Perdues, perdurent
Et des amitiés perdues
Par du temps passé ou délaissé
Par l’abandon des sérails
On perd du temps, on en regagne
Par la bande on jurait, on en redemandait
Et par la grande ou la petite porte
On sent des distances grandir
Que l’on se taise ou l’on s’emporte
Qu’il y ait un sens ou aucun à brandir
La braise est comme morte
Tous on a nos lacunes
De ces sortes d’ombres où l’on va seul
Ou de celles-là où l’on vacille à deux
On va si loin dans l’exclusif ou le lien
Que l’on s’exclut sans bien se le dire
Il n’y a à s’excuser de rien
Mais se le dire, eh bien parfois
Cela prédirait mieux la fin d’autres fois
De quand on pourrait en sentir le parfum
Car des silences s’étirant, ces tyrannies de silence
De quand on pourrait désirer l’ami
Ces néants sont des forêts, des heures annihilables
Comme si tout s’annulait
Qu’un lien nourri d’années se désarticulait
Dans les circonstances on trouve, des arguments
Dans l’essor des inconstances, aussi :
Des trouvailles nourricières
Et puis il y a ces liens qui vaille que vaille
Qui vaquent et voguent quand même
Dans le silence aussi, à un rien de la mort
Et l’amorce pourtant, s’ensemence encore
De tout temps à toute heure, le silence ?
Démenti, par une puissance opérante
Un repère en tout point invisible
Un lien, par le point jamais pris pour cible
Repaire aux montagnes de mémoire
Qu’on se perde ou non, on les regagne
A l’air de comme autrefois
Des ports durables qu’on effleure du doigt
Comme une vénérable lampe ou des fleurs inimitables
Ces amis nous aimantant tels des phares
Et que l’on soit île ou lave, entier ou à demi
Qu’ils soient elle ou il, la stature en reparaît
Car des amitiés perdurent
Jean-Marie Loison-Mochon
Crépuscule d’un cycle