Puisque le voile de la nuit n’est pas étanche
Chant en écho à ce vers de Maëline Caradec “Le voile de la nuit n’est pas étanche” (De nuit)
Pour la voix de Maëline
C’est une fiole de suie qui dévale le ciel
S’étale au loin, bascule à l’horizon
Ses teintes au Nord, s’étiolent en étoiles : d’Orion
Oh non n’pars pas, le crépuscule s’étend
S’évente en toi et vient sans loi, entends tout
Entends-les ces riens s’amarrer à nous, tout haut
Tout au fond d’nos sens, qui fondent
Qui fondent nos côtes d’aérien
Allez ris d’un air en moi
Et moi j’brillerai comme sous vent d’hiver
On s’délivrera souverains, sans pareil, convergence d’eaux
On s’évertuera, en luisances, brillances
Pris dans ces heures sans r’pos, pâleurs, torpeurs : dessine
Vois-les, dessine-nous ces côtes : les nôtres
Qui sous l’voile de la suie n’sont pas floues, mais autres
Puisque l’voile de la nuit n’est pas étanche
Que nous n’sommes pas d’ces soifs qui s’étanchent
Mais hommes ou femmes
Des joies, des torches
Presqu’île de formes
De voies d’nuit, des gorges
Fresque illusoire dont on s’enduit,
S’écorche
Comme une seule île au soir fuyant,
S’décoche
Puisque l’voile de la nuit n’est pas étanche
La voilà la nuit, r’garde son bras qui s’penche
Vois là dans l’heure, ce coude agile
Impacte en candeur du croissant : fragile
Incandescence, la voix de la nuit s’entend
Agence-la et viens à moi : étreins-nous
Etreins tout ce lien démarré d’là-haut
D’là houle qui hâte nos sangs
Qui hâte nos peaux d’effets diluviens
D’où l’on vient non ça n’compte pas
Ça n’comptera pas puisqu’on s’dilue
On s’dira là au sommeil des trêves, renversant l’flot
On s’diluera, séduits par des trouvailles
A l’eau comme sous orage, feux d’paille qui nagent : désirs
Vois-les, ces désirs aux côtes : les nôtres
Qui sous l’voile de la pluie n’sont plus feux, mais autres
Puisque l’voile de la nuit n’est pas étanche
Que nous n’sommes pas d’ces soifs qui s’étanchent
Mais hommes ou femmes
Des joies, des torches
Presqu’île de formes
De voies d’nuit, des gorges
Fresque illusoire dont on s’enduit,
S’écorche
Comme une seule île au soir fuyant,
S’décoche
Puisque l’voile de la nuit n’est pas étanche
Les voies de la nuit n’sont pas lâches, mais blanches
Vois là alors, la chance d’être un courage
Voie lactée non d’or mais d’argent : rivage
Non n’dors pas, le voile de la nuit t’attend
Argente-toi et viens à moi : étends-nous
Est en nous le lien des marées avec là-haut
Avec la Haute qui hante nos sangs
Qui hante nos côtes de va-et-vient
Allez viens, incante en moi
Et j’te conterai les voix de l’envers
On s’racontera l’éveil à nos rêves, en versants d’peaux
On accostera dans des veilles, des vrilles
A l’aube ou à l’aurore dans des villes sans port : des îles
Vois-les, ces îlots de côtes : les nôtres
Qui sous l’voile de la nuit n’sont plus deux, mais autres
Puisque l’voile de la nuit n’est pas étanche
Que nous n’sommes pas d’ces soifs qui s’étanchent
Mais hommes ou femmes
Des joies, des torches
Presqu’île de formes
De voies d’nuit, des gorges
Fresque illusoire dont on s’enduit,
S’écorche
Comme une seule île au soir fuyant,
S’décoche
Puisque l’voile de la nuit n’est pas étanche
Jean-Marie Loison-Mochon