Perdues, perdurent- Crépuscule d'un cycle - jean-Marie Loison-Mochon

Perdues, perdurent

Et des amitiés perdues

Par du temps passé ou délaissé

Par l’abandon des sérails

On perd du temps, on en regagne

Par la bande on jurait, on en redemandait

Et par la grande ou la petite porte

On sent des distances grandir

Que l’on se taise ou l’on s’emporte

Qu’il y ait un sens ou aucun à brandir

La braise est comme morte

Tous on a nos lacunes

De ces sortes d’ombres où l’on va seul

Ou de celles-là où l’on vacille à deux

On va si loin dans l’exclusif ou le lien

Que l’on s’exclut sans bien se le dire

Il n’y a à s’excuser de rien

Mais se le dire, eh bien parfois

Cela prédirait mieux la fin d’autres fois

De quand on pourrait en sentir le parfum

Car des silences s’étirant, ces tyrannies de silence

De quand on pourrait désirer l’ami

Ces néants sont des forêts, des heures annihilables

Comme si tout s’annulait

Qu’un lien nourri d’années se désarticulait

Dans les circonstances on trouve, des arguments

Dans l’essor des inconstances, aussi :

Des trouvailles nourricières

Et puis il y a ces liens qui vaille que vaille

Qui vaquent et voguent quand même

Dans le silence aussi, à un rien de la mort

Et l’amorce pourtant, s’ensemence encore

De tout temps à toute heure, le silence ?

Démenti, par une puissance opérante

Un repère en tout point invisible

Un lien, par le point jamais pris pour cible

Repaire aux montagnes de mémoire

Qu’on se perde ou non, on les regagne

A l’air de comme autrefois

Des ports durables qu’on effleure du doigt

Comme une vénérable lampe ou des fleurs inimitables

Ces amis nous aimantant tels des phares

Et que l’on soit île ou lave, entier ou à demi

Qu’ils soient elle ou il, la stature en reparaît

Car des amitiés perdurent

 

Jean-Marie Loison-Mochon

Crépuscule d’un cycle

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