Rapport poétique d’une maison s’enracinant

Ce ne fût pas le printemps, pas tout à fait

Mais palpable tout de même, d’un feu doux et caressant

Petite foule enracinée là, magma touffu

Arable en fûts, verres, leur musicalité

Et celle en poésie, des éclats, dualités ou solistes

Des choses abordables et sonores, d’autres voulues plus insondables

Rien à s’en laisser sans nord, dans l’anse de ce bar de Brest

Un son goulu d’à faire blêmir l’hiver, qui reverdissait pourtant

Vigueur assénée, de retour, sauf à ces hauteurs

Où une poignée d’humains est venue faire un tour, faire maison

S’enraciner le temps d’une soirée, sous saturation ou clarté

Coupés du ciel pour donner sur ceux intérieurs

De lèvres qui comme deux nuages articulèrent

A l’heure du comptoir, sans impératif ni injonction

Sauf celle de l’expression ou de lever le verbe

De faire jonction, entre deux yeux, des notes, des scènes cueillies

A une planche accoudés, certains prenant presque racine

D’autres plus tard dans la descente, fascinés par le flou

Forme d’entente, quand une petite masse est à se façonner un monde

Tout éphémère et abstrait : tout comme fait exprès

A élever des voix, faire grandir de premières graines

Réarticulées par deux instruments, pour du percutant ou de l’aérien

Les mots aussi sont particules et se sèment aussi vite qu’ils apparaissent

A un rien de s’échapper mais lancés

Par de petits poings brandis, des coups paraissant indolores

Des mots laissés, retenus, saisis, certains bons à errer

Dans l’esprit du buveur ou d’un duel jouant à sabrer

La mollesse d’un soir frisquet, à s’attabler comme écoliers

Une de ces nuits : dans ses bras, s’enivrer

Chacun à sa façon, puisqu’elle ne peut s’éviter

Les voies de l’ébriété sont bien pénétrables

Et ni vénérables ni vénéneux, ces deux-là reçoivent consignes

Remplissant la page d’alcools linéaires

Qu’aux signaux donnés, de la poésie ils doivent savoir interpréter la fumée

Emplissant le micro arbitral de sourires et anagrammes collectés

Dans un seau puisqu’en ce soir, il s’agissait de sabrer

Ou dit-elle « d’observer le geste des poètes » en détails

Près des bouteilles l’un se touche la cave ici, des idées

Aux Enracinés à Brest, sans lésiner sur l’influx

A sentir le sens désir, l’ivresse à la cime

En se caressant la calvitie, ou d’invisibles racines

Manie d’extraire ce qu’on a semé, comme du manioc bien enfoui

Et sans pare-feu ça se fait rire, en miroir d’un public friand

De quelques mots qui riment, de quelques moqueries

Fuyant en fait les affreuses histoires de compétition

Et parfois mieux vaudrait sangler le sens, l’action

Tout dépendant de l’angle par lequel on prend la salle

A mesure que le débat grésille et s’ensanglante, d’encre versée

Sans guerre sale, les barillets se vidant de syllabes

La colère entre eux est plutôt d’accolade, comme un désir commun

Non de bas résilles mais de resigner une ligne, de resquiller en frasques

Amas tout artériel : spiritueux sans corps

Spirituel, habitués à se houspiller ainsi sous flasque d’invisible

Jusqu’au fracas suivant, délicate batterie au réel

A deux instruments une voix, et de câblerie de quoi armer un gréement

A l’écart du temps, des rituels phoniques

Sous loop et ramifications, l’air et l’électrique et la percussion

Des battements du pied, du pouls, d’une sève les parcourant

D’une saveur dans l’écoute ou l’exécution, à scier la branche de l’instant

A s’enraciner ici quelques ondes de plus, faire sourciller ou captiver

Menant à bon port un public : à la nuit d’une ville portuaire

Ou des heures auront, dirait-on, calciné d’un volcanique caressant

Les dernières secondes scandées, sabrées, débouchant sur ce rapport poétique

D’un début à l’Ouest ouvrant sur des lendemains effleurant Brest

D’un débit coulant frénétique et prometteur   

Jean-Marie Loison-Mochon

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