Puisque le voile de la nuit n'est pas étanche - Jean-Marie Loison-Mochon

Puisque le voile de la nuit n’est pas étanche

Chant en écho à ce vers de Maëline Caradec “Le voile de la nuit n’est pas étanche” (De nuit)

Pour la voix de Maëline

C’est une fiole de suie qui dévale le ciel

S’étale au loin, bascule à l’horizon

Ses teintes au Nord, s’étiolent en étoiles : d’Orion

Oh non n’pars pas, le crépuscule s’étend

S’évente en toi et vient sans loi, entends tout

Entends-les ces riens s’amarrer à nous, tout haut

Tout au fond d’nos sens, qui fondent

Qui fondent nos côtes d’aérien

Allez ris d’un air en moi

Et moi j’brillerai comme sous vent d’hiver

On s’délivrera souverains, sans pareil, convergence d’eaux

On s’évertuera, en luisances, brillances

Pris dans ces heures sans r’pos, pâleurs, torpeurs : dessine

Vois-les, dessine-nous ces côtes : les nôtres

Qui sous l’voile de la suie n’sont pas floues, mais autres

 

Puisque l’voile de la nuit n’est pas étanche

Que nous n’sommes pas d’ces soifs qui s’étanchent

Mais hommes ou femmes

Des joies, des torches

Presqu’île de formes

De voies d’nuit, des gorges

Fresque illusoire dont on s’enduit,

S’écorche

Comme une seule île au soir fuyant,

S’décoche

Puisque l’voile de la nuit n’est pas étanche

 

La voilà la nuit, r’garde son bras qui s’penche

Vois là dans l’heure, ce coude agile

Impacte en candeur du croissant : fragile

Incandescence, la voix de la nuit s’entend

Agence-la et viens à moi : étreins-nous

Etreins tout ce lien démarré d’là-haut

D’là houle qui hâte nos sangs

Qui hâte nos peaux d’effets diluviens

D’où l’on vient non ça n’compte pas

Ça n’comptera pas puisqu’on s’dilue

On s’dira là au sommeil des trêves, renversant l’flot

On s’diluera, séduits par des trouvailles

A l’eau comme sous orage, feux d’paille qui nagent : désirs

Vois-les, ces désirs aux côtes : les nôtres

Qui sous l’voile de la pluie n’sont plus feux, mais autres

 

Puisque l’voile de la nuit n’est pas étanche

Que nous n’sommes pas d’ces soifs qui s’étanchent

Mais hommes ou femmes

Des joies, des torches

Presqu’île de formes

De voies d’nuit, des gorges

Fresque illusoire dont on s’enduit,

S’écorche

Comme une seule île au soir fuyant,

S’décoche

Puisque l’voile de la nuit n’est pas étanche

 

Les voies de la nuit n’sont pas lâches, mais blanches

Vois là alors, la chance d’être un courage

Voie lactée non d’or mais d’argent : rivage

Non n’dors pas, le voile de la nuit t’attend

Argente-toi et viens à moi : étends-nous

Est en nous le lien des marées avec là-haut

Avec la Haute qui hante nos sangs

Qui hante nos côtes de va-et-vient

Allez viens, incante en moi

Et j’te conterai les voix de l’envers

On s’racontera l’éveil à nos rêves, en versants d’peaux

On accostera dans des veilles, des vrilles

A l’aube ou à l’aurore dans des villes sans port : des îles

Vois-les, ces îlots de côtes : les nôtres

Qui sous l’voile de la nuit n’sont plus deux, mais autres

 

Puisque l’voile de la nuit n’est pas étanche

Que nous n’sommes pas d’ces soifs qui s’étanchent

Mais hommes ou femmes

Des joies, des torches

Presqu’île de formes

De voies d’nuit, des gorges

Fresque illusoire dont on s’enduit,

S’écorche

Comme une seule île au soir fuyant,

S’décoche

Puisque l’voile de la nuit n’est pas étanche

 

Jean-Marie Loison-Mochon

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