La dormeuse des laves
Vert sur noir sur blanc, puis bleu
La morsure de la lave dans l’océan
Au versant Sud le feu fit un puits noir
Percé depuis, comme une arche éventant l’île
Il vente, l’élan des vagues, qu’un présent dit illusoire
Mais jusqu’à la nuit des temps, elles perceront l’histoire
Elles berceront les sangs comme des marées enfuies
S’y apercevront des villes ensommeillées
Des vies insulaires, qui sous la lune ne surent plus veiller
De la porte s’ouvre un océan du Sud
Il s’y rapporte de lunaires horizons surveillés
Ou dans ce port nature, l’air plus à l’unisson d’une sieste
Noir sur blanc, ratures, ces lignes d’horizon rayées
Vert sur moi puis le bleu dans mes yeux Sud
Les tient firent littérature de sommeil, version sereine
Diversion pour moi, dans ces architectures de lave
Et pour un petit intrus, de louvoyer vers toi
La roche écrivit hier, sa vision de la vie
Rocher enfantant l’horizon, comme une fenêtre endormie
Le cri vient de toi, et du petit intrus
Non pas un enfant mais avec toi, à l’abri du vent
Un petit crabe emportant une bribe de tes boucles
Crabe enfantant, couvant le vœu sûrement
De bringuebaler tes gènes pour en inséminer ses œufs
Car de ta gêne au sortir d’une sieste tapageuse
Peut-être est-il allé, ce crabe, fabriquer des demi-dieux
De tes gènes, dormeuse des laves, imbriqués
Dans la couveuse qu’est l’océan, délivrant des mystères
Des lignes que j’eus pu plonger là dans les vrilles de volcan
Dans ce jour brillant, dormeuse des laves
Mais dont je n’ai plus voulu voir l’éclat, longtemps
Trop écœuré par les colères ravageuses
En rien tropicales mais typiquement locales
Quand au calme du Sud on aurait pu remonter des lignes
Et pêcher du temps, comme cette heure divine
Je dis vie, toi aussi, je défis : nous déviâmes
Une âme à l’Ouest, une âme au Sud, dormeuse des laves
Peut-être en amasses-tu, de ces mystérieuses siestes
A maculer de rêves, d’encore fiévreuses laves
A basculer du corps, curieuse de nos épaves
Jean-Marie Loison-Mochon
Crépuscule d’un cycle