Jour sans crépuscule
La baie braque ses nuages
Des anges dégainent, des claques de pluie
La baie des anges à l’aber Wrac’h
Le jour s’égrène, on en serait déjà loin dedans
Là dans les abords de l’anse
Les plages y sont sabordées de gris
Des saloperies de dégradés, diront certains
Moi je n’en dirai rien car il y a des ports pires
Il y a pire oui, que ces pluies graduelles
Pirouettes de ciel que les endimanchés fuient
Et moi je n’y suis que le sentier, rempli comme une écuelle
J’en ai les cuisses froides et le sang tiède
Mes pensées bruissent, elles et mon corps s’entraident
A la baie des anges, à l’appel des nuages, entrain
En traits de foulées, je traduis des mots opaques
En petits pas coulés, je m’enduis des flaques
Je déroule et les nuages dégainent, des ecchymoses opaques
Mon ADN s’incendie, de ces eaux zébrées de veines
Et dans l’avenir je vais comme un chromosome de pluie
Comme un petit atome de plus, d’hydrogène qui va sans dire
Dans l’avenir, dilué dans les eaux, douces ou salines
Et mes os s’allient, à l’idée d’un devenir sans vitrine :
L’opacité, qui élude à l’horizon sous bruine
Moi-même opacifié, comme au prélude d’un tout
Je n’attends rien, je nage en plein feu
Je n’ajoute qu’un pas de plus au précédent
Et ce faisant je presse en moi les braises du désir
Est-ce en faisant des tresses de pas que l’on avance ?
Le désir de la distance, de pensées qui se distendent
Elles se distancient de mon corps, sur ce sentier
Car sous les lourdeurs insensées de l’eau, parle une femme
Sous élan je perçois au loin devant, non par la vue
Mais l’odeur élancée d’un parfum, d’une silhouette
Pirouette décelée sous la pluie, en rodeur de sentier
Mais c’est bien son parfum qui rode, au détour d’un virage
Ce n’est rien mais mon sang tiède fait cent pas
Et ce parfum ne redescend pas
Il y est doux et je ne perçois que sur le fil, d’où il vient
De cette fille qui se retourne et me sourit
Je ne lui retourne qu’un visage de pluie
Mais des yeux j’entoure son sourire
Et des yeux lui en retourne un, si elle sait lire
Il y en a qui excellent en tout
Moi ce n’est qu’à déceler de petits rien
Comme sous la pluie qui s’amoncelle à ma peau
A défaut d’un crépuscule que le gris morcelle
Je fais des feux de mes pas et marche sur l’eau
Je m’arrache aux flaques ensorcelant le sentier
Et dans le soir qui s’élance je m’en vais
Façonner en encre et pensées, cet élixir
Face à la nuit qui vient, son satellite délicieux
Façonner un élixir au jour, privé de crépuscule
Fait de ces yeux qui un instant se sont rivés
Je fais de ces feux un liquide, une ivresse
Un crépuscule hybride et instinctif
Au jour ce qu’est la pluie, au gris un dérivatif
Jean-Marie Loison-Mochon
Crépuscule d’un cycle