Jour sans crépuscule - Crépuscule d'un cycle - Jean-Marie Loison-Mochon

Jour sans crépuscule

La baie braque ses nuages

Des anges dégainent, des claques de pluie

La baie des anges à l’aber Wrac’h

Le jour s’égrène, on en serait déjà loin dedans

Là dans les abords de l’anse

Les plages y sont sabordées de gris

Des saloperies de dégradés, diront certains

Moi je n’en dirai rien car il y a des ports pires

Il y a pire oui, que ces pluies graduelles

Pirouettes de ciel que les endimanchés fuient

Et moi je n’y suis que le sentier, rempli comme une écuelle

J’en ai les cuisses froides et le sang tiède

Mes pensées bruissent, elles et mon corps s’entraident

A la baie des anges, à l’appel des nuages, entrain

En traits de foulées, je traduis des mots opaques

En petits pas coulés, je m’enduis des flaques

Je déroule et les nuages dégainent, des ecchymoses opaques

Mon ADN s’incendie, de ces eaux zébrées de veines

Et dans l’avenir je vais comme un chromosome de pluie

Comme un petit atome de plus, d’hydrogène qui va sans dire

Dans l’avenir, dilué dans les eaux, douces ou salines

Et mes os s’allient, à l’idée d’un devenir sans vitrine :

L’opacité, qui élude à l’horizon sous bruine

Moi-même opacifié, comme au prélude d’un tout

Je n’attends rien, je nage en plein feu

Je n’ajoute qu’un pas de plus au précédent

Et ce faisant je presse en moi les braises du désir

Est-ce en faisant des tresses de pas que l’on avance ?

Le désir de la distance, de pensées qui se distendent

Elles se distancient de mon corps, sur ce sentier

Car sous les lourdeurs insensées de l’eau, parle une femme

Sous élan je perçois au loin devant, non par la vue

Mais l’odeur élancée d’un parfum, d’une silhouette

Pirouette décelée sous la pluie, en rodeur de sentier

Mais c’est bien son parfum qui rode, au détour d’un virage

Ce n’est rien mais mon sang tiède fait cent pas

Et ce parfum ne redescend pas

Il y est doux et je ne perçois que sur le fil, d’où il vient

De cette fille qui se retourne et me sourit

Je ne lui retourne qu’un visage de pluie

Mais des yeux j’entoure son sourire

Et des yeux lui en retourne un, si elle sait lire

Il y en a qui excellent en tout

Moi ce n’est qu’à déceler de petits rien

Comme sous la pluie qui s’amoncelle à ma peau

A défaut d’un crépuscule que le gris morcelle

Je fais des feux de mes pas et marche sur l’eau

Je m’arrache aux flaques ensorcelant le sentier

Et dans le soir qui s’élance je m’en vais

Façonner en encre et pensées, cet élixir

Face à la nuit qui vient, son satellite délicieux

Façonner un élixir au jour, privé de crépuscule

Fait de ces yeux qui un instant se sont rivés

Je fais de ces feux un liquide, une ivresse

Un crépuscule hybride et instinctif

Au jour ce qu’est la pluie, au gris un dérivatif

 

Jean-Marie Loison-Mochon

Crépuscule d’un cycle

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