Acuité, vacuité - Crépuscule d'un cycle - Jean-Marie Loison-Mochon

Acuité, vacuité

Connais-tu les crises de vacuité ?

A ton âge je ne sais plus si elles étaient

A mon âge tu les connaîtras, hiver ou été

Enfin ! Tu naissais plus tôt, dans ce corps

Tu le reconnais à peine que déjà je te parle

De sa connaissance qui perle, d’acuité à vacuité

Tu te reconnais dans ce corps, mais l’esprit plus pur

Permets-moi de te susurrer, bonhomme

Que l’ivresse vaut le prix de toutes les baisses

Oui je sais, que c’est ton premier jour en tant qu’homme

Mais je dois te dire de ces prédatrices

Car si elles sont cimentées à ce corps, tu les connaîtras

Ne les déduis pas révélatrices, ces crises

Ne t’enduis pour cela que de l’ivresse, ces temps des cerises

Car l’ivresse est révélatrice, comme la nuit

A ton âge tu l’as perçu déjà, je le sais

Tu n’en as pas percé le secret, mais moi non plus

Mais tu sais que la nuit noie le goût de mort du jour

Du moins moi je peux te dire ce que j’en sais

C’est-à-dire que la nuit a le goût de mort aussi

Mais mêlé des fruits du sens et de l’amour

Et pour revenir aux vacuités, ce que j’en sais

C’est que la nuit t’est miroir, quand le jour, déformant

La nuit te rend téméraire, le jour, funéraire

Le nuit te, me, nous rend ivres d’une joie lunaire

Quand ces crises soudain asphyxient

Oui comme une allitération qui s’immisce ici dans tes émotions

Comme une décoction de lourdeur, sans élixir

Ou alors si, mais il te faut apprendre les ivresses

N’entends pas que prendre un verre ici

Il faut te prendre à bras le corps, et digresser

Comme sous l’effet d’une seringue invisible

Et crois-moi, du tendre, à la nuit, à l’effort, à l’écrit, à l’idée

L’effet en est dingue, comme si ces lunes te nourrissaient

Je sais, je sais, que tu n’es encore qu’un nourrisson

D’accord mais je sème en toi, pour que tu sois à l’unisson

Je veux voir comment tu useras de ce corps

La vacuité m’use alors elle t’usera

Mais tu seras aussi pris d’ivresse et d’acuité

Et puisque je ne maîtrise plus, irise-toi, irise t’en

Le temps est un cycle de crises

Le temps est ainsi mais tu peux étinceler dedans

Comme un crépuscule qui te danse la nuit en avance

 

Jean-Marie Loison-Mochon

Crépuscule d’un cycle

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