Car tu dois te perdre
Sache que tu te perdras
Dans les forêts, les montagnes, sur ces côtes
Car tu dois te perdre
A descendre et monter, tu ne peux t’épargner
Du doigt tu percevras les cimes
En toi la perception s’en décimera
Tu persévèreras, essaimant tes souffles
En des bois et hauteurs, sur des côtes et déboires
Tu apercevras le feu mais côtoyeur, tu hésiteras
Croyant en la ferveur mais pris par tes peurs
Tu te parasiteras, restant près du phare
Tu repartiras, fervent, tu trébucheras, perdant
Mais la fable ici est de savoir quel genre de bûcher, tu seras
A voir de quel sacrifice tu es capable
Artificiel ou artificier, il te faudra te situer
Oubliée la gloire, quel mot, quel fil, quelle histoire ?
De marfil o de plata
D’ivoire ou d’argent, quelle légende à l’émotion ?
Tu te perdras car l’ivresse engendre l’érosion
Unas piedras, traîtresses qui te feront trébucher
Laisse-les derrière, comme un trait de ton passé
Ne cherche à tresser qu’en toi-même
Ne te presse pas de trouver, trouve-toi en détresse
Tu te perdras, car c’est perdu que tu te trouveras
Déteste ce que le monde à est couver, s’il le faut
Et si sa faux tombe, vengeresse, fais-toi photon
Encaisse, dans la lumière ou le noir, et défais-toi
Fous-toi que tes rondes te mettent à découvert
Démets-toi du monde et reviens lui, comme étranger
Commettant la rage éphémère de celui qui s’est perdu
Etant homme, il n’y aurait pas d’outrage pire que te contenir
Le contenu de ta peur doit jaillir, comme d’un nuage percé
Comète en tout point délitée, en trois points de suspension
En toi poindra l’émotion et tu pointeras ton corps
En opposition ou en accord, tu te perdras encore
Pointé vers les forêts, les montagnes, sur ces côtes
En apposition à certaines, en collision à d’autres
A peau contre peau, juxtaposition de vos peurs et ferveurs
Peu à peu tu te perdras encore
Dans ces forêts de peu d’estime, d’écrans occultant
Dans ces montagnes de difficultés, qui te feront infime
Sur ces côtes, estomaqué par le désir ultime qu’est
L’après, à ces côtes et ces montagnes et forêts
¿ Esto, a qué sirve ?
De monter pour ne faire que survivre, aux redescentes
Tu te perdras, dans ces chutes indécentes
Et perclus tu voudras vivre, pourtant
Perdu, ainsi toujours en partance
Comme à part dans ces forêts de vies similaires
Homme sans port dans ces montagnes aux airs viciés
Sur ces côtes tu fomenteras d’éphémères noirceurs
Des effets de mort cimentant tes espoirs et candeurs
Si tu m’entends encore, toi qui t’es perdu
Défie-toi, de corps et d’esprit, de te perdre encore
Car qu’importe que tu te perdes si tu n’es pas défait
Dans ces forêts de corps et d’esprits, d’avis parcellaires
Dans ces montagnes de vices et perditions, d’une vie pleine d’addictions
Sur ces côtes parsème l’air à la noirceur de ton désir
Danse et montre ta hargne, danse en toi
Et sens-toi de leur être, frère ou sœur
Qu’importe qu’ils soient de sang, pourvu qu’ils soient de ceux
Frappe à toutes les portes et trouve-les
Soyez ensemble une fièvre imprévue, qu’ils ne soient plus seuls
Sanglotez s’il le faut, dans des jours ensanglantés de crépuscule
Ensemble vous ne vous soumettrez plus
Mais avant, au vent sache que tu te perdras
Oui sans maîtriser rien des chaos sous ton navire
Car au milieu des jours et du monde, tu seras de tous les quarts
Tu devras écarter, écoper, ne pas écouter
Tes pathétiques peines de petit éclopé moderne
Et quand seule la mort te semblera digne, magnifique
Tu daigneras mordre en ces lumières fausses qu’on nous fabrique
Tu saigneras encore, toujours, d’être perdu
Mais tu signeras au corps, à ces côtes accolées
Comme une empreinte apposée, d’espoir et de ferveur
Comme un frivole vent de noirceur
Mais avant ces frères ou sœurs de cause
Sache qu’avant, oui, tu te perdras
Dans un vol sans repère, un tissu d’ecchymoses
Oui, sache que tu te perdras
Jean-Marie Loison-Mochon
Crépuscule d’un cycle