Tes plusieurs visages - Crépuscule d'un cycle - Jean-Marie Loison-Mochon

Tes plusieurs visages

Sous ta frange il y a tes traits

Et selon le moment qui les tire…

Selon que ceci te dérange ou te soit attrayant

Non ! Cela est au-delà

Ce sont l’ombre et ses engeances de nuances

A l’ombre de ta frange, un ensemencement

Sous l’ombre de tes cheveux, à l’ombre de tes yeux

 

En ce moment-ci je vois cela, en ce moment-là je vois ceci. Ceci, que ton visage change comme si littéralement, tu en changeais. Mais ils ne sont pas des masques, non. Car il n’en transparaît rien de faux.

De fait, il est amusant de se dire que tu aies cette particularité des plusieurs visages, toi qui peux en oublier un, même cher, par le prisme qu’exerce ton œil aguerri au détail. Alors dans ces heures que nous passons, je me taille ma part de regards, et de visages. Traversée de désir, de pudeur, éclusant de la colère ou du passé, pacifique ou déterminée : tes visages changent, par je ne sais quelle lueur.

 

Les plusieurs visages, ou plus loin

A ce café des six heures, la fatigue te fait effet

Silence assagi en bord de baie

Ce café a des ciselures d’ombre, sur tes traits

En bord de baie, il s’agissait de se chercher

Au port, à la crique, à la plage : de très belles trouvailles

 

A ce café une autre encore : ce que fait changer de visage. Nous nous cherchons, et nous pourrions nous trouver. Le port, la crique, la plage l’ont dit, quand nous les avons abordés. Mais sur ces six heures, les plusieurs visages s’agencent encore, en toi tu parais absorbée. A se demander même si je n’ai pas tout sabordé.

Mais en bord de baie, non, tu as juste changé de visage. Belle encore, bête adjectif tout en relativité. Toutefois ma théorie des plusieurs visages tient : belle encore mais ce visage m’est inconnu. Je ne saurais pas dire si cette magie de métamorphose vient de tes yeux. Ils ne peuvent être un trou noir, vu leur couleur.

Nous nous reverrons encore, et je te découvrirai d’autres visages. A même le corps s’il le faut.

 

Le corps signe le flot de visages

Les plusieurs visages, tes plusieurs visages

Métamorphose que je désigne magie

 

Puis les plaisirs d’usage, de se raidir au moment de se dire au revoir ou à demain. Le plaisir du sage est de retenir la main, de retenir les lèvres : de retentir d’un demain pour tout, et voir encore de plusieurs visages.

 

Métamorphose que je désigne magie

De plusieurs visages ou si j’ose un gros mot…

Magie de métamorphose des visages

Si j’ose… de plusieurs visages

Ou la métamorphose de plusieurs âmes

Au rose du soir ou dans la nuit de ton corps

 

Sous l’arrosoir des rayons, dans le bruit que les vagues édulcorent. J’éduque mes yeux à cette peau lisse, brunie como de marfil. J’ai du goût, des saveurs, de cette polymorphie, à tes mots, à ta bouche, à ton corps demain. Je veux sauver en mémoire ces visages sur lesquels tes âmes débouchent. Un rio de almas, souriant amas de trouvailles sur tes traits. Je les travaillerai en discours, en écoute, en baisers. Je les biaiserai de mots pour qu’ils se découvrent sans le savoir. Je te piègerai sans malveillance ni malice au bout de mes bras : dans une légère errance de mes mots, de mes mains.

 

Avec à l’esprit l’espérance

De saisir les prismes dansants

Dans le plaisir de cent visages

En de plaisants et caressants rivages

 

Jean-Marie Loison-Mochon

Crépuscule d’un cycle

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