Roche écrite - Crépuscule d'un cycle - Jean-Marie Loison-Mochon

Roche écrite

Alors, qu’était-il inscrit dans cette roche ?

A l’heure des futilités de lignes

Qu’était-il écrit dans cette roche ?

Ce futur est-il celui qu’elle voulait ?

La roche écrivait-elle sans que nous ne le sachions ?

Ce chant futur, sous nos pas qui s’arrachèrent

Par nos pas qui s’amochèrent, pour du plaisir

Sachante funeste ou témoin seulement ?

La roche elle écrivit sûrement

J’écris vie aussi, de ces chers moments

J’ai crevé en chemin, avarie du puits

J’écris vie aussi, renchérissant depuis

La roche écrivait de la brume et du vertical

Nous nous envoûtions de tropical embué

Des écrins véritables de joie

Et vois, comme l’effort est un bijou

Mais tu sais cette fable puisque tu t’es métissée depuis

Le désir et l’effort, ces trésors considérables

La roche a tissé sûrement de ces mots

La poche a percé de ce mois : enfui

Mais même en fuite j’aime à l’apercevoir encore

J’aime à revoir ton corps se hisser

A regoûter aux gemmes immatérielles sous ces heures

A ne rien voir d’horizon mais y mettre un joli ciel

Y mettre un pluriel sincère, deux, sous nos heures

Dessous nos heures, y insérer des mots

Et serrer cette roche, enclavée dans nos temps

Mords dans cette vie, encoche-la dans cette île

J’avais la mort en dedans parfois, de tes morsures

Mais j’eus l’amorce aussi, de la joie comme ici

A la commissure des mondes, là où jaillit l’horizon

La mer blanche en rien féroce, là-haut

Comme un carrosse de pages vierges

Blancheur carrossable, pour une roche voulant écrire

Je te caresse en sables de temps, mots véritables

Car le futur est une carcasse, hypothèse invérifiable

Car ici j’établis des mots et de la vie, récif à l’Ouest

Car là-bas tu fais ta vie, sur un caillou vénérable

Et la roche écrit tes pas, mes pas, ce qu’il en reste de formidable

 

Jean-Marie Loison-Mochon

Crépuscule d’un cycle

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