Seul l'inconscient sait résonner - Crépuscule d'un cycle - Jean-Marie Loison-Mochon

Seul l’inconscient sait résonner

Au gré des circonstances

Des grains de lave solidifient

Ogresque et puis circoncis, on pense

La peur nous réifie, la joie nous déifie

Au reste comment savoir, en transe

Laquelle nous fit, laquelle défait l’autre ?

A l’Ouest on commente un soir, on se défie

Là au quai du crépuscule, je cavale

Je commets l’incertitude, j’avale de l’air

Je connais les groupuscules de la colère

Et je n’ai pas cette attitude mais l’allégresse

Je n’ai pas la bête habitude, à même l’instant

De m’atteler au monde sous l’insistance des regards

Mon atelier est onde, un si grand silence d’ébriété

Je ne joue pas à tirer des larmes bien rondes

Je suis les débris téméraires dans la nuit

Je suis le flou, j’abrite des chemins

Tout m’est portuaire ou volcanique

Tout m’est insulaire ou symbolique

C’est un beau lit que le noir, un sanctuaire

Alors j’embolise et réplique du vide aux coups

Je suis esquive et métabolise l’éclat

Je sais qu’ici ou là, tout volcan s’endort

Or mon sang est d’argent, quand vole la lune

A l’envolée je capte un peu de feu

Quelques volées de flou pour ma lave de fou

Je gronde d’énergie, les nerfs à peine voilés

Je suis les ondes émergeantes, à pleines lampées

Je n’ai pas l’ombre d’une lampe car ici

Je n’ai rien d’Icare et suis sous l’empire du noir

J’entre ici dans la nuit, j’y cours

Je cavale sur les quais, en ne priant personne

Je me suis pris à raisonner parfois

Mais malgré moi j’ai bien compris

Que seul l’inconscient sait résonner

Au gré d’émois, de circonstances

Je ne cherche pas à comprendre

Je n’échouerais qu’à apprendre

Je m’écoule et ne rentre en aucun lit

Je m’écoute trop et m’assourdit

Qui a un jour dit qu’il le fallait ?

Qu’il fallait s’alourdir des regards du monde 

Quand cela a tout de la redite creuse

Moi mon seul atout est un puits, d’ivresse

Le seul divin m’est allégresse

Le sol ravine ici sous moi

Sous ma main l’encre digresse

Et le sens ne s’en épaissit pas, se grève

Et mon ivresse y passe, plongeant au rêve

 

Jean-Marie Loison-Mochon

Crépuscule d’un cycle

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