Le double - Crépuscule d'un cycle - Jean-Marie Loison-Mochon

Le double

Bien avant l’aube, une lumière

Des nuages la dévient, je ne sais pas ce qu’elle devient

Puis elle revient, comme prisée de l’insomnie

Et dans les nages de cumulus grisés, de brumes usées

Des flash immaîtrisés, à l’assaut de la nuit

A la seconde je me dis : homme tu as rêvé

Mais dans la seconde, le flash se redit, revient

Belle et ronde là-haut, elle regarde entre deux vrilles de brumes

Elle voit la lueur en bas, qui rabâche au jardin

Le flash revient, retarde, sa lueur n’est pas la ville

La lune entrevoit sous des sueurs de brume

Puis la lune aussi s’y met, suis-je saoul de nocturne ?

Plein, son puits de lumière érige un double

Bien avant l’aube, deux puits satellitaires

Un disque couleur gris ou trouble mais contours nets

J’y risque mes yeux, cherchant à résoudre le leurre

Mais la lueur de la lune a bien son penchant d’ombre

Comme un reflet désireux de lécher les environs

L’échéance de l’aube est loin, et ces deux sirènes là-haut

Et l’échéancier du flash en bas, comme en d’ivres rondes

Mais ce n’est pas le balancier d’un phare à l’Ouest

Quelles sont les chances de voir une ombre à la lune ?

Je ne rêve plus, elles appellent sombres, sans bruit

Combien sont les gens témoins de cet étrange miroir ?

Je l’appelle ombre ou reflet, sans brume

Je compte bien soutenir leurs regards, étagés

Et je tâche d’élucider le flash ou cette ombre

Mais élucider la luz, muni de mon seul oreiller…

Je rabâche des regards, interroge ma lucidité

Mais je suis seul sous ce toit, dans ma veillée

Je regarde des brumes apaches vriller

Qu’elles ne croient plus pouvoir me le dissimuler

Le reflet de la lune, la tâche brune distillée

Disque irréel et sans attache ?

Reflet de l’ombre et sans la rage de briller

Je babille des souffles à la page bien avant l’aube

J’habille mes mains d’un livre, à la bougie là-haut

L’aube les soufflera, j’imagine

A moins que ce ne soit des mains du sommeil

Que mon énergie s’essouffle

Sous l’effet certain pourtant, de cette marge inouïe

 

Jean-Marie Loison-Mochon

Crépuscule d’un cycle

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