Le double
Bien avant l’aube, une lumière
Des nuages la dévient, je ne sais pas ce qu’elle devient
Puis elle revient, comme prisée de l’insomnie
Et dans les nages de cumulus grisés, de brumes usées
Des flash immaîtrisés, à l’assaut de la nuit
A la seconde je me dis : homme tu as rêvé
Mais dans la seconde, le flash se redit, revient
Belle et ronde là-haut, elle regarde entre deux vrilles de brumes
Elle voit la lueur en bas, qui rabâche au jardin
Le flash revient, retarde, sa lueur n’est pas la ville
La lune entrevoit sous des sueurs de brume
Puis la lune aussi s’y met, suis-je saoul de nocturne ?
Plein, son puits de lumière érige un double
Bien avant l’aube, deux puits satellitaires
Un disque couleur gris ou trouble mais contours nets
J’y risque mes yeux, cherchant à résoudre le leurre
Mais la lueur de la lune a bien son penchant d’ombre
Comme un reflet désireux de lécher les environs
L’échéance de l’aube est loin, et ces deux sirènes là-haut
Et l’échéancier du flash en bas, comme en d’ivres rondes
Mais ce n’est pas le balancier d’un phare à l’Ouest
Quelles sont les chances de voir une ombre à la lune ?
Je ne rêve plus, elles appellent sombres, sans bruit
Combien sont les gens témoins de cet étrange miroir ?
Je l’appelle ombre ou reflet, sans brume
Je compte bien soutenir leurs regards, étagés
Et je tâche d’élucider le flash ou cette ombre
Mais élucider la luz, muni de mon seul oreiller…
Je rabâche des regards, interroge ma lucidité
Mais je suis seul sous ce toit, dans ma veillée
Je regarde des brumes apaches vriller
Qu’elles ne croient plus pouvoir me le dissimuler
Le reflet de la lune, la tâche brune distillée
Disque irréel et sans attache ?
Reflet de l’ombre et sans la rage de briller
Je babille des souffles à la page bien avant l’aube
J’habille mes mains d’un livre, à la bougie là-haut
L’aube les soufflera, j’imagine
A moins que ce ne soit des mains du sommeil
Que mon énergie s’essouffle
Sous l’effet certain pourtant, de cette marge inouïe
Jean-Marie Loison-Mochon
Crépuscule d’un cycle