps, pour voir la majuscule lunaire

C’est un soir, une nuit que je t’y ai vu, comme prémonitoire

Je t’ai vu reparaître et prendre les rênes de l’histoire

A la vérité je n’y croyais pas, te voir paraître

Mais si ta vue lit nos mots, c’est que l’eau du temps nous a reliés

Je ne sais pour combien de temps, alors compte sur nos alliées

Celles qui te souriront, compte bien sur elles

Je leur ai parlé de ce rêve, comme une contrée

Mais tu sais comme sont les rêves, combien de fatigues rencontrées

Passe en revue quelques pages s’il le faut

Sois sage mais surtout pas trop, elles t’en défendront

De ton passage dans mon corps, que feras-tu naître ?

J’aimerais t’être un spectre et voyager en silence

Enlacer tes étonnements et désorientations

Embrasser des yeux cette étrange idée, tranche de rêve

Que tu es, bonhomme

Toi à qui j’écris comme à une prémonition

 

Jean-Marie Loison-Mochon

Crépuscule d’un cycle

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