J’erre sur
Une nuit continue, puis une pluie continuelle
Le conte immuable de corps à leur propre rencontre
A ne rendre compte que de mouvements
Comptine aux accords se forgeant
Je continue puis tu pleus en souffles
Tu comptes ici me faire rire, à désir
Nous fatiguons nos corps sans les essouffler,
Nos désirs
Ce souffle essaimé dans mon cou
Nos deux îles, à semer des mots cousus de fil blanc
Quand quelques fils argent démultiplient ta chevelure
Quand nos courbures s’effilent en ressacs
Et si mon flou turbulent te lassait
Je délacerais le nœud de poésie, pour te laisser
De là sinuer l’un en l’autre, est-ce assez clair ?
De là le rêve, de lune sous laquelle tu erres
A la page, ma nuit, comme à un quai crépusculaire
A l’abordage de ta peau, ou toi au beau milieu de la mienne
Dans des ferveurs agitées, gitanes ou bohémiennes
J’ai bâti ce temple avant de vivre ce temps
Etabli cet ample crépuscule avant ta venue
J’ai bâti ce temple avant que tu ne te livres à nous
Et là brille l’amplitude, libre et floue
J’abats ici ma carte et tu la lis
La carte sinueuse comme un livre
Comme à la nuit deux corps, étrange géographie
Et si nous usions de ce genre de magie ?
De celle semant l’ingérence dans le cours du temps
De nos segments ingénieux en sueurs
Je nous sais grands comme des ombres
Puis la lune te séquence en lueurs
Je nous sens glacés, puis le sang inversé
La puissance des rêves, déversée dans l’étreinte
De ce puits, sans y songer nous montons
Dans de ces replis dont le jour dirait pudeur
Dans ces répits, nous parlementons
Dans ce jour qui est nuit, jusqu’à plus d’heure
Je sinue et te parle, te tiens par le menton
J’insinue et tu perles : pars-tu loin ?
Je perturbe un mot pour troubler tes phases
Je perpétue en phrases, tes zones perturbables
Et puis tout aurait le goût du repos, quand tu appuies ta tête sur mon torse
Mais ce n’est qu’un niveau de plus à l’accord, une écorce
Qu’importe que la pluie écorche le jour
Nos esprits se décochent plus que des corps étourdis
Ils s’accordent et alourdissent l’allégresse
Comme des spores saupoudrant du sens
Car c’est en se parant de sens que la tension naît
Que la compréhension se coud, que l’inconscient se crée
Dans de félines ascensions, la lune fait l’innocente :
Blanche heure qui culmine : surajout
Je me penche, effleure ta bouche puis la joue
Et ta mine s’ajoure d’un sourire
Ta main noue une pression dans mes cheveux
Je nous sens à un rien, d’être pulsion
Dans ce lit de sens, de paroles se livrant
Parabole au désir, ou deux îles satellitaires
A caresser l’hiver, dans une ville crépusculaire
Rassérénés de rien, que d’une sérénade
Semés non loin de la rade
Car il est réjouissant d’errer dans les draps
Dans les replats de ce magma puissant
Dans ces répits qui n’en sont pas
Dans ce puits qui bouillonne
Dans nos corps qui foisonnent
Qui en sueur se disent encore
Quand en chœur les lueurs sonnent
Quand l’heure devient illusoire
Que la candeur est inutile et dissonante
Au camp du rire nous nous rangeons
Notre parti est pris : d’être une étrange ombre
Tu te lèves et je m’élève, à l’angle sombre
Tu t’abaisses et je m’affaisse, élégante ombre
Et tes lèvres de vin me font ce sourire
Un soupir bleu, violet ou noir mais pas vain
Sur les gerçures de nos baisers félins
En regards j’erre sur toi
La braise effraie l’insensé
Car le sens est de la saisir, dans tes yeux
Dans cette atmosphère de fin, quand tout débute
Quand tout est brut, jusqu’à la douceur
Quand dans tes spasmes nos corps brûlent
Que nos corps butent, comme deux îles
Le désir peut crier terre : la nuit est crue
Dans tes yeux félins, me voilà incrédule
Cela crée du lien, de lever des voiles
Et je vois les nuances des crépuscules
S’élever là sur le vin de tes lèvres
Est-ce limpide comme songe d’encre ?
Est-ce imprudent, dans tes yeux de tomber ?
Je me piège seul car je me sens léger
Ayant le privilège dans ces lieux
De voyager au bout de l’écart à tes lèvres
Où l’on bout de mots et pensées, ou désir
Comme deux îles floues, dans des flots d’insensé
Jean-Marie Loison-Mochon
Crépuscule d’un cycle