Acuité, vacuité
Connais-tu les crises de vacuité ?
A ton âge je ne sais plus si elles étaient
A mon âge tu les connaîtras, hiver ou été
Enfin ! Tu naissais plus tôt, dans ce corps
Tu le reconnais à peine que déjà je te parle
De sa connaissance qui perle, d’acuité à vacuité
Tu te reconnais dans ce corps, mais l’esprit plus pur
Permets-moi de te susurrer, bonhomme
Que l’ivresse vaut le prix de toutes les baisses
Oui je sais, que c’est ton premier jour en tant qu’homme
Mais je dois te dire de ces prédatrices
Car si elles sont cimentées à ce corps, tu les connaîtras
Ne les déduis pas révélatrices, ces crises
Ne t’enduis pour cela que de l’ivresse, ces temps des cerises
Car l’ivresse est révélatrice, comme la nuit
A ton âge tu l’as perçu déjà, je le sais
Tu n’en as pas percé le secret, mais moi non plus
Mais tu sais que la nuit noie le goût de mort du jour
Du moins moi je peux te dire ce que j’en sais
C’est-à-dire que la nuit a le goût de mort aussi
Mais mêlé des fruits du sens et de l’amour
Et pour revenir aux vacuités, ce que j’en sais
C’est que la nuit t’est miroir, quand le jour, déformant
La nuit te rend téméraire, le jour, funéraire
Le nuit te, me, nous rend ivres d’une joie lunaire
Quand ces crises soudain asphyxient
Oui comme une allitération qui s’immisce ici dans tes émotions
Comme une décoction de lourdeur, sans élixir
Ou alors si, mais il te faut apprendre les ivresses
N’entends pas que prendre un verre ici
Il faut te prendre à bras le corps, et digresser
Comme sous l’effet d’une seringue invisible
Et crois-moi, du tendre, à la nuit, à l’effort, à l’écrit, à l’idée
L’effet en est dingue, comme si ces lunes te nourrissaient
Je sais, je sais, que tu n’es encore qu’un nourrisson
D’accord mais je sème en toi, pour que tu sois à l’unisson
Je veux voir comment tu useras de ce corps
La vacuité m’use alors elle t’usera
Mais tu seras aussi pris d’ivresse et d’acuité
Et puisque je ne maîtrise plus, irise-toi, irise t’en
Le temps est un cycle de crises
Le temps est ainsi mais tu peux étinceler dedans
Comme un crépuscule qui te danse la nuit en avance
Jean-Marie Loison-Mochon
Crépuscule d’un cycle