Suaire lunaire

C’est une silhouette dans la nuit

Elle a les traits marqués, sombres et troublés

On dirait la maquette d’un flou

Les épisodes d’un calque et ce, de chaud à froid

Comme un extrait, de tout au bout du songe

Forme quasi minérale mais érodée, d’invisible

Comme un destin délaissé, ancré là

Cette chose fait mine d’être immobile, inerte

Mais elle est bien là encore, comme un entrelac

Ses empreintes salées rendent comptent d’où elle va

Tout ne peut s’évaporer soudain, et cet apport…

De loin en moi, d’un sommeil intranquille…

Tape à la porte du réel, laissant empreinte

On dirait mes pattes, mes bras, mon buste

Seule la tête, elle n’a pas su la prendre

Bien qu’elle en émane sûrement

Le bien, le mal, au juste ne signifiant rien face au rêve

Et cette forme tuméfiée près de moi, saline voire aquatique

A la sueur de mon front, se paie un voyage ici

Est-ce un maillage de moi-même, est-ce un intrus

Mariage d’inconscient et de réel, du moins ce réel-ci

Puisque l’inconscient existe aussi, guidant ou naufrageant

Est-ce une sirène dont la silhouette a imprégné la mienne ?

En important jusqu’à la mer, où nous étions à baigner

Ces légions de sens et moi, sous l’oppression d’une présence

Sous la pression de mon corps appliquée à ce lit sous marée de lumière

De rivière quasi, de l’hiver, piqués de ressacs

Un classique de ces lignes, que la lune sait écrire

Utilisant mon sang, drainant ses pensées, les faisant remonter sous ma rétine

Redescendre à ma source, dont les cristaux m’inondent

Traversé par cette fièvre, me voilà échoué

Au cœur de la nuit, près de cette chose qui disparaît

M’ayant fait verser sueur, elle repart

Dans l’air, dans une fuite inversée

Dans un monde que je suis tout incapable de parer

Jean-Marie Loison-Mochon

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