J'erre sur - Crépuscule d'un cycle - Jean-Marie Loison-Mochon

J’erre sur

Une nuit continue, puis une pluie continuelle

Le conte immuable de corps à leur propre rencontre

A ne rendre compte que de mouvements

Comptine aux accords se forgeant

Je continue puis tu pleus en souffles

Tu comptes ici me faire rire, à désir

Nous fatiguons nos corps sans les essouffler,

Nos désirs

Ce souffle essaimé dans mon cou

Nos deux îles, à semer des mots cousus de fil blanc

Quand quelques fils argent démultiplient ta chevelure

Quand nos courbures s’effilent en ressacs

Et si mon flou turbulent te lassait

Je délacerais le nœud de poésie, pour te laisser

De là sinuer l’un en l’autre, est-ce assez clair ?

De là le rêve, de lune sous laquelle tu erres

A la page, ma nuit, comme à un quai crépusculaire

A l’abordage de ta peau, ou toi au beau milieu de la mienne

Dans des ferveurs agitées, gitanes ou bohémiennes

J’ai bâti ce temple avant de vivre ce temps

Etabli cet ample crépuscule avant ta venue

J’ai bâti ce temple avant que tu ne te livres à nous

Et là brille l’amplitude, libre et floue

J’abats ici ma carte et tu la lis

La carte sinueuse comme un livre

Comme à la nuit deux corps, étrange géographie

Et si nous usions de ce genre de magie ?

De celle semant l’ingérence dans le cours du temps

De nos segments ingénieux en sueurs

Je nous sais grands comme des ombres

Puis la lune te séquence en lueurs

Je nous sens glacés, puis le sang inversé

La puissance des rêves, déversée dans l’étreinte

De ce puits, sans y songer nous montons

Dans de ces replis dont le jour dirait pudeur

Dans ces répits, nous parlementons

Dans ce jour qui est nuit, jusqu’à plus d’heure

Je sinue et te parle, te tiens par le menton

J’insinue et tu perles : pars-tu loin ?

Je perturbe un mot pour troubler tes phases

Je perpétue en phrases, tes zones perturbables

Et puis tout aurait le goût du repos, quand tu appuies ta tête sur mon torse

Mais ce n’est qu’un niveau de plus à l’accord, une écorce

Qu’importe que la pluie écorche le jour

Nos esprits se décochent plus que des corps étourdis

Ils s’accordent et alourdissent l’allégresse

Comme des spores saupoudrant du sens

Car c’est en se parant de sens que la tension naît

Que la compréhension se coud, que l’inconscient se crée

Dans de félines ascensions, la lune fait l’innocente :

Blanche heure qui culmine : surajout

Je me penche, effleure ta bouche puis la joue

Et ta mine s’ajoure d’un sourire

Ta main noue une pression dans mes cheveux

Je nous sens à un rien, d’être pulsion

Dans ce lit de sens, de paroles se livrant

Parabole au désir, ou deux îles satellitaires

A caresser l’hiver, dans une ville crépusculaire

Rassérénés de rien, que d’une sérénade

Semés non loin de la rade

Car il est réjouissant d’errer dans les draps

Dans les replats de ce magma puissant

Dans ces répits qui n’en sont pas

Dans ce puits qui bouillonne

Dans nos corps qui foisonnent

Qui en sueur se disent encore

Quand en chœur les lueurs sonnent

Quand l’heure devient illusoire

Que la candeur est inutile et dissonante

Au camp du rire nous nous rangeons

Notre parti est pris : d’être une étrange ombre

Tu te lèves et je m’élève, à l’angle sombre

Tu t’abaisses et je m’affaisse, élégante ombre

Et tes lèvres de vin me font ce sourire

Un soupir bleu, violet ou noir mais pas vain

Sur les gerçures de nos baisers félins

En regards j’erre sur toi

La braise effraie l’insensé

Car le sens est de la saisir, dans tes yeux

Dans cette atmosphère de fin, quand tout débute

Quand tout est brut, jusqu’à la douceur

Quand dans tes spasmes nos corps brûlent

Que nos corps butent, comme deux îles

Le désir peut crier terre : la nuit est crue

Dans tes yeux félins, me voilà incrédule

Cela crée du lien, de lever des voiles

Et je vois les nuances des crépuscules

S’élever là sur le vin de tes lèvres

Est-ce limpide comme songe d’encre ?

Est-ce imprudent, dans tes yeux de tomber ?

Je me piège seul car je me sens léger

Ayant le privilège dans ces lieux

De voyager au bout de l’écart à tes lèvres

Où l’on bout de mots et pensées, ou désir

Comme deux îles floues, dans des flots d’insensé

 

Jean-Marie Loison-Mochon

Crépuscule d’un cycle

S’abonner
Notification pour
0 Commentaires
Commentaires en ligne
Afficher tous les commentaires