Tamarins
Je n’avais rien écrit de ces jours
De ces joies, de ces écrins de joie
Ecrasés par des turbulences, déraillant dans l’urgence
Dans l’erratique urgence de tout
D’une labyrinthique modernité
Du tout, maintenant : immodération, témérité
Au verbe temer je me voulus stoïque
Mes nerfs vrillaient, en voie de péricliter
Il eut été simple de tout quitter, faire voile
Faire vœu de volonté, de te quitter
Mais j’avais la ferveur pour toi, là-bas, ici ou au loin
Alors je laissais les cabales se mener, mes nerfs vriller
Mon inertie épaississait, d’hier en demain
Je le sais, je le vois bien, mais je ne le savais pas bien
Je sais que ma ferveur est dans le sang, mais transmissible
Je sais que ma fièvre aurait pu nous faire miscibles
Mais je n’ai pas voulu être la foudre sur la foudre
Je voulais être fort quitte à en devenir fou
Devenir un fort, stoïque, hospitalier, d’avenirs équitables
Et ce faisant je m’effritais, car je suis un ogre vulnérable
Pas de lyrique ou dramatique ici pour pallier
Je me fiche de soigner le regret, même véritable
Qu’il n’y ait pas eu moyen, amour, de mieux s’allier
Je me serais saigné pour ce grain de folie, si libre
Si libéré, je me serais éparpillé mieux :
Démultiplié dans les eaux libres de l’Indien ou d’ailleurs
Mais je n’ai pas su briller tant, lave dormante
Je suis un volcan entrebâillé, tu étais là virevoltante
La vérité, c’est une épave à mi-chemin
Alors je vole quand même au-dessus, en dedans
Et survole ainsi nos joies de ces sentiers, écrins
Ta main retentissant de caresses, sans tirer vers les coups
Nous avions les pleins-pouvoirs : la joie
Et je la revois à plein, près des Tamarins
Ma foi tout était un cirque, une jungle
Mais je voulais bien t’y suivre, et m’enivrer
Des torpeurs tropicales, de la pesanteur délivrés
Le trop-plein de peur vidé, ma foi en tout ravivée
Comme deux flammes au milieu de Mafate
Un homme, une femme, prêts à briller
Jean-Marie Loison-Mochon
Crépuscule d’un cycle