Tu glisses
La grâce dans le geste
Et puis la maladie
La malédiction indigeste
Qui te réduit à l’état…
Qui s’étire en toi, qui étire le néant
Réduit à l’état de poésie
Et pourtant la grâce dans le geste
Tu places tes mots comme un acteur
Tu n’en cherches plus le sens, homme
Tu en cherches l’évanescence
Et tu les dis comme de la poésie
Tu es une page qui digresse, en son inconscient
Tu n’as plus conscience, non, de ta rage
De la rage qu’il y a à dire « je vous déteste »
A celle dont la page t’est parallèle
A celle-là dont la patience agence ta reliure
Moi je voudrais relire ta vie
Mais je n’ai pas la science pour
Car au contraire d’autres qui simulent
De ces humains qui dissimulent sans pudeur
Ou qui manipulent leur passé pour briller mieux
Toi tu n’as plus qu’un genre d’ébriété
Ta fougue est un geste, une humeur
Ton langage m’est une langue étrangère
Mais tu as la grâce dans ce geste
Allaité par le vin, à l’étage d’un genre d’ivresse
Ton geste s’agence et dégorge de grâce
La main à la tempe, de la trempe de ces moments
La main à la tête comme en un alpage
Et tu alpagues intérieurement, ta pensée
Rituelle ta main vole, gracile
La grâce t’est encore un geste facile
Ta main elle vole dans le vide
Ce geste tu n’en sais pas le sens
Moi j’en sens l’évanescence
J’encense ici ta grâce ou ta poésie
Et grossièreté aussi car tout va de pair
Là gosse et ici grâce, rien n’est pur
Tu glisses en disgrâce
Le gosier grand ouvert, tu bois l’inconscience à ras le verre
Quand tes mots sont arables encore, non de sens mais de poésie
Le nom de cela est posé ici : évanescence
Et tu vas vers cet état du jour de ta naissance
Tu vacilles ici ou là, en inconscience
Dans un coin, ta poésie de la disgrâce
Et tu digresses, digresses
Des mots, qui blessent, qui plaisent
Jusqu’à ce geste plein de grâce
Jean-Marie Loison-Mochon
Crépuscule d’un cycle