Chaîne de montagnes

Une somme de montagnes

S’élevant ou élevant : les regards, les pensées, l’ambition

Il est de bon ton de s’épargner, non de s’esquiver

Cet hiver j’ai préféré mes hauteurs

Et toujours je les préfèrerais, à ce que nous nous effritions

Les falaises des jours, les recoins siffleurs

L’écho des lésions continue de planer en ces régions

Les Alpes, les Andes, aucune ne plaisante

Avec la liberté, dont nous sommes des maillons

Toujours, toujours, ils en viendront à résumer

Que nous sommes des millions parmi des milliards

Mais ici je t’écris, bien droit, vertical : qu’il y a précarité

D’une banale pensée car en réalité nous sommes

Plutôt une aspérité, puis deux

Qu’il plut aux hasards et providences d’ériger

De faire se dresser si haut, si haut

Que par-dessus l’océan, la selva, les plaines

Si haut, si haut nous nous sommes aperçus

Et par-delà d’infinies distances initiales : rapprochés

Jusqu’à s’en voisiner, en faire infime ici l’écart

Familiarisés à la vue de l’autre, apprivoisés

Comme qui dirait, à pavoiser non inaccessibles mais se méritant

S’érigeant des sœurs, éruptives et mortelles

Ou des vies se liant, disruptives et morcelées de joies

D’un jour à l’autre brillants, éteints, réformés

En des masses libres regagnant toujours la cime

De regards symétriques, parallèles vers l’horizon

Enduits comme de ces mêmes lignes

Puisque montagnes nous sommes

Jean-Marie Loison-Mochon

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