Car tu dois te perdre - Crépuscule d'un cycle - Jean-Marie Loison-Mochon

Car tu dois te perdre

Sache que tu te perdras

Dans les forêts, les montagnes, sur ces côtes

Car tu dois te perdre

A descendre et monter, tu ne peux t’épargner

Du doigt tu percevras les cimes

En toi la perception s’en décimera

Tu persévèreras, essaimant tes souffles

En des bois et hauteurs, sur des côtes et déboires

Tu apercevras le feu mais côtoyeur, tu hésiteras

Croyant en la ferveur mais pris par tes peurs  

Tu te parasiteras, restant près du phare

Tu repartiras, fervent, tu trébucheras, perdant

Mais la fable ici est de savoir quel genre de bûcher, tu seras

A voir de quel sacrifice tu es capable

Artificiel ou artificier, il te faudra te situer

Oubliée la gloire, quel mot, quel fil, quelle histoire ?

De marfil o de plata

D’ivoire ou d’argent, quelle légende à l’émotion ?

Tu te perdras car l’ivresse engendre l’érosion

Unas piedras, traîtresses qui te feront trébucher

Laisse-les derrière, comme un trait de ton passé

Ne cherche à tresser qu’en toi-même

Ne te presse pas de trouver, trouve-toi en détresse

Tu te perdras, car c’est perdu que tu te trouveras

Déteste ce que le monde à est couver, s’il le faut

Et si sa faux tombe, vengeresse, fais-toi photon

Encaisse, dans la lumière ou le noir, et défais-toi

Fous-toi que tes rondes te mettent à découvert

Démets-toi du monde et reviens lui, comme étranger

Commettant la rage éphémère de celui qui s’est perdu

Etant homme, il n’y aurait pas d’outrage pire que te contenir

Le contenu de ta peur doit jaillir, comme d’un nuage percé

Comète en tout point délitée, en trois points de suspension

En toi poindra l’émotion et tu pointeras ton corps

En opposition ou en accord, tu te perdras encore

Pointé vers les forêts, les montagnes, sur ces côtes

En apposition à certaines, en collision à d’autres

A peau contre peau, juxtaposition de vos peurs et ferveurs

Peu à peu tu te perdras encore

Dans ces forêts de peu d’estime, d’écrans occultant

Dans ces montagnes de difficultés, qui te feront infime

Sur ces côtes, estomaqué par le désir ultime qu’est

L’après, à ces côtes et ces montagnes et forêts

¿ Esto, a qué sirve ?

De monter pour ne faire que survivre, aux redescentes

Tu te perdras, dans ces chutes indécentes

Et perclus tu voudras vivre, pourtant

Perdu, ainsi toujours en partance

Comme à part dans ces forêts de vies similaires

Homme sans port dans ces montagnes aux airs viciés

Sur ces côtes tu fomenteras d’éphémères noirceurs

Des effets de mort cimentant tes espoirs et candeurs

Si tu m’entends encore, toi qui t’es perdu

Défie-toi, de corps et d’esprit, de te perdre encore

Car qu’importe que tu te perdes si tu n’es pas défait

Dans ces forêts de corps et d’esprits, d’avis parcellaires

Dans ces montagnes de vices et perditions, d’une vie pleine d’addictions

Sur ces côtes parsème l’air à la noirceur de ton désir

Danse et montre ta hargne, danse en toi

Et sens-toi de leur être, frère ou sœur

Qu’importe qu’ils soient de sang, pourvu qu’ils soient de ceux

Frappe à toutes les portes et trouve-les

Soyez ensemble une fièvre imprévue, qu’ils ne soient plus seuls

Sanglotez s’il le faut, dans des jours ensanglantés de crépuscule

Ensemble vous ne vous soumettrez plus

Mais avant, au vent sache que tu te perdras

Oui sans maîtriser rien des chaos sous ton navire

Car au milieu des jours et du monde, tu seras de tous les quarts

Tu devras écarter, écoper, ne pas écouter

Tes pathétiques peines de petit éclopé moderne

Et quand seule la mort te semblera digne, magnifique

Tu daigneras mordre en ces lumières fausses qu’on nous fabrique

Tu saigneras encore, toujours, d’être perdu

Mais tu signeras au corps, à ces côtes accolées

Comme une empreinte apposée, d’espoir et de ferveur

Comme un frivole vent de noirceur

Mais avant ces frères ou sœurs de cause

Sache qu’avant, oui, tu te perdras

Dans un vol sans repère, un tissu d’ecchymoses  

Oui, sache que tu te perdras

 

Jean-Marie Loison-Mochon

Crépuscule d’un cycle

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