Se piquer d’horizons
De l’ombre à l’angle père, Arreau. Un col puis deux, des colonies d’impressions.
Un présent, des présences, plus de plaisant que d’oppressant, ses foules par ci, que des cimes clairsement. Des fougues bien réparties, au volant de la route. Une rivière défie gaiement le sommeil des tentes, on la dit Neste. A l’Ouest on dit les rivières ria ou aber. En dilettante on y rêve au long, cap d’une nuit. Un lac d’au moins tout ça d’années dit « Oh ! » étonné d’être trop fréquenté. Espiègle plus haut, l’Espingo clairseme les fougues, les foules.
Plus haut encore, les prairies se grisent. C’est-à-dire ? S’irisent d’une couleur falaise. L’aridité du cirque saute dans deux eaux distinctes, sortes de cercles sans autre fauve que des truites. L’altitude est ferveur, elle se fait rude si on l’effleure, douce à qui s’en imprègne.
Tel est le règne de la montagne, qui rançonne en suivant sa justice propre. Le mouvement que l’on nomme aller, à vélo nous le lançons. Nous prenons goût aux pentes, elles qui s’amenuisent comme un désir. De mêmes désirs de pas, de pédaliers. S’allient ici des étendues sans faux semblants. A cette hauteur on s’enivre, au col à zigzaguer dans une gaieté de presqu’automne. Car l’été est encore, prend corps en ampères à l’aube ou crépuscule, en tente. Entente entre un père et la possibilité d’un cycle. Une étincelle de mouvement, c’est ainsi que Lançon, Gouaux, Estensan, Azet.
A midi ou minuit, au pic d’un jour puis de quelques autres, au crépuscule d’un cycle célébrant juillet. C’est le bras tendu que nous allons, nous piquer d’horizons, gravir le dénivelé d’instants. Du Londres à l’Angleterre, Arreau. A cinq ou cinquante ans de distance, d’un mai à des juillet. De jours d’un cycle à l’autre, de l’ombre à l’angle père, Arreau.
Jean-Marie Loison-Mochon
Crépuscule d’un cycle