Seul l’inconscient sait résonner
Au gré des circonstances
Des grains de lave solidifient
Ogresque et puis circoncis, on pense
La peur nous réifie, la joie nous déifie
Au reste comment savoir, en transe
Laquelle nous fit, laquelle défait l’autre ?
A l’Ouest on commente un soir, on se défie
Là au quai du crépuscule, je cavale
Je commets l’incertitude, j’avale de l’air
Je connais les groupuscules de la colère
Et je n’ai pas cette attitude mais l’allégresse
Je n’ai pas la bête habitude, à même l’instant
De m’atteler au monde sous l’insistance des regards
Mon atelier est onde, un si grand silence d’ébriété
Je ne joue pas à tirer des larmes bien rondes
Je suis les débris téméraires dans la nuit
Je suis le flou, j’abrite des chemins
Tout m’est portuaire ou volcanique
Tout m’est insulaire ou symbolique
C’est un beau lit que le noir, un sanctuaire
Alors j’embolise et réplique du vide aux coups
Je suis esquive et métabolise l’éclat
Je sais qu’ici ou là, tout volcan s’endort
Or mon sang est d’argent, quand vole la lune
A l’envolée je capte un peu de feu
Quelques volées de flou pour ma lave de fou
Je gronde d’énergie, les nerfs à peine voilés
Je suis les ondes émergeantes, à pleines lampées
Je n’ai pas l’ombre d’une lampe car ici
Je n’ai rien d’Icare et suis sous l’empire du noir
J’entre ici dans la nuit, j’y cours
Je cavale sur les quais, en ne priant personne
Je me suis pris à raisonner parfois
Mais malgré moi j’ai bien compris
Que seul l’inconscient sait résonner
Au gré d’émois, de circonstances
Je ne cherche pas à comprendre
Je n’échouerais qu’à apprendre
Je m’écoule et ne rentre en aucun lit
Je m’écoute trop et m’assourdit
Qui a un jour dit qu’il le fallait ?
Qu’il fallait s’alourdir des regards du monde
Quand cela a tout de la redite creuse
Moi mon seul atout est un puits, d’ivresse
Le seul divin m’est allégresse
Le sol ravine ici sous moi
Sous ma main l’encre digresse
Et le sens ne s’en épaissit pas, se grève
Et mon ivresse y passe, plongeant au rêve
Jean-Marie Loison-Mochon
Crépuscule d’un cycle