Roche écrite
Alors, qu’était-il inscrit dans cette roche ?
A l’heure des futilités de lignes
Qu’était-il écrit dans cette roche ?
Ce futur est-il celui qu’elle voulait ?
La roche écrivait-elle sans que nous ne le sachions ?
Ce chant futur, sous nos pas qui s’arrachèrent
Par nos pas qui s’amochèrent, pour du plaisir
Sachante funeste ou témoin seulement ?
La roche elle écrivit sûrement
J’écris vie aussi, de ces chers moments
J’ai crevé en chemin, avarie du puits
J’écris vie aussi, renchérissant depuis
La roche écrivait de la brume et du vertical
Nous nous envoûtions de tropical embué
Des écrins véritables de joie
Et vois, comme l’effort est un bijou
Mais tu sais cette fable puisque tu t’es métissée depuis
Le désir et l’effort, ces trésors considérables
La roche a tissé sûrement de ces mots
La poche a percé de ce mois : enfui
Mais même en fuite j’aime à l’apercevoir encore
J’aime à revoir ton corps se hisser
A regoûter aux gemmes immatérielles sous ces heures
A ne rien voir d’horizon mais y mettre un joli ciel
Y mettre un pluriel sincère, deux, sous nos heures
Dessous nos heures, y insérer des mots
Et serrer cette roche, enclavée dans nos temps
Mords dans cette vie, encoche-la dans cette île
J’avais la mort en dedans parfois, de tes morsures
Mais j’eus l’amorce aussi, de la joie comme ici
A la commissure des mondes, là où jaillit l’horizon
La mer blanche en rien féroce, là-haut
Comme un carrosse de pages vierges
Blancheur carrossable, pour une roche voulant écrire
Je te caresse en sables de temps, mots véritables
Car le futur est une carcasse, hypothèse invérifiable
Car ici j’établis des mots et de la vie, récif à l’Ouest
Car là-bas tu fais ta vie, sur un caillou vénérable
Et la roche écrit tes pas, mes pas, ce qu’il en reste de formidable
Jean-Marie Loison-Mochon
Crépuscule d’un cycle