Quitte à s’échouer

Si tout est merveilleux, alors il n’y a plus de magie

Qu’en penses-tu toi ?

Moi, je me méfie de l’éloge constant, abondant…

Si tout est portée aux nues et qu’on ne rhabille plus rien pour l’hiver

Qu’auront les papilles des yeux, à se mettre sous l’œillade ?

Je veux par là dire qu’il peut y avoir de la beauté dans la laideur

Mais que ce qui est laid doit garder le droit d’être laid

Ou ce qui est nul, médiocre, celui de rester dans l’annulation du sens

De retourner dans l’ocre ou la terre, pour y remplir son rôle, au fond

Qui est de pourrir loin, et fermenter, qui pourrait nourrir du foin futur

Que te disent les gens, à toi, de ta musique, ta voix ?

Dans l’un de tes pays ou même les deux

Je crois qu’on ne s’abstiendrait pas de critiquer

Dans l’un on te soutiendrait quelque discours d’élite

Dans l’autre sans honte de ne pas avoir eu les cours, une sincérité plus minérale

J’aimerais croire ! que dans la fonte des phrases, les mots de certains gardent la profondeur

Mais j’amerris souvent, par paranoïa ou dédain, à me dire qu’ils disent que tout est bien

Or où est la magie si l’aérien vaut le vide ?

Où est la magie si les rien subtils et percutants, valent un tout bruyant, assourdissant ?

Je plaide ici pour la laideur, la nullité

Je n’aurais jamais pensé prendre partie pour la médiocrité

Mais je la soutiens plus qu’une aristocratie, dans son fait d’exister

Si l’on ne voit pas le vide, de quoi donc remplir sa vie ?

Ou même remplir ces lignes ! quand les éloges assassinent ladite méritocratie

Je veux continuer de voir le mauvais, la lie sans calice mais sans malice non plus

Continuer de croire, mais surtout ressentir, que la négligence est dangereuse

De corps ou d’esprit, à flatter les rondeurs ou la maigreur, à excuser l’ignorance ou l’intelligence

De semer des contre-vérités pour pardonner à des individus d’exister

Sous des formes qui ne sont pas dignes d’eux-mêmes, de leur humanité

Ni même d’une animalité, depuis trop longtemps oubliée

Qui d’ailleurs, elle, ne daignerait jamais féliciter, louer

Qui se reprendrait plutôt, sans s’en repentir, de toute sa sauvagerie

A jouer avec la vie, ses risques et enjeux

Ses joies, quitte à s’échouer

Jean-Marie Loison-Mochon

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