La dormeuse des laves - Crépuscule d'un cycle - Jean-Marie Loison-Mochon

La dormeuse des laves

Vert sur noir sur blanc, puis bleu

La morsure de la lave dans l’océan

Au versant Sud le feu fit un puits noir

Percé depuis, comme une arche éventant l’île

Il vente, l’élan des vagues, qu’un présent dit illusoire

Mais jusqu’à la nuit des temps, elles perceront l’histoire

Elles berceront les sangs comme des marées enfuies

S’y apercevront des villes ensommeillées

Des vies insulaires, qui sous la lune ne surent plus veiller

De la porte s’ouvre un océan du Sud

Il s’y rapporte de lunaires horizons surveillés

Ou dans ce port nature, l’air plus à l’unisson d’une sieste

Noir sur blanc, ratures, ces lignes d’horizon rayées

Vert sur moi puis le bleu dans mes yeux Sud

Les tient firent littérature de sommeil, version sereine

Diversion pour moi, dans ces architectures de lave

Et pour un petit intrus, de louvoyer vers toi

La roche écrivit hier, sa vision de la vie

Rocher enfantant l’horizon, comme une fenêtre endormie

Le cri vient de toi, et du petit intrus

Non pas un enfant mais avec toi, à l’abri du vent

Un petit crabe emportant une bribe de tes boucles

Crabe enfantant, couvant le vœu sûrement

De bringuebaler tes gènes pour en inséminer ses œufs

Car de ta gêne au sortir d’une sieste tapageuse

Peut-être est-il allé, ce crabe, fabriquer des demi-dieux

De tes gènes, dormeuse des laves, imbriqués

Dans la couveuse qu’est l’océan, délivrant des mystères

Des lignes que j’eus pu plonger là dans les vrilles de volcan

Dans ce jour brillant, dormeuse des laves

Mais dont je n’ai plus voulu voir l’éclat, longtemps

Trop écœuré par les colères ravageuses

En rien tropicales mais typiquement locales

Quand au calme du Sud on aurait pu remonter des lignes

Et pêcher du temps, comme cette heure divine

Je dis vie, toi aussi, je défis : nous déviâmes

Une âme à l’Ouest, une âme au Sud, dormeuse des laves

Peut-être en amasses-tu, de ces mystérieuses siestes

A maculer de rêves, d’encore fiévreuses laves

A basculer du corps, curieuse de nos épaves

Jean-Marie Loison-Mochon

Crépuscule d’un cycle

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